N" CCLXXXVII
DE LA HEDUPLICATION DES COMPLEMENTS INDIRECTS.
EXEMPLES
11 me parut , à moi et à mes compagnons , que notre arrivée avait jeté une grande terreur dans le pays. (Albekt-Montbmont.)
Il noir doit cette somme , à nous et à nos associés.
(GlR.\L'LT-DuVIVIER.)
N'insulte jamais la vieillesse. Ne te semble-t-elle pas respcclaLlc, à toi comme à tout le monde?
(Ano.nvme.)
Touché de pitié pour ces êtres infortunes, il leur donna à eux et à leurs enfants de quoi f.iirc leur route. ^Id.)
Il HE parut . [je le répète , il parut] a moi et [il parut] à mes compagnons , etc.
U NOUS doit cette somme , [je le répète , il la doit] A Nocs et [ il la doit] à nos associés.
Ne TE semble-t-elle pas respectablt , [je le répète, ne semliie t-elle pas respectable] a toi, comme [elle semble respectable] d tout le monde.
Il LEUR donna, [je le répète , il donna] a kux et [il donna] à leurs enfants de quoi faire leur route.
Toiiice que nous avons dil pour la réduplication des compléments directs, devient applicable, dans les cas analogues, au redoublement des complémenis mdirecls; avec celle différence que le pronom personnel répété après le verbe tst toujours accompagné de la préposition à.
EXERCICE pnRÀSÉOLOOIQVE.
n me lemble, à moi et aui autrei. Noai lai dlroDi, à elle et à les compaginans.
n me parut, à moi et i mon frère '\'oui 11 leur remelL-ei aux roiset aui mjniitrei.
lloui te donnâmes, à loi comme aux autrei. Il Douf «cmble, à moi el a x ai. très.
Il nous eu apportera, à dous et à tout le monde. I i Doui parut, à lui et à moi
n le lui dira, à lui et à nouj. Il ne 'oui parlera, Di i toi ui à tea amis.
Il TOUS nuira, à tous comme aui autrei.
11 leur plût, à lui et i son père.
Nous leur eu conterons, à elle et i toutes Itl
autres.
Je le iei:r apprendrai, à elles et i leur! ptrccti.
>*^s N° CCLXXXVIII. ^^
DES COMPLEMENTS DIRECTS le, la, leS CONSIDÉRÉS JUSQU'A PRÉSE.M COMME PLÉONASMES.
te bien , nous le fesons ; le mal , c'est la fortune. On a toujours raison , le destin , toujours tort.
(La Fontaine.)
Et la plus belle chose , ils la gâtent souvent Pour la vouloir outrer et pousser trop avant.
(Molière.)
Prince , je tous entends ; Ce soin de me venger^ ces nobles sentiments , Ces transports , ces fureurs dont votre âme est saisie. Je les dois à l'amour moins qu'à la jalousie.
(Recnard.)
Un jeune homme peut bien être étourdi , léger; Aux travers de l'esprit aisément on faM grâce ; Mais les fautes du cœur jamais on ne les passe.
(Aj«DRIKOX )
Ce que pense un amant de ses feux pénclré , Ma bouclie le disait quand vous êtes entré.
(Recnard.)
La voix de mon époux , i'aveï-vous écoutée , Celte plaintive voix qui suit partout mes pas , Et vous reproche un sang que vous ne vengez pas.
{Id.)
Je t'ai aussi sentie , cette soif vague de quelque chose ; elle m'a traîné dans les solitudes muettes de l'Amérique, et dans les villes bruyantes de l'Europe. (Chateaubriand.)
Cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains , la postérité sait nous la rendre.
[Id.)
Dans toutes CCS phrases, les compléments directs le, la^ les y sont , suivani l'opinion de Lemare , des pléonasmes , mais des pléonasmes utiles. Vous l'entendez ! des pléonasmes utiles, c'est-à-dire des choses à la fois superflues et nécessaires.
Nous en demandons bien pardon à Lemare et à tutti quanti, mais nous ne trouvons pas que, dans les phrases citées, les verbes qui ont pour compléments le, la, les, doivent en avoir d'autres; et nous sommes encore à penser comment un aussi habile, un aussi [)rofond grammairien que Lemare ait pu y voir rien de plus. Prenons, entre toutes, cette phrase de La Fontaine : Le bien, nous le faisons; le mal , c'est la fortune. Quoi! vous voulez que ce verbe /aiso?is ait deux compléuienls , dont le bien est le premier, et le second le; de sorte que votre analyse est celle-ci : Nous faisons le bien^ nous le faisons. C'est en vérité par trop étrangement s'abuser; c'est avoir une ignorance complète du mécanisme de celte phrase.
Ne doit-on pas reconnaître , au contraire , comme nous l'avons clairement démontré en d'autres circonsiances, que ces mots le bien, sont les éléments d'une proposition ellipsée, dont la construction pleine est : en ce qui touche , en ce qui concerne, en ce qui regarde le bien , ou d'une manière abréviative , pour le bien, nous le faisons ; pour le mal, c est la fortune. C'est là, certes, la seule et véritable analyse, d'après laquelle l'expression le bien doit être complément soit d'un verbe, soit d'une préposition sous-enlendue, et non pas du \erhc faisons, dont le seul et unique complément est le. Et cette analyse est inattaquable , car elle est fondée sur l'usage et sur l'autorité de tous les écrivains. Ne dit-on pas, en effet : Pock votre frère, si je le vois, je le préviendrai, ou avec ellipse de la préposition pour : Votre frère, si je le vois , je le préviendrai. Dans l'un comme dans l'autre cas, le molle n'est point un pléonasme; et c'est parce que les grammairiens n'ont pas vu l'ellipse , qu'ils sont tombés d.ins une aussi grave erreur.
