‹ Grammaire nationaleChapitre 274 sur 643 · FONTENELLE · texte numérisé non relu

FONTENELLE

Samuel offrit son holocauste, et Dieu le trouva si agréable qu'il lança au même instant la foudre conirc les Philistins. (Co.ndillac.)

Hypéride a imité Démosthène en tout ce que Démosthène a de beau. (Boilkau.)

Dans l'eiTlpioi des pronoms il, le, la, les, etc., ce qu'il faut éviter avec soin, ce sont les équivoques auxquelles ils peuvent donner lieu. On ne doit pas oublier que la clarté est le principal mérite du discours. Les pnrases de ia première colonne sont donc vi-

cieuses, en ce que le rapport du pronom il n'y élant pas sensible, le lecteur csl obligé de deviner lequel des noms exprimés ce mot // représente.

EXERCICE PURASÉOLOGIQUE.

La eODTertation fcit un plaltir, mais elle doit... et dod il doit, Virgile a imité Homère dans tout ce que celui^î t..., oa dani lotit

ce qu'Homère a, et dod danc tout ce qu'il a. i'ai reueontrè madame Totre mère et mademoiielle votre lanr, cette

dernière ou celle^i... et Don elle.

Biilière a iurpasté Plante dam tuut ce que «cloUi a.. , et non Uana

tout ce qa'it a...

En allant chea le groèral, j'ai tb S* eclocel, et je loi ai..., et non

j'ai iu le colonel, je lui ai.

Le général était à quelque! lieaM de l'eBOcmi, at Teulait.., al Don

il «oulait.

-^^^^^ N' CCLXXXV. ï^^*— -

DE l'emploi des PRONOMS PERSONNELS mOi,toi,lui, ETC., CONSIDÉRÉS COMME PLEONASMES.

EXEMPLES

On n'attend plus rien que ta signature; Presse-moi donc cette tardive allure.

Ah ! que je hais leur insipide joie ! Que leur babil est un trouble importun: Chassez-les-moi. (W.)

N'approfondis jamais rien dans la vie , Et glisse-mot sur la superficie.

Prends-moi le bon parU, laisse là tous les livres.

(BoiLEAU.)

On lui lia les pieds , on vous le suspendit.

(La FONTAINE.)

Presse cette tardive allure , poui me faire plaisir, pour faire plaisir à mot.

Chassez-les pour m'obéir, pour obéir à moi.

Et glisse sur la Êuperflcie, pour m'étre agréable, pour être agréable à mot.

Si tu peux déférer à moi , prends le bon parti , etc.

On le suspendit , comme je vous le dis , comme je le dis à vous.

Oa voit que dans ces sortes de phrases le pronom personnel se trouve toujoursemployé comme complément indirect, et l'analyse nvous montre comment il faut réintégrer les mots que le besoin de s'exprimer avec autant de brièveté que d'énergie a fait sousenlendre. Les grammairiens, qui n'ont presque jamais rendu raison de rien, parce que le flambeau de l'analyse leur a toujours manqué, se sont seulement contentés d'avancer que, dans toutes ces locutions, il y avait pléonasme. Ce n'est pas pléonasme, qu'il fallait dire, mais bien ellipse, et l'on devait rétablir la construction pleine, comme nous venons de le faire.

Toutefois, nous rendrons justice à Lemare, qui lui seul s'est approché de noire analyse, et nous consignerons ici ses dernières paroles à ce sujet : de quelque manière, dit-il, que cette tournure s'explique, par le pléonasme ou par l'ellipse , elle ajoute à l'énergie; mais elle ne sort guère du style familier.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.

Preue-moi cette bourrique.

On Tout le tança.

Je te le» fin partit.

Je TOUS le lui fis faire.

Pousse-moi ce cadet Prends-moi ton paquet.

Mène-le-moi en prison Faitea-uous-en un bon cbrétict

Aime-moi cet air.

On TOUS le fustigea.

Nous te les arrangeâmes.

Je TOUS la leur Us ai-croire, 1 ens-nioi ce dcnion-là.

Cber«he-nioi la vertu.

E.nmenei-la-nous.

Failci-m'eB UD bon boDrgegil

Cbasse-moi cette bêle.

On TOUS le réprimande.

Nous le lus reçûmes.

Je TOUS la lui ferai passer.

Hrise-moi ces oulils.

Suis-moi le droit cbeniiu.

Faites-le-moi roi.

Fjites-nou&-en uu hommo tout siinplr.

Imite-moi les anciens On TOUS le relouma.

11 le la secoua.

Je TOUS la lui porterai.

Brise-nous tout ci-la.

