JODELET
Ma foi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère.
Ce vers si plaisant, qui a passé dans la langue, a en quelque sorte son histoire. A une représentation de Coriolan, tragédie oubliée de l'abbé Abeille, deux actrices étant en scène, l'une disait à l'autre :
Vous souvient-il, ma sœur, du feu roi notre père
Et comme celle-ci cherchait sa réponse, un plaisant du parterre repartit par le vers de la comédie :
ilafoi, s'il m'en souvient, il ne m'en souvient guère.
Le poète Olivier en a fait un usage plus piquant encore dans cette épitaphe épigrammatique :
Ci-gît un auteur peu fêté , Qui crut aller tout droit à l'immortalité; Mais sa gloire et son corps n'ont qu'une même bière
Et quand Abeille on nommera.
Dame postérité dira :
Ma foi, s'il m'en souvient, il m m'en souvient guère.
11 est facile de comprendre dans quelles circonstances peuvent avoir lieu les applications.
Mais attendons la fin.
Hémistiche de la fable de La Fontaine le Chêne et le Roseau. Celui-ci répond au chêne, qui s'apitoie orgueilleusement sur sa faiblesse :
Les vents me sont moins qu'à vous redoutables; Je plie et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici,
Contre leurs coups épouvantables,
Bésisté sans courber le dos; Mais attendons la fin
Dans l'application, ces mois signifient qu'il est imprudent de compter sur une constante prospérité tant qu'on n'a pas mené à terme une entreprise.
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Mais où sont les neiges d'antan?
Refrain du poète Villon dans sa charmante ballade des Dames du tcnip<s jadis. Le poète, qui, au moment où il écrivit, ne se sentait pas la conscience bien nette, était préoccupé de l'idée de la mort. 11 se plaît donc à faire défiler devant nous le cortège des beautés illustres, des reines puissantes, des héroïnes, et il se demande : Oiî sont-elles? — Mais oii sont les neiges d'antan? Bien des poètes avant Villon avaient employé cette forme vive et énergique : Où est Arthus? Où est Hector de Troie? Où est Hélène? Où est la beauté de Jason, d'Absalon?... Saint Bernard s'était aussi servi de cette forme interrogative : Où est le noble Salomon? Où est Samson l'invincible? Où est l'aimable Jonathas? Puis appliquant la même forme aux païens, il ajoutait: Où est César? Où est LucuUus? Où est Cicéron? Mais ce qui distinguera toujours notre vieux poète, c'est la gentillesse et l'originalité de ce refrain, si bien approprié à la beauté fugitive qui s'écoule en quelques heures : Mais où sont les neiges d'antan? Nous ne résistons pas au plaisir de citer une strophe de cette délicieuse ballade :
La royne, blaiiebe comme un lys, Qui chantoit à voix de sireine ; Bertlie au grand pied, Biettris, AUiz, Hareaibduges qui tint le Mayne, Et Jehanue, la bonne Lorraine, Que Angloys bruslèreut à Rouen, Où sont-ils. Vierge souveraine?...
Mais où sont les neiges d'antan ?
Ce vers, qui exprime si gracieusement un mélancolique retour vers le passé, est, de la part des écrivains, l'objet de fréquentes allusions.
Mais voici bien une autre fête.
Vers de La Fontaine dans sa charmante fable h Chat et le vieux
rat.
Un second Rodilard, l'Alexandre des chats, L'Attila, le fléau des rats,
avait employé toutes les ruses de son sac, et les souris n'osaient plus sortir de leur trou. Un dernier stratagème lui restait :
Le galant fait le mort, et, du haut d'un plancher. Se pend la tète en bas : la bète scélérate A (le certains cordons se tenait par la patte.