‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 3 sur 89 · PRUSIAS · texte numérisé non relu

PRUSIAS

Ah I ne me brouilles pus avec la république; Portez plus de respect à de tels allies !

Dans l'application, ce vers s'emploie pour marquer la peur que l'on a de déplaire à une autorité ou à un parti puissant.

Aigle volant de clocher en clocher jusqu'aux tours de Notre-Dame. Ce mot, l'un des plus heureux de Napoléon, qui avait l'éloquence de César, comme il en avait le génie, termine la proclamation qu'il adressa à l'armée, à son retour de l'île d'Elbe, en débarquant au golfe Juan.

Ces paroles sont restées célèbres, et les écrivains s'en servent quelquefois pour présager la certitude et la rapidité d'un succès.

Ai-je dit quelque sottise? Les leçons de Platon et de Xénocrate avaient développé en Phocion un cœur vertueux et une âme élevée. A la tribune, comme sur le champ de bataille, il rappelait Aristide. Jamais orateur ne fut plus inflexible dans ses conseils. Supérieur aux applaudissements comme aux clameurs de la multitude, il heurtait de front la puissance populaire, et ses vertus imposaient à toutes les passions. Sa parole

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était austère, sou éloquence vigoureuse et concise dédaignait ces artifices oratoires qui plaisent à la multitude et font éclater les applaudissements. Étant un jour à la tribune et se voyant bruyamment applaudi par tout le peuple, il se tourna étonné vers ses amis, en leur disant : « Me serait-il échappé quelque sottise ? » Dans l'application, cette interrogation, à la fois fine, satirique et naïve, se fait entendre lorsqu'on reçoit des applaudissements qui étonnent d'autant plus qu'on les attendait moins de ceux qui les manifestent. —

Ailes d'Icare, ou simplement Icare. Icare, fils de Dédale, retenu prisonnier en Crète avec son père par le roi Minos, s'échappa, ainsi que lui, au moyen d'ailes attachées avec de la cire. Le jeune homme, oubliant les sages instructions du grand artiste, s'approcha trop près du soleil, qui fondit la cire de ses ailes, et il tomba dans la mer.

Dans l'application , les ailes d'Icare personnifient les ambitions présomptueuses, les entreprises audacieuses de la jeunesse.

Aimez-vous la muscade ? On en a mis partout. Vers de Boileaa , dans la satire intitulée le Repas ridicule, que Ton rappelle pour exprimer la banalité d'une chose que l'on rencontre à chaque pas et la satiété qu'elle fait éprouver. Presque toujours on substitue au mot muscade celui qui fait l'objet de l'application : Aimez-vous la moutarde? Aimez-vous les anchois? Aimez-vous la tomate, etc.

Ajasi menaçant les dieux. Homère représente ce héros comme le plus fier de tous les Grecs et le plus vaillant après Achille, mais aussi comme brutal, impie et bravant même les dieux. Troie ayant été prise, il entra dans le temple de Minerve, et, de ses mains encore fumantes, il enleva Cassandre, prêtresse de la déesse. Appréhendant la vengeance de Minerve, il prit la fuite ; son vaisseau, assailli par une tempête, échoua, et Ajax, luttant contre la destinée, se réfugia sur la pointe d'un rocher, d'où il définir encore les dieux, en levant contre le ciel un poing menaçant. Un jour qu'une divinité tutélaire de Troie avait enveloppé d'un nuage les deux armées pour favoriser la fuite des Troyens : « Grand Dieu! s'écria-t-il, rends-nous le jour, et coy7}b'tts contre nous. »

La bouillante valeur d'Ajax a aussi passé en proverbe : Un Ajax signifie un homme, un guerrier auquel rien ne résiste. Enfin, une dernière source d'allusions est la folie furie^^se qu'il

GRAMMAIRE LITTÉKAIRE H

éprouva à la suite de sa dispute avec Ulysse pour la possession des armes d'Achille (Voir Se Disputer), et pendant laquelle il se jeta au milieu des troupeaux de l'armée, qu'il égorgea, les prenant pour des guerriers.

Ces différents épisodes de la vie d'Ajax ont enrichi la langue de locutions expressives et poétiques.

APPLICATIONS

Dans les phrases suivantes, rélève remplacera les points de suspension par la locution convenable.

Nota. Ici, nous allons donner aux élèves un conseil d'ami; et, pour nous faire mieux comprendre , nous emnlnierous le langage direct : « Si tous voulez que ces devoirs soient véritablement fructueui, il laut les faire, non pas mécaniquement, mais intelligemment. -Mécaniquement, iiiacliinalement — les deux mots sont synonymes — la ctiose est très-lacile, si facile que le premier venu de ces pauvres disgraciés du Valais que votre géograpliie vous a appris à connaiire, pourrait lésoudre la question de manière à remporter le prix sur tous ses c ncurrents. Ce moyen, tiès-simple, consiste à mettre successivement à la place des points de suspension chacune des locutions expliquées d'abord. De ceite manière, l'absurde jaillira de lui-même, et l'on sera certain de léussir toujours. Mais vous cunnaibsez le proverbe :

