‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 50 sur 89 · TRENTIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTIÈME LEÇON

Pœtus, cela ne fait pas de raal, cela n'est pas douloureux; en latin, Pœte, non dolet. Gécina Pœtus, personnage consulaire, se trouva engagé dans la révolte malheureuse de Scribonianus contre l'empereur Claude. Arria, femme de Pœtus, n'ayant aucun espoir de sauver son mari, et voyant qu'il n'avait pas le courage de se donner la mort, prit un poignard, se l'enfonça dans le sein, et, le retirant, elle le lui présenta en disant froidement: li Pœte, non dolet;)» Pœtus, ce n'est pas douloureux. Pœtus se donna la mort à l'exemple de sa femme.

Dans les applications, ce mot est un encouragement adressé à quelqu'un qui hésite à prendre une résolution décisive. Se dit aussi par plaisanterie : Nos deux amis étaient à table, l'un voyant qiie l'autre hésitait à vider son verre, lui dit plaisamment en portant le sien à ses lèvres: ((Pœtus, cela ne fait pas de mal.»

Poinine de discorde. La Discorde, divinité allégorique, fille de la Nuit et sœur de Némésis, des Parques et de la Mort fut chassée du ciel par Jupiter, parce qu'elle semait la division entre les habitants de l'Olympe. Quelque temps après, irritée de n'avoir reçu aucune invitation aux noces de Thétis et de Pelée, où se trouvaient tous les autres dieux et déesses, elle jeta sur la table du festin une pomme d'or sur laquelle étaient écrits ces mots : A la plus belle. Vénus, Minerve et Junon se disputèrent aussitôt cette pomme fatale, et choisirent pour arbitre le berger Paris, qui l'adjugea à Vénus.

Celte expression, pomme de discorde, sert à caractériser ce qui peut devenir une cause de querelle, de dispute, entre des personnes jusqu'alors fort unies.

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Pomme de Ne-wton, allusion ,\ la circonstance, futile en apparence, qui mit le grand astronome sur la trace des lois de l'attraction universelle.

Depuis longtemps, Newton étudiait profondément la théorie de Kepler sur les lois qui président aux mouvements des planètes, et, sans doute, des lueurs avaient déj:\ traversé ce cerveau puissant, quand une circonstance des plus vulgaires vint le dégager tout à coup des obscurités qui l'enveloppaient encore. La peste régnait à Londres; Newton se retira dans son domaine de Woolstrop, où il put s'abandonner sans distractions à ce bonheur de la méditation qui était tout pour lui. Un jour que, livré à ses pensées, il était assis sous un pommier, une po>?iwe tomba à ses pieds. Ce petit incident le jeta dans de profondes réflexions sur la nature de cette singulière puissance qui sollicite les corps vers le centre de la terre, et les y précipite avec une vitesse accélérée. Aussitôt un éclair illumina son esprit. Pourquoi, se demanda-t-il, ce pouvoir de l'attraction ne s'étendraitil pas jusqu'à la lune? Et alors quelle est la force qui retient celle-ci dans son orbite autour de la terre...? Puis il étendit cette interrogation jusqu'aux planètes, qui se meuvent autour du soleil. Newton était sur la voie de la grande découverte que ses calculs devaient bientôt déterminer rigoureusement.

On rappelle la pomme de Newtoti pour faire entendre que d'importants résultats sont dus quelquefois h, des causes en apparence insignifiantes, ou môme tout à fait étrangères.

Porter la paix ou la guerre dans les plis de son manteau. Les Carthaginois s'étaient emparés de Sagonte, alliée des Romains. Une ambassade romaine se rendit à Carthage pour demander une solennelle réparation. La discussion se prolongeait. Alors Fabius, chef de l'ambassade, relevant un pan de sa toge : « Je porte ici la paix ou la guerre, dit-il fièrement, choisissez! — La guerre! s'écria Ilannon d'une voix aussi hautaine que Fabius. — Eh bien, vous l'aurez, o reprit le Romain en secouant le pan de sa toge sur l'assemblée carthaginoise.

L'orgueilleux mouvement de Fabius est souvent rappelé en littérature.

Pot de terre et le pot de fer (Le), titre d'une f::ble où La Fontaine fait ressortir le danger que le faible court en s'al-

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liant avec le fort ou en luttant contre lui. Le pot de fer propose un voyage au pot de terre, qui accepte imprudemment.

Mes gens s'en vont à trois pieds

Clopin dopant comme ils peuvent,

L'un contre l'autre jetés,

Au moindre hoquet qu'ils treuvent.

Le pot de terre en souffre ; il n'eut pas fait cent pas, Que par soû compagnon il fut mis en éclats,

Sans qu'il eût lieu de se plaindre.

Poule aux œufs d'or (La), titre d'une fable de La Fontaine :

L'avarice perd tout en ■voulant tout gagner ;

Je ne veux, pour le témoigner. Que celui dont la poule, à ce que dit la fable,

Pondait tous les jours un œuf d'or.

Il crut que dans son corps elle avait un trésor; Il la tua, l'ouvrit, et la trouva semblable A celles dont les œufs ne lui rapportaient rien, S'étant lui-même ôté le plus beau de son bien.

Dans l'application, la poule aux œufs cVor est une source de richesses et de bénéfices. Tuer la poule aux œufs d'or, c'est tarir cette source dans l'espoir de réaliser d'un seul coup ces mêmes bénéfices.

Pourceau du troupeau d'Epicure; en latin, Epicuri de grege porcum (Horace, liv. F'', épître iv, vers 16).

C'est ainsi que le voluptueux ami de Mécène ne craint pas de s'appeler, moins pour se ravaler au niveau des brutes que pour renchérir ironiquement sur le langage des stoïciens, dont l'austérité excédait le juste milieu où se retranchait la philosophie du poète épicurien.

Quoi qu'il en soit, ce mot est resté, à cause de son énergie pittoresque, pour désigner les hommes ensevelis dans la matière et dans les jouissances grossières des sens.

Pour l'amour du grec..., allusion à un passage célèbre des Femmes savantes de Molière. Dans cette comédie, Trissotin présente Vadius à sa pédante société :

11 a des vieux auteurs la pleine intelligence,

Et sait du grec, madame, autant qu'homme de France.

PHILAMINTE, à BéUse.

Du grec, ah ciel! du grec ! 11 sait du grec, ma sœur!

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BÉLiSE, à Armande.

Ah! ma nièce, du grec!

ARMANDE

Du grec! quelle douceiir!

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