MON EXPRIME
Ce serait une belle chose si je remplissais me* lettres de ce qui me remplit le cœur. Ah ! comme tous dites , il faut glisser sur bien des pensées et ne pas faire semblant de les voir.
(M""' DE SÉVIGNK.)
Madame, je viens un peu tard; mais il m'a fallu lire ma pièce chez madame la marquise , dont je vous avais parlé j et les louanges qui lui ont été données m'ont retenu une heure de plus que je ne croyais.
(Molière.)
Vous aimez mieux m'écrire vos sentiments que vous n'aimez à me les dire ; de quelque façon qu'il me viennent , ils sont reçus avec une sensibilll qui n'est comprise que de ceux qui savent aime comme je fais.
(M""' DE SÉVIG.^É.)
En citant celte phrase : quand je ne serais pas voire serviteur comme je le suis, Girault- Duvivier, dans sa Grammaire des Grammaires , fait observer que la suppre^sion du relatif/e serait condamnable. La remarque est juste, mais elle est trop générale; car k-s exemples cités nous prouvent que, dans des phrases analogues, si ce môme relatif /t? représente une proposition, au lieu d'un substantif, quelquefois le est exprimé (1" colonne), quelquefois il peut ne pas rêlrc (2^ colonne). La phrase n'en est pour cela ni vicieuse ni incorrecte.
Comme iHi le p<Dse.
Comaie oo le dit.
Omuoi'! on le «oit.
Comme il le f^iut.
Coount il ie dsit
Comme on pense.
Comme on dit.
Comme on foit.
Comme il faut Cootme il doiU
PluD qu'on ne le sait.
Moins qu'on le croirait.
Reaucouu plus que tu ne le fais Bien mouis que lu te le liguret.
Plus qu'il ne le pcn.ie.
PluB qu'on ne sait Moins qu'on croirait.
Beaucoup |>lu!i que lu ne fuii^ Bieu moins que lu le figure».
IMus qu'il ne |>eiite.
^^^^3 N GGXCVI. o-
GALLICISMES OCC ASIO \ I.S l' A K /'
Enfin, TOUS t emportez, cl la faveur du roi Nous élève en un rang qui n'était dii qu'à moi.
((;OR.>EII.LS.)
Hien ne doii remporter sur la fol des serments,
(PiRON.j
Alix lois de la nature, amis, soumell()n^-îlOus, 'l'jiij'mrs sa volonté t'emporte sur la nôtre.
(Ahnault.)
Je pense que ce visage est assez passable , et que , pour le bel air, dieu merci , nous ne le céilons à personne. (ÙIOLIÈRE.)
Telli> est ma volonté, Tel est le sort du monde entre nous arrêté; > 0U3 remportez sur moi dans un nouveau partage.
(VOLTAIRB.)
Je suis né , tu le sala , assez près de Péronnc, D'un sang dont la valeur ne le cède à personne.
(Hecmako.)
On apprend par ces exemples que dins les expressions : t. emporter sur quelqu'un, ite LE céder à personne, le mol le esi employé d'une manière absolue, sang relation aucune avec un aniéccdeni exprimé. C'est ce qui constitue ce qu'on appelle un gallicisme. Nous aurions éic curieux de voir ce qu'en disaient les grammairiens ; mais aucun d'eux, que nous sachions, n'en a parlé. Les premiers nous essaierons donc de l'analyser; car, en grammaire surtout, les idiolismes doivent être éclaircis. Quand Piron dit : Rien ne doit l'emporter sur la foi des serments,\esi\hsv.\nùi iïuque\ le se r.ipporte est indubitablemenl le poids, l'avantage. 11 existe moralemenldans noire esprit une certaine balance à l'aide de laquelle nous pesons le pour et le contre des choses; or, c'est en menant dans l'un des bassins do la balance toutes les considérations possibles , et dans l'autre la foi des serments, que nous pouvons affirmer que rien ne saurait remporter sur cette dernière. Ce raisonnement, s'il est aussi juste qu'il nous le parait , s'applique à tous les exemples de celle nature (1).
