‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 5 sur 89 · TROISIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TROISIÈME LEÇON

Antée reprenant de nouvelles forces en touchant la terre. Antée, géant monstrueux, fils de la Terre et de Neptune, dévorait tous ceux qui s'aventuraient sur ses domaines. Il avait bâti avec les crânes de ses victimes un édifice consacré à Neptune. Hercule, dont la mission était de purger la terre des monstres qui l'infestaient, lutta contre lui et le terrassa trois fois sans pouvoir le vaincre, parce qu'Antée reprenait ses forces chaque fois qu'il touchait la Terre, sa mère. Le héros, s'en étant aperçu, l'isola du sein maternel en le soulevant entre ses bras, et l'étouffa sur sa poitrine.

Cette faculté merveilleuse du géant, qui retrempait ses forces dans sa chute même, est devenue pour les écrivains une source féconde de comparaisons toujours expressives. C'est ainsi que le grand orateur chrétien, Lacordaire, dans un de ses beaux mouvements d'éloquence, a dit que l'Église, pendant les persécutions, reprenait, comme le géant de la Fable, de nouvelles forces alors qu'on la croyait terrassée.

Antre de Trophonius (L'), antre de l'ancienne Grèce, célèbre par ses oracles. Il se trouvait à l'endroit même où Trophuuius avait été englouti par les dieux après le meurtre de

son frère Agaraède. Ceux qui venaient consulter l'oracle étaient S(iumis à des épreuves et à des cérémonies effrayantes; après aviiir affronté ce terrible voyage, ils conservaient pendant tout le reste de leur vie les marques d'une sombre mélancolie, et c'est cette circonstance qui devint, chez les Grecs, l'origine de cette expression proverbiale : ail a consulté l'oracle de Trophonius, il sort de r autre de Trophonius,» appliquée aux personnes dont l'extérieur était devenu tout à coup grave et soucieux.

Apollon chez Admète. Apollon, pour venger la mort de son fils Esculape, foudroyé par Jupiter, tua à coups de flèche les Gyclopes qui avaient forgé la foudre. Irrité de cette audace, le maître des dieux le chassa de l'Olympe et l'exila sur la terre, où il fut réduit à garder les troupeaux d'Admète, roi de Thessalie. C'est surtout a ce séjour d'un dieu sur la terre, au milieu des bergers, qu'il instruit et qu'il civilise, que les écrivains font allusion.

Apollon et Marsyas. Pendant le séjour qu'Apollon fit chez le roi Admète, le satyre Marsyas osa le défier sur la flûte. Il fut convenu que le vaincu resterait à la merci du vainqueur. Le dieu, ayant triomphé, suspendit son audacieux rival à un pin très-élevé et le fit périr en l'écorchant tout vif.

On fait de fréquentes allusions à ce supplice mythologique, en parlant de la médiocrité vaniteuse qui ne craint pas de défier le génie, et qui trouve sa punition dans l'excès même de sa présomption. Le Supplice de Marsyas a aussi inspiré plusieurs peintres célèbres.

Apprenez à connaître la justice, et à ne pas mépriser les dieux; en latin, Disdte justitiam moniti, et non temnere divos [Enéide, liv. VI, v. C20). Phlégias, roi de Béotie, avait pillé le temple de Delphes, qui était le plus respecté de toute la Grèce; Apollon le précipita dans les enfers, et le condamna à répéter sans cesse, à haute voix, cette sentence terrible : Discita justitiam... L'anecdote suivante était très-répandue dans le moyen âge: Le démon, interrogé par un saint personnage et sommé de déclarer quel était le plus beau vers de Virgile, répondit sans hésiter :

Discite juililiam moniti, et non tanncre dites.

2i GUAMMAItiE LITTÉRAIRE

Les applications de ce vers sont souvent plaisantes :

« La musique est un art divin; n'en disons point de mal ;

Discite jiislitiam monili, et non temnerc dii'os. > /

Après l'Agésilas,

Hélas I Mais après l' Attila, Holà!