A Taincre sans péril, on triomphe sans gloire,

et, nous ajouterons, sans profit pour l'intelligence. Et ici, c'est de la gloire qu'il faut acquérir, c'est son intelligence qu il faut développer : tout le progrès est à ce prix, iionc. étudions d'abord irès-attentivemeut les explications. Cela faii, que les locutions, que Ifs pLrases à employer, que la cheville à mettre dans le trou arrive d'elle même. Ce sera iiu travail intellectuel, ce sera une connaissance véritaMement, définitivement acqnibO. Supposons, mes amis, que quelqu'un, qui voudrait mettie à l'essai la justesse de votre coup d'œil, TOUS dise : Voici, nia jeune denioiselle ; voici, mon j^une monsieur, douze paires de chaussures de différentes grandeurs, depuis la pantoufle de Ceudrillon jusqu'à la botte de l'Ogre. Choisissez celle qui doit aller à la mesure de votre pied. Evidemment, si vous les essayez toutes les unes après les autres, et qu'arrivé à l'une d'elles vous vous écriiez triomphalement : « Voilà qui me cfiaussi\ voilà qui me bu/le comme un gant, » il n'y aura pas Jà STand mérite; tandis que celui qui, à première vue, mettra, nous ne dirons pas le doigt, mais le pied dessus, celui-là seul aura véritablement remporté la palme. Tel est, chers enfants, le procédé qu'il vous faut suivre si vous ne voulez pas être rangés dans la catégorie valaisienne dont nous avons parlé plus haut.

Prenons un exemple. Voici une phrase où il s'agit de remplacer les points de suspension par l'une des locutiuns expliquées dans le devoir : « En sortant de l'ibba , où elle avait passé la nuit, la pauvre enf.int eut un moment d'effroi lorsqu'elle se vit tome seule. L'histoire de.. . lui revint à la mémoire et lui rendit son courage Elle Ht le signe de la croix, et s'achemina en se recommandant à sou ange gardien. »

L'histoire de qui? En suivant le procédé mécanique que nous avons blâmé, on dira : L'hi.iloir-- (f Achille à Srtir s — l'h/sto re d'Aclénn d voré pa Agv cliitiis — l'histoire d'Ajur mcoant les di ut, etc., etc. Sans doute, il ne viendra à l'esprit de personne l'idée daccep'er une de ces locutions, et l'on s'arrêtera certainement à ceci : L'hi loire d'Ana'^ ilans le di'.seit. Mais pensez-vous que cette manière de faire ainsi votre devoir à tâtons, à l'aveuglette, sera la bonne? Evidemment, non. Celui qui arriverait par ce procédé mécanique à la solution du prob ème pnurrait mé iter le prix de patience, mais on ne lui décernera jamais celui d'intelligence.

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Brillât-Savarin avait l'habitude de régaler toujours ses convives d'une fondue qu'il préparait lui-même. Ceuxci étaient tellement initiés à ce petit faible qu'en se mettant à table ils ne manquaient jamais de dii^e :

En toute chose, il faut yavoir écrire à temps le mot fin, se contenir quand cela devient urgent et apporter de la modération dans ses désirs. Heureux celui qui, lorsque l'heure a sonné, prend un parti héroïque et imite

On applaudissait ironiquement, on battait des mains avec des rires moqueurs ; mais le naïf orateur acceptait cet encens comme de bon aloi. Ce n'est pas lui qui, à l'éclat de cette admiration suspecte, se fût tourné vers ses amis pour leur demander

Le dévouement sincère de M. de Talleyrand pour toutes les grandeurs qui montent, son ingratitude froide et délibérée pour toutes les grandeurs qui descendent, cette insensibilité dans les principes mêlée à je ne sais quelle douceur dans le langage, les goûts, les manières, tout cela offre un mélange incompréhensible, une sorte de .... . presque insondable pour l'historien.

Si M. de Villèle, toujours maître de lui, était l'Ulysse de la tribune, M. de La Bourdonnaye, chef de la contreopposition de droite, bouillant, emporté, plein de saillies, en était le

En sortant de l'isba où elle avait passé la nuit, la pauvre enfant eut un moment d'effroi lorsqu'elle se vit

toute seule. L'histoire de lui revint à la mémoire

et lui rendit son courage. Elle fît le signe de la croix, et s'achemina en se recommandant à son ange gardien.

Cet auteur, qui, jusque-là, n'avait produit que des œuvres de second ordre et fort imparfaites, mettait la dernière main au grand ouvrage qui devait lui assurer l'immortalité. Mais il était vieux, ses forces dépérissaient de jour en jour, il sentait le sol se dérober sous lui, et comme

demandant aux dieux il demandait au

ciel quelques années de vie pour accomplir son œuvre.

Trop souvent la foule est aveugle dans ses admirations comme dans ses haines ; elle brise le lendemain la statue qu'elle avait élevée la veille ; en un mot, elle .....

Lorsqu'un vieux soldat entend résonner les fanfares guerrières, qu'il assiste au défilé des régiments, musique en tête et tambours roulants, qu'il voit les chevaux lancés au galop et les lourds canons entraînés avec un bruit retentissant, il sent une sorte de commotion électrique le soulever. Ses yeux s'allument, ses traits se colorent, ses moustaches grises se hérissent. Cet attirail belliqueux produit sur lui l'effet des

Louis XV est mort comme il avait vécu, ne s'inquiétant que du présent, ne songeant guère à l'avenir, et semblant avoir pris cette parole fameuse pour règle de conduite ;

Le vieux marin, habitué dès son enfance à triompher de la fureur des flots, perdit enfin la vie au milieu de cette tempête comme l'Océan n'en avait pas encore vu. Debout sur le pont de son navire complètement démâté, il brandissait vers les vagues amoncelées son aviron devenu impuissant, comme

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