‹ Grammaire littéraire ou explications suivies d'exercices sur les phrases, les allusions, les pensées heureuses empruntées a nos meilleurs écrivains et qui font aujourd'hui partie du domaine public de notre littérature a laquelle elles servent en quelque sorte de condimentChapitre 63 sur 89 · TRENTE- HUITIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

TRENTE- HUITIÈME LEÇON

Tout est pour le mieux dans le meilleur des

mondes possibles, formule fameuse de l'optimisme, système philosophique de Leibnitz. C'est cette doctrine que Voltaire a vouée au ridicule dans son roman de Candide. Le docteur Panp:loss la résume en ces termes dans le dernier chapitre du livre^ en s'adressant à Candide : « Tous les événements sont enchaînés dans le meilleur des mondes possibles; car enfin, si vous n'aviez pas été chassé d'un beau château à grands coups de pied dans le derrière, si vous n'aviez pas couru l'Amérique à piedj si vous n'aviez pas donné un bon coup d'épée au-baron, si vous n'aviez pas perdu tous vos moutons du bon pays d'Eldorado, vous ne mangeriez pas ici des cédrats confits et des pistaches. » La devise des optimistes est devenue proverbiale et revient souvent sous la plume des écrivains.

Tout finit par des chansons.

Vers célèbre d'un couplet du Mariage de Figaro, comédie de Beaumarchais, et chanté par Brid'oison, en bégayant, comme toujours :

Eli! messieurs, la comédie Que l'on juge en ce-et instant, Sauf erreur, nous pein-eiut la viô Du bon peuple qui l'entend.

Qu'on l'opprime, il peste, il crie, Il s'agite en cent fa-acons; Tout fini-it par des chansons.

Ce vers caractérise, d'une manière tout à la fois juste et comique, la ij'ivolité particulière au caractère français, qui finit par ne plus trouver que matière à chansons dans les événements les plus sérieux, et même les plus tristes, comme le prouve la complainte de Malbrough.

Tout Paris pour Chimène a les yeux de Kodrigue.

Vers de Boileau dans sa is® satire {A mon Esprit).

Dans sa fameuse sortie contre Chapelain, Boileau dit que ce n'est pas la critique qui fait tomber un auteur quand il produit

de bonnes pièces; le public sait alors le dédommager de ces injustes attaques :

Quand iin livre au Palais se vend et se débite, Que chacun par ses yeui juge de son mérite. Que Bilaiue l'étalé su deuxième pilier, Le dégoût d'un censeur peut-il le décrier î En vain coutre le Cid un ministre se ligue : Tuul Paris four Chimène a les yeux de Rodrigue» L'Académie en corps a beau le censurer. Le public révolté s'obstine à l'admirer.

Dans l'application, ce vers exprime la passion aveugle, l'engouement d'un parti, d'un pays, pour une chose quelconque.

Trancher le nœud gordien. Un ancien oracle promettait l'empire de l'Asie à celui qui parviendrait à dénouer le nœad au moyen duquel Gordius avait rattaché le joug au timon d'un char consacré par lui à Jupiter. Ce nœud était si artistement formé qu'on ne pouvait en découvrir les deux extrémités. Après plusieurs tentatives infructueuses, Alexandre trancha le nœud mystérieux avec son épée, éludant ainsi plutôt qu'il n'accomplissait l'oracle.

Dans l'application, ces mots expriment une manière prompte et vive de résoudre une difficulté.

Travaux d'Hercule, allusion aux douze travaux par lesquels Hercule s'est immortalisé.

Les applications sont fréquentes et faciles.

Deux petites anecdotes, qui roulent sur cette locution, ne seront pas déplacées ici :

Un jésuite, nommé Hercule, homme aussi modeste que savant, passait pour composer les sermons d'un prédicateur qui visait avant tout à la célébrité. Quand on savait que ce dernier devait monter en chaire, on se disait : « Allons entendre les travaux d'Hercule. »

Le philosophe athée Diagoras, entrant un jour dans un cabaret où le bois manquait, saisit une statue d'Hercule qu'il jeta dans le feu en disant : «Fais bouillir la marmite, ce sera le dernier de tes travaux. » Cette parole impie faillit lui coûter la vie.

Tremper dans le Styx. Dans la mythologie grecque, le Styx passait pour rendre invulnérables ceux qui avaient été trempés dans ses eaux.

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Cette locution est une allusion à une circonstance de la vie d'Achille, que sa mère plongea dans le Styx aussitôt après sa naissance.

On fait en littérature de fréquentes allusions à l'invulnérahilité d'Achille, pour caractériser la force intellectuelle ou morale que l'on acquiert par des travaux opiniâtres, par des épreuves vaillamment supportées, et qui donnent à Tesprit et au cœur ce ressort indispensable pour exécuter les grandes choses. Souvent aussi on dit que quelqu'un a été trempé dans le Styx, sans mêler le nom d'Achiile à la locution.