Dans la dernière phrase de l'une et de l'autre colonne le se rapporte à le pas : Nous ne cédons le pas à personne pour le bel air; je suis d'un sang dont la valeur ne cède le pas à personne. Nous ne pensons point qu'on puisse nous contester ces analyses, qui expliquent ce qui était demeuré jusqu'à ce jour inexplicable. Qu'on ne nous dise donc plus à présent qu'il est impossible de rendre raison des gallicismes.
Vous rcmporUi iar mol. le ne le eide è periouoe. Il l'eKiportait lur «on frère. Toui ne me le eidei en rifn.
Tu l'emporUi ur oaui. Tu De le eèdei i <^a\ que le soit. lU r«mp*rtiiiefil sur leurs eDuemis Ils ne le cident i pertODO*.
Mous remportons sur eus. Il ns le eédersit à Ime qui rite. 1» l'empertaii fur loi. Elle ne le cédait à aueooa.
Ils rMoportent s«r nous. T lUi oe 1* eédei ni i lui ni i moi. £Ue l'einporUit sur toutes. £lles ue le eédaitot qu'à UM teule.
-*^£5 N" CCXCVII. »^^
e.mploi de le, la, les et de lut, elle, eux, elles.
AVEC le, la, les.
Ce carrosse parut être celui de mon ûls , ce était en effet.
((^M"' DE SfiVlGNK.)
AVEC lui, elle, eux, etc.
Monsieur, c'est là Crispin. — C'est Iwt, je le sais bl«a. Nous avons eu là-bas un moment d'entretien.
(HEenAto.)
(1} Les vers suivants confirment notre analyse , et la rendent, pour ainsi dire, inattaquable '
Nous verrons qui des deux emporte la balance , Ou de ton artifice , ou de ma vigilance. (Voltaire.) Cciui-cl sur son concurrent voulait emporter l arantage. (La FoiNtaikk.)
Et ta beauté , sans doute , emportait la bala^ci.
(CORHXILLE.)
Ma gloire intéressée emporte la balance.
Notaire aurait pu dire elliptiquement : is'ous verrons qui des deux l'e-mtorte, ou de ton artifice et» de ma visilancD.
Hé! sont-ce là vos gants ? Est-ce là voire épée ? — Oui , ce les sont.
(Recnabd.)
Je crois que voilà mon aimable invisible dont fe te parlais. — C'est elle-même.
ild.)
Parle-t-on d'objets inanimés , comme cela a lieu dans la première colonne on doit répondre par : ce l'eity ce les sont. Esl-il, au contraire, question d'êtres aDimés de personnes , ainsi que dans la seconde colonne , on se sert des formes c'est lui, c'est elle ce sont eux, etc.
Cependant Regnard {Légataire, acte v, scène vn) a, sans y êlre aucunement forcé par la mesure du vers, employé elle, en parlant d'un objet inanimé. Voici le passade:
11 faut donc que mon mal m'ait ôtc la mémoire, Et c'est ma léthargie. — Oui, c'est elle, en effet.
Eit-ce TOtre hrbit ? — Oui, ce Test.
Sool ce lot 'i'rea? — Oui, ce iei août. £:t ce ma montre ? .— Ce l'eiL
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Ei!-ce toD canif? — Oui, ce l'ekt.
Ef»-ce yotre père ? Oui. c'est lui. EitKîe ta fernm» ? — C'est elle.
Sont-ee toi pareoti^ — O'^l, ««sont eux. Est-ce ta iière? — Oui. «'eti eUe.
N'est-ce pas ton oncle? — Coi, c'est lui.
N° CCXCVIII. ^m^^
BU PRONOM soi.
On peut toujours trouver plus malheureux que soi.
(La Fontaine.)
Quiconque rapporte tout à soi n'a pas beaucoup d'amis. (Académie.)
Heureux qai vit chez soi , De régler ses désirs fesant tout son emploi !
(La Fontaine.)
Celui gui hait le travail n'a assez ni de soi ni des autres. (Boiste.)
Des passions la plus triste de la vie , C'est de n'aimer que soi dans l'univers.
(Florian.)
Il dépend toujours de soi d'agir honorablement.