‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 40 sur 89 · GP.AJ!M>.:UE LITTÉRAIRE · texte numérisé non relu

GP.AJ!M>.:UE LITTÉRAIRE

Le peuple des souris croit que c'est châtiment,

Qu'il a fait un larcin de rôt ou de fromage, Égi'atigné quelqu'un, causé quelque dommage, Entin, qu'on a pendu le mauvais garnement.

Toutes, dis-je, unanimement, Se promettent de rire à son enterrement, Mettent le nez à l'air, montrent un peu la tète,

Puis rentrent dans leurs nids à rats,

Puis, ressortant, font quatre pas,

Puis enfin se mettent en quête.

Mais voici bien une autre fête :

Le pendu ressuscite.

Ces mots ont passé en proverbe, et se citent pour exprimei qu'une chose change tout à coup de face et dans un sens toujours désavantageux.

Maître Jacques, personnage de /'i4i;ore, de Molière. Maître Jacques est tout à la fois le cocher et le cuisinier d'Harpagon; il trône successivement à l'écurie et à la cuisine. C'est ce qu'un jeu de scène fait sentir d'une manière comique :

HARPAGON

Or ça, maître Jacques, je vous ai gardé pour le dernier.

MAÎTRE JACQUES

Est-ce à votre cocher, monsieur, ou bien à votre cuisinier que vous voulez parler? car je suis l'un et l'autre.

HARPAGON

C'est à tous les deux.

MAÎTRE JACQUES

Mais à qui le premier?

HARPAGON

Au cuisinier.

MAÎTRE JACQUES

Attendez donc, s'il vous plaît.

(llaitre Jacques ôte sa casaque de cocher et paraît vêtu en cuisinier.)

Le nom de Maître Jacques a passé dans la langue pour désigner, et toujours avec une intention ironique, celui qui cultive à la fois les genres les plus divers.

Malgré Minerve ; en latin. Invita Minerva, Horace {Art poétique, vers 385). Rimer malgré Minerve, se dit d'un auteur sans talent, sans inspiration, qui s'obstine à vouloir écrire quand même; mais ce sens se généralise dans l'application, et se dit de toute sorte d'impuissance.

Manchettes de Buffon; allusion à la mise recherchée du célèbre naturaliste en écrivant ses pages immortelles. Buffon, le plus grand naturaliste et l'un des plus grands écrivains qu'ait eus la France, a dit dans son discours de réception à l'Académie : « Le style, c'est l'homme même. » Cet aphorisme s'applique merveilleusement à cet homme célèbre. En efTet, son caractère, ses habitudes; et jusqu'à son physique, ressemblent à son style. Ses manières étaient brillantes, ses goûts fastueux, sa mise magnifique, son port noble, sa démarche fière. Rien n'égale la beauté de ses images, l'ampleur de ses périodes, Tharmonie et la pompe de ses expressions. Ces brillantes qualités paraissent quelquefois se rapprocher de l'enflure et de l'exagération ; aussi la critique en a-t-elle fait souvent un reproche à l'écrivain. C'est à Buffon que Voltaire faisait allusion dans ce vers :

Dans un style ampoulé parlez-nous de physique.

Une autre fois, comme on parlait devant lui de V Histoire naturelle de M. de Buffon : « Pas si naturelle, v répondit-il finement. D'Alembert, qui partageait à l'égard du grand naturaliste le peu de sympathie de Voltaire, disait un jour à Rivarol: « Ne me parlez pas de votre Bufïon, de ce comte de Tuffière, qui, au lieu de nommer simplement le cheval, dit : « La plus noble conquête que l'homme ait jamais faite est celle de ce fier et fougueux animal^ etc. — r Oui, répondit maUgnement Rivarol, c'est comme ce sot de J. -B. Rousseau, qui s'avise de dire :

Des bords sacrés où naît l'Aurore Aui bords enflammés du couchant

au lieu de dire tout simplement : de l'est à l'ouest. »

Tout cela a été résumé par ces mots : les manchettes de Buffon, qui ont passé en proverbe pour caractériser l'affectation du style, des manières ou de la personne.