Triple airain; en latin, /Es triplex, expression dont se sert Horace (1. I, ode m, v. 9) pour caractériser l'audace du premier navigateur : « Un triple chêne, un triple airain enveloppait le cœur de celui qui, le premier, confia aux flots redoutables une barque fragile. »

Le triple airain du poète se rappelle, tantôt en latin, tantôt en français, pour exprimer l'intrépidité, la dureté du cœur, etc.

Tuer le mandarin, allusion à un passage de J.-J. Rousseau. L'auteur A' Emile suppose qu'un personnage fictif est l'héritier d'un mandarin fort riche qu'il ne connaît même pas, qu'il n'a jamais vu, et qu'un seul mouvement du doigt suffirait à l'héritier pour causer la mort du donateur. Jean-Jacques conclut naturellement que la stricte honnêteté ne permettrait pas d'exécuter le mouvement.

Ces mots, tuer le mandarin, signifient s'enrichir par des moyens illicites, ou simplement devenir riche tout d'un coup. Ainsi, que quelqu'un passe subitement et sans cause apparente de la misère à l'opulence, on dira plaisamment : // a tué le mandarin.

Tu es cet homme ; en latin. Tu es ille vir, mots par lesquels le prophète Nathan, après avoir raconté qu'un homme injuste avait ravi l'unique brebis d'un homme pauvre, fait entendre à David qu'il est lui-même le ravisseur.

Dans l'application, cette apostrophe s'emploie pour faire entendre à quelqu'un, qui semble ne pas comprendre une accusation indirecte, que c'est à lui-même qu'elle s'adresse.

Tu l'as voulu, Georges Dandinl exclamation plaisante de repentir que pousse Georges Dandin,dans la pièce de ce nom, de Molière, au moment oîi lui apparaît dans toute son évidence

GRAMMAIRE UTTlîaAir.K 2'J'i

la sottise qu'il a commise en s'alliant à une femme de condition supérieure à la sienne.

Dans l'application, ces mots expriment un plaisant méft culpi, ou bien encore un blâme adressé à une iaute trop maladroite pour exciter la sympathie ou la pitié.

Tunique du centaure Nessus, présent fatal que Nessus, vaincu et tué par Hercule, fit en mourant à Déjanire, épouse du héros. Cette tunique, qui était imprégnée du sang empoisonné du centaure, devait, d'après la promesse insidieuse de celui-ci, assurer à Déjanire la fidélité d'Hercule. Le héros, s'étant couvert de cette tunique, vit ses chairs tomber en lambeaux et expira au milieu d'horribles souffrances.

Les écrivains font de fréquentes allusions à cet épisode de la vie d'Hercule, et disent indifféremment la Tunique du centaure Nessus ou la Robe de Déjanire.

Tu portes César et sa fortune, mot fameux que prononça César alors que, monté dans une fragile embarcation et assailli par une tempête, il dit au pilote épouvanté, qui voulait rentrer au port : a Que crains-tu? tu portes César et sa fortune ! »

Dans l'application, cette phrase exprime la confiance que l'on a en son étoile.

APPLICATIONS

Dans les phrases suivantes, l'élève remplacera les points dî

Louis - Philippe fut élevé d'après les principes de J.-J. Rousseau. Comme Emile, il fut dès l'enfance soumis à un genre de vie rude et pénible. Son corps fut endurci aux intempéries des saisons, des climats, des éléments ; à la faim, à la soif, à la fatigue ; enfin, il fut

On abuse singulièrement du suicide dans le roman moderne ; au point où l'intrigue s'embrouille, on ne sait que faire de son héros, qu'il se tue ! La situation trop tendue menace de se rompre, vite un coup de poignard ou une fiole de poison ! C'est ainsi que nos auteurs ont

trouvé le moyen de

Mvr.E PE l'élève. 12

Il y a des caractères assez heureusement doués pour prendre toujours les choses du bon côté, et pour trouver que ? . . . .

Il ne faut que du courage pour braver la mort; pour affronter un préjugé, il faut le dont parle le

poète.

L'avare, au spectacle, se moque d'Harpagon; un vieux Cassandre se pâme de rire en voyant Géronte ; un joueur applaudit aux saillies de Valère; un pédant trouve plaisants Trissotin et Vadius; une coquette s'amuse des manèges de Gélimène... Spectateur étourdi, ne ris point de ton voisin; ne regarde ni à droite ni à gauche ; car

Le malheur brise les hommes faibles et bronze les âmes fortes ; celles-ci deviennent invulnérables à ses coups, et elles ressemblent à

Une nuit d'hiver, une nuit d'orage, le château d'Eu a vu arriver, sous l'habit d'un villageois, le roi de ces demeure^, le prince accompagné de la reine et de quelques serviteurs fidèles. Le lendemain, une barque de pêcheur se perdit dans la brume au milieu de l'Océan irrité, emportant dans les abîmes .....

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