QUATORZIÈME LEÇON
Furaier d'Bnnius, proverbe latin que les Romains rendaient par ces mots : de stercore Ennii, c'est-à-dire tiré du fumier d'Ennius, et qui s'appliquaient à Virgile, lequel ne dédaignait pas de faire des emprunts au vieux poète, et savait trouver des perles dans le fumier d'Ennius, En effet, Ennius avait écrit avec la rudesse de son siècle; mais chez lui le défaut d'élégance était racheté par la force des expressions.
Fumier d'Ennius est devenu, dans notre langue, mie expression proverbiale qui s'emploie presque toujours sous sa forme îrançaise et surtout pour démontrer que l'on trouve quelquefois d'excellentes choses dans de vieux, auteurs aujourd'hui à peine connu?.
Funérailles d'Alexandre, allusion aux batailles sanglantes que se livrèrent entre eux les généraux du héros macédonien après sa mort. Selon l'expression de Bossuet, le conquérant avait prévu « à quels excès ils se porteraient quand il ne serait plus au monde ; pour les retenir et de peur d'en être dédit, il n'osa nommer ni son successeur ni le tuteur de ses enfants. Il prédit seulement que ses amis célébreraient ses funérailles par des butfiilles sanglante^, » et il expira « plein des tristes images de la confusion qui devait suivre sa mort. »
On rappelle les F uni';r ailles tV Alexandre à propos d'une succession vivement disputée.
Geai paré des plumes du paon (Le), allusion à une fable de La Fontaine, dans laquelle le geai se pare des plumes
du paon,
Et se voit bafoué.
Berné, s^ifflé, moqué, joué.
Dans l'application, ces mots se disent surtout des plagiaires, et, en général, de tous ceux qui se parent des dépouilles d'autrui.
Géant Adamastox', ou le Grdiit des tempêtes, personnage fictif des Lusiochs. Camoëns supiiose qu'au moment ou Vasco de Gama va franchir le cap des Tempêtes, appelé depuis, par une antithèse heureuse, cap de Bonne-Espérance, un géant, le gardien de ce cap, se dresse devant lui pour l'empêcher de franchir SCS domaines et lui adresse ces mots : « 0 peuple, le plus téméraire de tous les peuples! puisque tu as franchi les bornes jusqu'alors inaccessibles aux mortels; puisque lu oses braver les mers que je garde depuis si longtemps, et qui n'avaient pas encore porté de vaisseaux; puisque tu as voulu sonder les secrets de la nature et de 1 humide élément, secrets qu'il n'a jamais été donné à aucun mortel de pénétrer, apprends de moi les maux qui te sont réservés pour prix de ton audace. Tous les navires qui parcourront après toi la roule que tu viens de leur
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montrer rencontreront ici un ennemi implacable, qui déchaînera contre eux les vents et les tempêtes. Je ferai un exemple à jamais terrible de la première flotte qui passera près de ces rochers, et je signalerai ma vengeance sur celui qui le premier m'est venu braver dans ma demeure! Si mes yeux savent liie dans le livre du destin, chaque année amènera pour vous de nouveaux naufrages et de nouveaux désastres. »
On fait en littérature de fréquentes allusions au Géant Âda~ mastor. L'apparition de ce géant, sortant tout à coup des eaux, est la plus belle création des Lusiades, chef-d'œuvre de la littérature portugaise; tous les Portugais connaissent cette page par cœur.
Gladiateur tombant avec grâce, allusion aux gladiateurs romains, qui, dans les sanglants combats du cirque, cherchaient encore à s'attirer les applaudissements de la multitude, par une chute qu'ils s'étudiaient à rendre savante.
Glissez, mortels, n'appuyez pas. ^
Vers d'un charmant quatrain écrit par le poète Roy au bas ^ d'une gravure de Larmessin, représentant des patineurs :
Sur un mince cristal l'hiver conduit leurs pas i
Le précipice est sous la glace; Telle est de vos plaisirs la légère surface :
Glissez, mortels, n'appuyez pas.