(Corrige-moi ce drôle. Faites-le-nous baron Faile^noua-cu uu bon

iô

>e.i.««a ]\" CCLXXXYl. o^m^^^

DE LA RÉDUPLICATION DES COMPLEMENTS DIRKCI.1

EZEMPLKS.

n me verra , moi et mon domestique.

(Racink.)

La fortune nous a persécutés , lut et mot.

(FÉNKLON.)

Ne voyage pas de nnlt : on pourrait t'arrcter sur les grands chemins , et te détrousser, toi et les compagnons. (Anonyme.)

Ce silence odieux la fit soupçonner, lut et les siens.

(Vkrtot.)

ANALYSE

Il MB t;erra , [je le répète, U Terrai moi el[Q verra mon domestique.

La fortune nous a persécutés, [je le répète, elle a persccutéj loi et [elle a persécuté] moi.

On pourrait te détrousser, [ je le répète , on pourrait détrousser] toi et [on pourrait détrousser] (65 compagnons.

Ce silence odieux lk fit soupçonner, [je le répète

il lit soupçonner] lui et [il fit soupçonner] les sieiyu

C'est donc à tort que jusqu'à présent les grammairiens ont vu dans toutes ces phrases des pléonasmes. Encore un coup, nous n'en reconnaissons point, et l'analyse, qui vient éclairera chaque instant nos pas, nous prouve jusqu'à l'évidence qu'il ne saurait en exister. Et, en effet, quand on dit : Il me verra, moi et mon domesiique , il doit y avoir, dans cette phrnse, trois propositions, puisqu'il y a trois complémenis : me, moi et mon domestique. La première est complète : il me verra; les deux autres sont elliptiques, et, pour les rétablir, il n'y a qu'à réintégrer les mots sous-eniendus. Or, la construction pleine est : il verra moi, il verra mon domestique. Voilà pour l'analyse logique. Donnons maintenant la règle grammaticale.

Lorsque, dans les phrases analogues à celles que nous avons citées, il se trouve deux ou plusieurs compléments , dont l'un est un pronom personnel, celui-ci se répète pour donner plus d'énergie à la phrase et à la pensée; mais, dans ce cas, on emploie deux formes différentes, et la plus faible se met devant le verbe , et la plus grave après : il ME verra , moî et mon domestique.

Cette règle n'est pas tellement rigoureuse que de bons écrivains ne s'en soient écartés, et il nous semble que Girauli-Duvivier et Wailly ont condamné un peu trop légèrement ces deux phrases, parce que les auteurs ont ellipse les et nous devant ait séduit et voyant revenir.

Il semble que Valdo ait eu un bon dessein , et que la gloire de la pauvreté (évangéUque) ait séduit lut et •es partisans. (Bossokt.)

Pénélope , ne voyant revenir ni It^» ni moi , n'aura pu résister à tant de prétendants.

(Fbnelon.)

Chose étrange! les grammairiens, qui voient partout des plé'^nasmes, signalent comme vicieuses des phrases où ils n'en sauraient découvrir, et qu'ils devraient trouver, comme nous , très-correctes et très-françaises.

Il nous reste une dernière observation à faire relativement aux deux premiers exemples de la première colonne. Racine a dit : il me verra , moi et mon domestique; et Fénelon : La fortune nous a persécutés, lui et moi. Dans la première phrase, il y ame; dans la seconde nous. Il suit de là que l'on peut dire : il me verra, ou U nous verra,

moi et mon domestique; ia fortune u'a persécuté, ou nous a persécutés, lui et moi. I^ même remarque s'applique au\ pronoms de la seconde et de la iroisiùme personne.

n me prit, mo! et met eompa^noot.

71 me salua, moi et mon frère ilous le TÎmes, toi cl les liens.

Il le battit lui et ses gens.

le la remarquai, elle et sa serTants U U loua lui et i«i camaradei.

EXERCICE PURÀSÉOLOGIQUE.

TloQi 11 Ttmef, elle et ion escorte

>oui le TerroDi pai*«r, le roi el 'ui.

U iiouft itiaqua, mei compagDOQS et moi

Il D0U9 reconnut, moî et 'uî.

ie ae *oui aperçu», DÎ toi, ni lea aolrei.

Il me loua bcftDcoup, aoi et ma fille.

Il noui Terra, nous et oov geni Noua Ipi poursiiiTÎtnes. elle et tes amiet. 11 iei iufiu, lui se? parents et tes amis. No i le» remarquâmes, elle et sa famille. Nous les lerroni , asher, le roi et eux. Il uoui loua beaucoup, moi et ma GUe.

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