TRENTE -DEUXIÈME LEÇON
Quelques crimestouj ours précèdentles grandscrim.es
Vers de la Phèdre de Racine, acte IV, scène n. Hippolyte, accusé d'un crime afTreux par son père, s'en défend en répondant :
Examinez ma vie et songez qui je suis.
Quelques crimes tmijonrs précèdent les grands crimes;
Quiconque a pu francliir les bornes légitimes
Peut violer enfin les droits les plus sacrés :
Ainsi que la vertu, le crime a ses degrés.
On cite souvent ce beau vers pour faire comprendre que, de vertueux qu'on était auparavant, on ne devient pas en un seul jour un homme capable de tout, un criminel endurci.
Queue du chien d'Alcibiade, allusion à une action bizarre d'Alcibiade, qui mit un jour en émoi tous les frivoles Athéniens : il avait fait couper la queue à un superbe chien qu'il possédait. A ceux qui lui demandaient la raison de cette mutilation, Alcibiade répondait : « Tant que les Athéniens s'occuperont de mon chien, ils ne diront rien de pire sur mon compte. »
Aujourd'hui, couper la queue du chien d'Alcibiade, ou, simplement, la queue de son chien, c'est se livrer à une excentricité dans le but d'attirer sur soi l'attention ou de la détourner vers un objet de peu d'importance, tandis que l'on s'occupe en secret d'affaires très-sérieuses.
Qui depuis....
Voyez Et ce même Sénèque....
Qui méprise Cotin n'estime point son roi, Et n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
Vers de la neuvième satire de Boileau. Le poète prend le
ton de l'ironie pour mieux accabler les méchants auteurs :
Puisque vous le vonlez, je vais changer de style. Je le déclare donc : Quiiiaiilt est un Virgile; Pradon comme un soleil en nos ans a paru ; Pelletier écrit mieux qu'Ablaucourt ni Patru; Cotin, à ses sermons traînant tonte la terre. Fend les flots d'auditeurs pour aller à sa chaire; Sofal est le phénix des esprits relevés; Perrin... Bon, mon esprit! Courage! poursuivez! JFais ne voyez-vous pas que leur troupe en furia Va prendre encor ces vers pour une raillerie? Et Iticu sait aussitôt que d'auteurs en courroux, Que de rimeurs blessés s'en vont fondre sur vous! Vous les verrez bientôt, féconds en impostures. Amasser contre vous des volumes d'injures. Traiter eu vos écrits chaque vers d'attentat Et d'un mot innocent faire un crime d'Etat. Vous aurez beau vanter le roi dans vos ouvrages, Et de ce nom sacré sanctifier vos pages : Qui mi-prise Colin ncxlime point sou roi, El n'a, selon Cotin, ni Dieu, ni foi, ni loi.
Dans l'application, ces vers si mordants sont dirigés contre ceux qui ont la sotte prétention de mettre leur nullité à l'ombre d'un nom ou d'une chose généralement respectée.
Qui nous délivrera des Grecs et des Romains?
Vers célèbre qui sert de début à l'unique élégie de Berchoux.
Le poète s'élève avec une verve des plus comiques contre la tyrannie que la langue et l'histoire des Grecs et des Latins exerçaient sur la littérature de cette époque :
Qui nous ddivrera des Grecs et des Romains ?
Du sein de leurs tombeaux ces peuples inhumains
Feront assurément le malheur de ma vie.
Mes amis, écoutez mon discours, je vous prie.
A peine je fus né qu'un maudit rudiment
Poursuivit mon enfance avec acharnement;
La langue des Césars faisait tout mon supplice :
Hélas ! je préférais celle de ma nourrice,
El je me vis fessé pendant dix ans et plus,
Grâces à Gicéron, Tite, Cornélius,
Tous Romains enterrés depuis maintes années,
Dont je maudissais fort les œuvres surannées.
Dans l'application, ce vers exprime admirablement l'ennui, la fatigue que l'on éprouve à entendre vanter constamment tout ce qui a rapport à Rome ou à la Grèce, et, par extension, tout ce qui donne lieu ;\ des répétitions trop fréquentes.
Qvii supportera les Gracques se plaignant de la sédition? en latin, Quis tulerif Gracchos de seditione qvjrentes ? Vers de Juvénal dans sa deuxième satire, et qui s'emploie pour faire comprendre qu'on n'est pas en droit de se plaindre lorsqu'on rencontre chez les autres un défaut dont on est soi-même atteint.
Qui trompe-t-on ici? allusion à un mot de Basile dans le Barbier de Séville, acte III, scène îi, comédie de Beaumarchais. Le comte Almaviva, qui veut avoir une entrevue avec Rosine, se déguise en bachelier, pour déjouer la surveillance du sévère Bartholo. Il s'annonça comme envoyé par son maître Basile, soi-disant malade, pour donner à sa place la leçon de musique à Rosine. Bartholo donne dans le piège; tout marche à souhait pour Almaviva, qui est au comble du bonheur. Tout à coup survient Basile. Alors, de la part de Bartholo, une foule de questions auxquelles don Basile ne comprend rien, mais qui lui font entrevoir entre Almaviva, Rosine et Figaro, une intrigue d'autant mieux ourdie, que Bartholo, la victime, parait être leur complice. C'est alors que Basile, voyant chacun satisfait, s'écrie : « Qui trompe-t-on ici? tout le monde est dans le secret. » Enfin Basile, qui reçoit une bourse de la main du comte, finit par entrer dans le sentiment général, et se laisse convaincre qu'il est malade, qu'il est pâle comme un mort, que sa physionomie est toute renfermée. De là ces condoléances ironiques que chacun lui adresse et qui sont également passées en proverbe : « // a la fièvre.... Bayile, vous avez la fièvre,,,, allez vous coucher, allez vous coucher, allez vous coucher. »
Cette exclamation : Qui trompe-i-on ici? se rappelle fréquemment, et toujours dans des circonstances analogues.
Quoi qu'on die.
Mots tirés d'un sonnet ridicule cité par Molière dans les Femmes savantes, acte III, scène ii, où le grand comique tourne en ridicule la manie qui pousse certains esprits prétentieux à s'extasier sur des choses insignifiantes, que personne ne remarque, et cela dans le but de se faire passer pour habiles et connaisseurs. Trissotin lit son fameux sonnet sur la fièvre qui tient la princesse Uranie :
Votre prudence est endormie,
De traiter magnifiquemeat
El de loger superbement Votre plus cruelle ennemie.
Faites-la sortir, quoi cpCon die,' De votre riche appartement, Oïl cette ingrate insolemment Attaque votre belle vie.
Les piécieuses se pâment d'aise sur ce quoi qu'on die, et s'écrient tour à tour :