‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 29 sur 89 · DIX-SEPTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

DIX-SEPTIÈME LEÇON

Jardins, palais, encliantements d'Armide, allusion

à la demeure voluptueuse où renchant^resse Armide retenait le beau Renaud loin de l'armée des Croisés. L' Armide du Tasse est un souvenir de la Circé d'Homère, et le brave Renaud est l'Achille chrétien.

En littérature, on fait de fréquentes allusions à cet épisode de la Jérusalem cUlivi^ée.

*- J'aurais mieux fait, je crois, d'épouser Célimène.

Vers qui termine V Irrésolu, comédie de Destouches. Dorante, l'irrésolu, après avoir flotté pendant cinq actes entre les deux sœurs, Julie et Célimène, paraît se décider enfin pour Julie; mais son mariage n'est pas plus tôt arrêté, qu'il finit de se caractériser par ce vers si vrai et si comique :

J'aurais mieux fait, je crois, d'épouser Célimène.

Il était impossible d'achever par un trait plus plaisant la peinture de ces hommes qui ne savent jamais se décider, et qui ne prennent enfin un parti que pour s en repentir aussitôt. C'est dans ce sens que les écrivains font au vers de Destouches de fréquentes allusions.

'^ J'avais pourtant quelque chose là, mots qu'André Chénier prononça en se frappant le front, étant déjà sur la fatale charrette qui le conduisait à l'échafaud.

Les allusions à ces tristes et touchantes paroles ne se font jamais, heureusement, dans des circonstances analogues; elles servent à exprimer le regret qu'on éprouve de se voir forcé, par un motif quelconque, de renoncer à une carrière à laquelle on se sentait appelé.

Jean s'en alla comme il était venu.

Premier vers de l'épitaphe de La Fontaine, composée par luimême, et dans laquelle l'insouciance proverbiale du Bonhomme se trouve en quelque sorte personnifiée :

Jean s'en alla comme il était venu, Mangeant sou tonds avec son revenn.

criAMMAini: LirrEUAiRE 123

Croyant trésor chose peu nécessaire.

Quant à son temps, bien sut le dispe^nser : Deuj parts en fit, dont il soûlait passer L'une à dormir et l'autre à ne rien faire.

L'aveu naïf de La Fontaine trouve en littérature de fréquentes applications. C'est par ce vers que Louis-Philippe fit à la France un stoïqne et douloureux adieu : au moment de monter en voiture pour prendre le chemin de l'exil, le vieux roi serra la main d'un de ceux qui l'entouraient, en lui disant avec un sourire mélancolique :

Jean s'en alla comme il était venu.

Je crains Dieu,ch.erAbïier, etn'aipas d'autre crainte.

Vers de Racine dans Athalie, acte P'', scène i'*. Abner, sincère Israélite bien qu'au service d'Athalie, effrayé des projets sinistres que la reine semble nourrir contre Joad et contre le Temple, vient avertir le grand-prètre, qui lui répond avec calme et noblesse :

Celui qui met un frein à la fureur des flots

Sait aussi des méchants arrêter les complots.

Soujnis avec respect à sa volonté sainte.

Je crains Dieu, cher Abner, et n'ai pas d'autre crainte.

Les allusions à ce beau vers, qui respire ce que l'enthousiasme poétique et religieux a de plus sublime, sont en général familières et plaisantes.

Je crains les Grecs, même quand ils font des présents; en latin, Timeo Danaos et dona ferentes (^Enéide, livre II, V. 49), paroles que le grand-prêtre Laocoop adressé aux Troyens pour les dissuader de faire entrer dans leurs murs le cheval de bois que les Grecs avaient perfidement laissé sur le rivage, et dans les flancs duquel l'élite des guerriers grecs était cachée.

S'emploie pour faire entendre qu'il faut se défier des propositions, avantageuses en apparence, qui vientient de quelqu'un dont nous devons suspecter les intentions.

Je laisse à penser la vie Que firent ces deux amis.

Vers de la fable de La Fontaine le Rat de ville et le Rat des champs :

Sur un tapis de Turquie Le couvert se trouva mis.

Jt laisse à })enser la vie Que fil ait ces deux amis.

Se dit d'une réjouissance, entre plusieurs, d'autant plus com plète et bruyante qu'en général elle a lieu aux dépens d'autrui, ou tout au moins d'une manière illégitime.

Je l'ai vu, dis-je, vu, de mes propres yeux vu, Ce qu'on appelle vu.

Passage de r«?'/M/e, comédie de Molière, acte V, scène m. Orgon, enfin éclairé sur les véritables sentiments de Tartufe, raconte à dame Pernelle, sa mère, que, caché sons une table, il a assisté à une scène qui prouve toute la noirceur de l'hypocrite.

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