‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 21 sur 89 · C.llAMM.UUK LITTlinAIRE · texte numérisé non relu

C.llAMM.UUK LITTlinAIRE

Dans l'application, cette phrase sert à affirmer énergiquement une vérité qu'on sent, dont on est convaincu, mais qu'on est impuissant à démontrer, ou qui soulève des objections qu'on ne peut résoudre.

Être ou n'être pas; en anglais, To be or not to he, premier vers du fameux monologue dans lequel Hamlet discute avec lui-même sur la probabilité de la vie future. Voyez That is the question.

S'emploie, par analogie, pour caractériser une alternative redoutable.

Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, L'espace d'un matin.

Vers de l'ode fameuse de Malherbe à Dnpérier sur la mort de sa fille. Le poète cherche à consoler son ami en lui rappelant que tous, jeunes et vieux, sont également sujets à la mort ;

Le malheur de ta fille, an tombeau descendue

Par un commun trépas, Est-ce quelque dédale où ta raison perdue

Ne se retrouve pas ?

Elle était de ce monde, où les plus belles choses

Ont le pire destin; Et rose elle a vécu, ce que vivent les roses.

L'espace d'un matin.

Il existe, an sujet de ces deux vers, une petite anecdote qui ne pèche pas par l'invraisemblance, et qu'on ne lira pas sans intérêt. Malherbe avait d'abord écrit :

Et Rosette a vécu ce que vivent les roses

Le typographe commit une coquille équivalente presque à un trait de génie :

Et rose elle a vécu.,

C'était substituer une métaphore gracieuse à une expression vulgaire, et Malherbe, trouvant le changement de son goût, ne jugea pas à propos de se plaindre que le compositeur eût mal lu sa copie.

Ces vers servent à caractériser tout ce qui périt, tout ce qui meurt prématurément.

Et si VOUS n'en sortez, vous devez en sortir.

Vers de Boileau dans sa satire V — sur la noblesse. — Le poète trace le caractère de la véritable noblesse :

Respectez-vous les lois ? fuyez-vous l'injustice ?

Savez-vous pour la gloire oublier le repos,

Et dormir en plein champ le harnois sur le dos?

Je vous connais pour noble à ces illustres marques ;

Alors, soyez issu des plus fameui monartfues,

Venez de mille aïeui, et, si ce n'est assez,

Feuilletez à loisir tous les siècles passés :

Voyez de quel guerrier il vous plait de descendre;

Cboisissez de César, d'Achille ou d'Alexandre ;

Eu vain un faux censeur voudrait vous démentir,

El si vous n'en sorlcz , vous en devez sortir.

L'application de ce vers est le plus souvent plùsante.

Et voilà justement comme on écrit l'histoire.

Vers tiré d'une pièce de Voltaire intitulée Chariot, Henri IV est attendu dans un château qu'il honore de sa visite; les gens de la maison, échelonnés sur la route pour annoncer son arrivée, donnent une fausse alerte, et l'intendant dit à la châtelaine :

Ils se sont tous trompés, selon leur ordinaire.

Tout le monde a crié : Le roi ! sur les chemins; On le crie au village et chez tous les voisins; Dans votre basse-cour on s'obstine à le croire ; El voilà jiislement comme on écrit Vhisloire.

Ce vers est devenu proverbial; mais, dans l'application, le mot histoire est quelquefois remplacé par celui qui exprime la chose dont on parle : « Et voilà justement comme on écrit la musique, »

Exécrable soif de l'or; en latin, Auri sacra famei [Enéide, livre III, vers 57), expression énergique par laquelle Virgile stigmatise la soif immodérée des richesses.

Ces mots sont d'une application facile.

APPLICATIONS

Dnns les phrases suivantes, l'élève remplacera les points de

suspe7ision par la locution convenable,

La passion du jeu peut être comparée à un engrenage : on est pris par un pan d'iiabit, et tout finit par y passer. C'est le cas de dire avec Phèdre :

On avait apporté sur la table deux douzaines de mauviettes, disposées en quatre brochettes. Aussitôt une lutte commença entre notre glouton et les vingt-quatre volatiles rôtis à point. La première brochette disparut en un instant; les trois autres suivirent lestement le même chemin, et notre Gargantua maniait la fourchette et le couteau depuis moins d'une demi-heure, que déjà il ne restait plus sur le champ de bataille que quelques ossements imperceptibles :

Combien n'y en a-t-il pas qui, fatigués du bruit des grandes villes, et revenus, sur leurs vieux jours, au pays où ils avaient passé paisiblement leurs jeunes années, sont tentés de s'écrier : !

Ni les fourberies impudentes et si bien démasquées de Jacques Aymar, ni les arguments de la science, ni la voix de la raison, ne pouvaient empêcher une foule de gens éclairés et probes de croire au mouvement de la baguette divinatoire. Quelques-uns firent eux-mêmes l'expérience, et avec succès. Comment, dès lors, les empêcher de crier • umme le savant de Pise : !

Le malheureux qui souffre à l'hôpital n'a pas la consolation de se plaindre aux malades qui l'entourent et qui endurent les mêmes souffrances que lui. De quel droit leur demanderait-il de compatir à ses douleurs ? Chacun pourrait lui répondre : ?

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Un homme comme Bonaparte, soldat, chef d'armée, le premier capitaine du monde, vouloir qu'on l'appelle

Majesté !... Être Bonaparte et se faire sire! C'est

(P.-L. Courier.)

Les distinctions honorifiques, les grades, les emplois élevés, sont tout personnels et ne se transmettent point par héritage. On les acquiert par son travail et ses talents, c'est-à-dire , jamais

Que de penseurs, que d'inventeurs méconnus meurent avant d'avoir pu assister au triomphe de leur idée, et qui, pleins de confiance en eux, n'ont pu que s'écrier :

Un braconnier émérite, surpris près d'un enclos des plus giboyeux par un garde-chasse, jurait ses grands dieux qu'il n'y avait pas mis les pieds. Le cerbère n'écoutait qu'avec défiance toutes ces dénégations, et comme il avait lu Boileau, il répondit au braconnier : Vous venez de l'enclos, vous dis-je,

Dieu est le plus humble des êtres : lui, qui est sans égal, a des égaux dans la triplicité de la personnalité divine ; lui, qui est la hauteur sans mesure, s'est abaissé vers le néant pour créer l'être, vers l'homme pour prendre sa nature. C'est de lui, bien plus que de cet empereur romain, que le poète aurait dû dire :

Cette Catherine qui a inauguré le partage de la malheureuse Pologne, on l'a représentée comme un grand politique, un conquérant, un roi législateur, comme la raison et la philosophie assises sur le trône. Voltaire lui-

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même l'appelle un sage. Est-ce donc pour son usage personnel qu'il aurait formulé ce vers :

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