Lt monde, peu de geoi .e eonaaitscDl.
L* tante, tout le monde la détire.
La misère, noui l'avoni toui eu horreur.
Dieu, nous defon» l'adorer.
la lertu, il faut la cultiver.
L« ciérbant, il le faut plaindre.
L« forUiue, toua Iti bommea U cbercLcol.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
La lagesie, beureuiqui la possède.
La »le turbulente, je la déletle,
L*ainour de la patrie, je l'ai dans euod cœur.
Nos «icei, Dout fout les cachons
Les opiuiooi, retpectODt-let.
I et jeunes persooDet, on let doit turTeiiler.
Set défautt, ou De let «oit pat.
Les parents, Il faut let aimer.
Les bons, Dieu un jour let récompensera.
Les richesses, tous let bommet De let payre»!
Les dignités, beureui qui les fuit
Les plaisirs purs et simples, je les reebereka.
Les grands eiploits, je let admire
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EMPLOI DE Uj la, les BN RAPPORT AVEC DES NOMS UÉTEHMINES OU INDÉÏEIIMINES.
AVEC le , la, les.
Si c'est effacer les sujets de haine que vous avez contre moi , que de vous recevoir pour ma Mie , je veux t»ien que vous la soyez.
(La Fontaine.)
AVEC le SIG.NiriANT CELA.
Hélas 1 madame , vous me traitez de veuve ^ 1* est trop vrai que je le suis.
(YOLTAIKI.)
Miracle ! crialt-on : venez voir dans les rues
Passer la iclnc des tortues, La reine ! — vraiment oui ; je la suis en effet.
Se me trompé-je pas , en vous croyant ma nièce. — Oui , monsieur, je la suis.
(Boissy.)
Êtes vous les trois Romains qu'on a choisis pour le fombat ? — Nous les sommes.
(KIarhomtel.)
Êtes- TOUS les prisonniers que l'on a amenés d'Allemagne ? — Nous les sommes.
(M'"' Vauvilliers.)
M n'en est pas en fpule. Il s'en trouve pourtant , Gens instruits et profonds , qui n'ont rien de pédant. Qui ne s'appellent pas la bonne compagnie. Qui la sont en elTct.
(VOLTAIRI.)
Vous êtes non pas la femme , car vous ne pouvez pas l'être ; mais l'esclave d'un esclave , qui a été dégradé de l'humanité.
(Montesquieu.)
La vilie de Soleure devient îe renaez-vous d« toute la Suisse ; les femmes y sont ciiarmantcs , je serais même tenté de les croire coquettes, si les femmes pouvaient l être.
(Dr Boufflers.)
Je veux être mère, parce que je îe suis, et c'est en vain que je ne le voudrais pas être.
Les pauvres sont moins souvent malades, faute de nourriture , que les riches ne le deviennent pour en prendre trop. (Fénelon.)
— Mais ne m'es-tu pas fiancée ?
— Je le suis à quelqu'un. C'est un fait bien certain. (De Doufflers.)
Pourquoi les riches sont-ils si durs envers les ■pauvres ? — C'est qu'ils n'ont pas peur de le devenir (J.-J. Rousseau.)
Catherine de Médicis était jalouse de son autorité , et elle le devait être.
(L. P. Daniel.)
Les exemples de la première colonne nous font voir, que , lorsqu'il y a, dans une phrase, des substantifs déterminés, les pronoms personnels qui s'y rapportent doivent revêtir le même genre el le même nombre que ces substantifs, et qu'alors on se sert de le, la, les; mais si, comme dans les exemples de la colonne latérale, il y a des adjectifs ou des substantifs pris adjeciivemcnl , indéterminés, quel que soit leur nombre et leur genre, le pronom personnel qui les représente est toujours le, Villud des Latins et signifiant cela : v02is me traitez de veuve; H est trop vrai que je le suis; que je suis cela, c'est-à-dire veuve.
EXERCICE PnRÂSÉOLOGIQVE.
Etet-Tous le roi? — Je le «uis. Je TOUI erojaii m» fille. — Je I» tuii aujsi,
Étefr-Toui la reine? — Je la luis. Je loui prenait pour mon amie.— Je De la mil
Eles-»ous la maîlrease du logis ? — Je la lui. . P^'-
ÉteMOusIei maître.? -Oui, nousie» lomme.. EleMOUi le roi > — Ouï, je le suis.
Toui uélei fas lei maître., el Tuus ne le. ter» EleMou. reine? - Oui. je le .ui..
jimai.. Élef-Toui maltreue ici? — Oui, je le tuii.
]* lerai U malade, el loi, tu la ferai. Etca-Tous maîtres?— Coi, noui le lommei.
Voui n'-les pas roaîtrei, et 'ous ne le lerei j»-
maii.
Quand je lerai malade, lu le deii.ndras. Je TOUS croyais femme. — Non, je ne le «uis pal. Si TOUS me preuiei pour amie, tous terriei que
je le .ui..
Youi leicroyei coupables, elilJ ne le sonl pai.
»^a N° CCXC. ^'^^