Ces vers, qui unissent la grâce à une pensée philosophique, rentrent tout à fait dans la manière de Voltaire; aussi lui sontils souvent attribués.
Dans l'application, ce dernier vers :
Glissez, mortels, n'appuyez pas,
n'est jamais employé que dans le sens figuré; c'est un conseil à l'adresse des imprudents qui abusent du plaisir, de leur jeunesse, de leurs qualités, etc.
Grain de sable de Pascal, allusion à un passage des Pensées : « Cromwell allait ravager toute la chrétienté; la famille royale était perdue, et la sienne à jamais puissante, sans un petit grain de sable qui se mit dans son urètre. Rome même allait trembler sous lui; mais ce petit gravier qui n'était rien ailleurs, mis en cet endroit, le voilà mort, sa famille abaissée,
et le roi rétabli. » On sait en effet que Cromwell mourut de la gravelle. En remontant au temps de la jeunesse de cet homme extraordinaire, on trouve une petite anecdote qui a quelque rapport avec le grain de sable. Cromwell, désespérant de faire fortune en Angleterre, avait formé le projet de se rendre au nouveau monde; déjà il mettait le pied sur le navire, quand un ordre de Charles I*', défendant toute émigration, le força de rester en Angleterre. Le futur protecteur était alors à peu près inconnu, et cette circonstance peut servir aussi à montrer le doigt de Dieu dans toutes les grandes catastrophes humaines.
Le grain de sable de Pascal est devenu une locution originale et pittoresque pour exprimer cette vérité commune, que les petites causes peuvent engendrer de grands effets.
Grenouilles qui demandent un roi (Les), titre d'une fable de La Fontaine :
Les grenouilles, se lassant
De l'état démocratique,
Par leurs clameurs firent tant Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique : 11 leur tomba du ciel un roi tout pacifique.
Or, ce roi était un soliveau. Les grenouilles se lassèrent bien« tôt d'un prince si débonnaire :
Donnez-nous, dit ce peuple, nn roi qui se remue. Le monarque des dieui leur envoie une grue
Qui les croque, qui les tue,
Qui les gobe à son plaisir.
Dans l'application, on rappelle les grenouilles de la fable à propos d'un homme, d'une administration, d'un peuple, etc., qui, méconnaissant le bienfait d'une autorité douce et paternelle, aspire à un changement certainement funeste. On fai< également allusion au roi Soliveau,
Grues d'Ibycus, allusion à une troupe de grues que le poète Ibycus, assassiné par des brigands au milieu d'une forêt, avait prises à témoin du crime. Quelque temps après, l'un des meurtriers, assistant aux jeux Olympiques et voyant passer en l'air une troupe de grues, s'écria imprudemment : Voilà les témoins d'Ibycus, mots qui occasionnèrent ainsi la découverte des coupables.
Les grues d'Ibycus sont devenues proverbiales, pour caractériser les témoins imprévus qui viennent parfois miraculeusemenl en aide à la justice.
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Guenille si l'on veut, ma guenille m'est chère.
Vers des plus justes et des plus plaisants, dans les Femmes savantes, acte II, scène vu. Le bonhomme Chrysale, homme simple, mais à jugement droit, deux qualités qui ne s'excluent pas, a pour femme Philaminte, savante, précieuse, philosophe, en un mot, tout le contraire de son mari. Or celui-ci vient d'être forcé de renvoyer sa cuisinière Martine, qui lui faisait de bons potages, mais dont les fautes de syntaxe écorchaient les oreilles puristes de Philaminte et de sa sœur 13élise. Encore sous le coup de cette contrariété, Chrysale s'emporte contre Vaugelas, et fait l'apologie du pot au feu ;
Je vis de bonne soupe, et non de beau langage. Philaminte indignée lui répond :
Qne ce discours grossier terriblement assomme! Et quelle indignité, pour ce qui s'appelle lioiume, D'i'jt' baissé sans cesse aux besoins matériels, Au lieu de se hausser vers les spirituels ! Le corps, cette guenille, est-il d'une importance, D'un prix à mériter seulement qu'on y pense, Et ne devons-nous pas laisser cela bien loin?