Quatrain épigrammatique de Boileau contre deux des plus faibles tragédies de Corneille, que celui-ci composa dans la décadence de son immortel génie. On prétend que le grand tragique prit naïvement cette épigramme pour un éloge. Hélas! prouvait qu'on s'était attendri à l'Agésilas, effectivement conçu dans le genre élégiaque; Holà! était un cri d'admiration pour l'Allila.

On cite ces vers pour faire entendre qu'à une chose mauvaise, dans quelque ordre d'idées que ce soit, en succède une autre plus mauvaise encore ; on comprend alors que les mots Agésilas et Atlilu doivent subir une variante ; « Après le discours du père, hélas ! Mais après celui du fils, ho/ù ! »

Après moi le déluge! mot égoïste attribué à Louis XV, qui exprimait ainsi son indifférence pour toutes les complications, tous les malheurs qui menaçaient de toaiber sur la France après son mauvais gouvernement.

Dans l'application, ces mots expriment une froide insouciance.

Après vous, messieurs les Anglais, mots prononcés à la bataille de Fontenoy par le comte d'Auteroche, commandant des gardes françaises, et adressés à l'Anglais lord Hay, qui mvitait les Français à tirer les premiers.

Dans l'application, ces mots sont une formule de déférence et de politesse. On y fait souvent allusion, en se bornant à rappeler le nom de la bataille où le mot a été prononcé; on dit alors : Comme à Fontenoy.

Arcadiens tous deux; en latin, Arcades ambo. Virgile (Églogue Vil) représente deux bergers arcadiens, Tircis et Cory-

don, se préparant au combat de la flûte, et comme l'Arcadie était très-célèbre par ses ânes (roussins d'Arcadie), ces mots : Arcadiens tous deux, ont passé en proverbe et se disent aujourd'hui d'un couple de sots, et, en général, de tout couple qui, dans une circonstance donnée, prête à la satire et à la plaisanterie. Cependant, cette expression se prend quelquefois en bonne part, quand on parle de deux hommes de mêmes goûts, de même caractère, qui se trouvent dans une situation analogue.

Arc d'Ulysse (L'), arc immense que ce héros seul pouvait tendre. Après avoir été éloigné d'Ithaque pendant vingt ans, Ulysse rentre enfin dans sa pairie sous les haillons d'un mendiant. Ni sa femme, ni son fils, ni aucun de ses serviteurs ne le reconnaissent. Assis au coin du foyer, comme un misérable, il voit les prétendants de Pénélope se livrer à la joie dans les festins et insulter à son souvenir. Cependant Pénélope, forcée enfin de l'aire un choix parmi ces prétendants, déclare qu'elle est prête à épouser celui qui parviendra à tendre l'arc d'Ulysse et à atteindre le but. Tous l'essayent inutilement. Alors le mendiant, saisissant l'arc au milieu des rires insultants de toute l'assemblée, le tend d'une main vigoureuse, franchit le but, puis dirige ses traits contre chacun des princes, qu'il immole tous successivement, aidé de son fils Télémaque.

Dans l'application, VArc d'Ulysse sert à qualifier un talent, une force intellectuelle ou morale, qui est l'apanage d'une organisation privilégiée, d'un homme supérieur dont personne ne peut recueillir l'héritage.

Argent n'a pas d'odeur (L'), réponse de l'empereur Vespasien à son fils Titus, qui s'étonnait qu'un impôt eût été mis à Rome sur les urines. Vespasien, donnant à sentir au jeune prince une pièce de monnaie, prononça les paroles que nous venons de rapporter.

Dans l'application, ces mots tendent à justifier un gain plus ou moins honnête.

Ariane, fille de Mines, roi de Crète, après avoir aidé Thésée à sortir du labyrinthe, fut délaissée par ce prince dans l'île de Naxos.

Les écrivains font de fréquentes allusions à cet aban'lon. Voyez Fil.

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