APPLICATIONS

Dans les phrases suivantes, l'élève remplacera les points de suspension par la locutioii convenable.

Aujourd'hui, il n'y a que les poètes de premier ordre qui aient chance d'être lus; le positivisme dans les idées a tué la poésie. On peut faire son oraison funèbre et dire ;

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Vous souvient-il de ce voyage imaginaire que nous fîmes dans la lune, étant sur les bancs du collège? Nous

naviguions à pleines voiles dans le pays des rêves Eh

quoi! il ne vous eu serait resté aucun souvenir?

J'avais été prévenu de sa ladrerie, mais, en vérité, je ne m'attendais pas à partager un si maigre festin, un véritable repas de rat des champs. « Excusez-moi, me dit mon amphitryon, je croyais dîner seul, et ici, quand

, ce n'est pas tout à fait comme chez le fameux

gastronome romain. »

Midas change en or tout ce qu'il touche : il détache une branche de chêne verdoyante, et c'est un rameau d'or; il cueille une pomme, et l'on dirait un fruit sorti du jardin des Hespérides; il touche les portes de son palais, et l'or rayonne sur les panneaux resplendissants;

c'était un enchantement : Midas se fait servir

à dîner, et tous les mets se métamorphosent en lingots d'or à mesure qu'il y porte les doigts. Mourant de faim et de soif, il commence alors à maudire le souhait qu'il a formé.

En général, les écrivains, quand ils composent leurs ouvrages, n'aiment pas à s'assujettir à la roideur d'un costume officiel ou de cérémonie; ils préfèrent une mise négligée qui leur laisse la pleine liberté de leurs allures et de leurs mouvements; il leur semble qu'une tenue imposante effaroucherait l'inspiration. Il n'en est pas un de nos jours qui consentirait, en se mettant à son bureau, à revêtir

Mon oncle refusa obstinément de prendre place avec nous dans la barque ; il préféra rester sur le bord de la rivière et contempler de là nos prouesses nautiques; non pas que , mais il était doué ou plutôt affligé

GRASnWAlRE littéraibe 165

d'un tel embonpoint qu'il craignait de faire sombrer notre frêle embarcation.

Il y a certains de nos journaux où tel rédacteur multiple est tour à tour, et suivant les besoins du numéro du jour, romancier, feuilletoniste, auteur dramatique, critique, poète même au besoin : en un mot, un véritable littéraire.

Maintenant je suis heureux, nul homme vivant ne l'est davantage, et peut-être aucun n'est aussi content. Ne

venez point me dire : ; le mal qui peut m'ar-

river demain ne m'ôtera jamais le bonheur d'aujourd'hui.

C'est merveille que de voir avec quelle rapidité le vieux Paris disparaît pour faire place au nouveau. De toutes parts les murs surgissent, les maisons s'élèvent. Où se trouvaient des ruines il y a quelques semaines, se dressent aujourd'hui de véritables palais. Il semble que tout s'exécute par la vertu mystérieuse de la

Quand on est consulté par un prétendu poète sur le mérite de ses vers, il est toujours assez difficile de lui faire entendre qu'il a tort de

Qu'un homme qui n'a pas vu Paris depuis quinze ans y revienne aujourd'hui et se transporte d'un pied léger dans la Cité, pour mieux y respirer l'air de la vieille Lutècc : Bon Dieu ! s'écricra-t-il en se frottant les yeux, quel magicien a donc, d'un coup de baguette, emporté la rue d'Arcole, d'héroïque mémoire, et la rue de Gonstantine, aux souvenirs non moins épiques, et la rue de la Licorne et la rue des Marmousets, de tournure et d'aspect un peu plus antiques ?

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