DU GENRE DANS LES SUBSTANTIFS
1" SÉRIE. — MaLES.
L'âne souffre la faim, un chardon le contente.
(Rosset).
LQhon de son sang ne peut calmer les flots.
(Delille.)
Le tigre rugit à la vue de tout être vivant.
Le loup sait se tenir prudemment embusqué.
{Id.)
Le chevreuil est fidèle au pacte conjugal.
(Id.)
Le mulet reconnaît une jument pour mère.
(ROSSHT.1
Le lapin se soustrait aisément aux yeux de l'homme.
L'indocUe poulain par nos mains est dompte.
(UOSSKT.)
Le paon est, sans contredit, le roi des oiseaux.
(BuFfON.)
Le serin est le musicien de la chambre.
(Id.)
Le dindon a l'air fanfaron ; mais il ne possède que très peu de courage.
(Berquin.) Quel père de son sang se plaît à se priver ?
(Racine.)
2' série. — femelles
Vânesse a la voix plus claire et plus perçante que l'àne. (BuFFOs.)
La lionne devient terrible dès qu'elle a des petits.
(Id.)
La (igresse produit ^ comme la lionne, quatre on cinq petits (i). (Id.)
La louve allaite ses petits pendant quelques semaines, et leur apprend bientôt à manger de la •::hair.
(Id.)
La chevrettese recèle dans le plus fort du bois pour éviter le loup. (Id.)
Une mule ût une très belle pouline d'un poil alezan avec les crins noirs (2). (Id.)
La lapine allaite ses petits pendant plus de six semaines. (Id.)
CqUo pouline avait une étoile au front et les pieds blancs. (Id.)
La paonne aime à déposer ses œufs dans un lieu secret et retiré. (Id.)
La serine assez souvent tombe malade au commencement du printemps. {Id.)
La dinde a des œufs blancs et tachetés.
(Id.) La mère de sa fille aime à voir les essais.
(Lemierre.)
(1) Quelques personnes pensent à tort que le mot tigresse ne s'emploie qu'au figuré en parlant d'une femme cruelle. L'exemple de Buffoii, que nous pounions étayer de mille autres pris dans les naturalistes, prouve le contraire. L'Académie et tous les lexicographes indiquent d'ailleurs l'emploi du mot tigresse, en parlant de la femelle du tigre.
(2; C'est également à tort qn'iin grammairien range le mot mule* parmi les substantifs cpicènes. Ce mot a un féniiiun; comme le jirouvc rcxciiiplc ilo Buflun. Ce féminin est nmle. Voir tous les dictionnaires et les naturalistes.
On voit que les noms peuvent se présenter sous deux aspects différents, selon qu'ils désignent un sexe plutôt que l'autre.
Les êtres animés se divisent en deux grandes classes : les êtres mâles et les ùlrasJhneUes.
Celle différence entre les mâles et les femelles s'appelle sexe (1) dans les êtres, et genre lans les noms destinés à en rappeler l'idée.
Ainsi, de même qu'il y a deux sexes parmi les êlrcs animés, il doit y avoir deux gern'es parmi les noms : le genre mascuHn et le genrc/émm//i.
Le ^enre masculin répond au sexe mâle; le gcme féminin au &exG femelle.
Nouspouvonsdonc établir cetterègle générale, relativement aux noms d'êtres animés:
1° Tout nom qui désigne un homme ou bien un mâle chez les animaux, est masculin : Alexandre, lion, tigre, etc.
2" Tout nom désignant une femme ou bien une femelle chezles animaux, est f/cminin : Alexandrine , lionne, tigresse , etc.
Ainsi se détermine, d'une manière très naturelle, le genre, dans les noms qui désignent les êtres an/mes. La nature, que nous avions prise pour guide, n'a donc point trompé notre confiance; elle seule nous a dicté ces règles simples et les a sanctionnées.
C'est sans doute dans un moment de mauvaise humeur que Duclos a dit, dans son commentaire sur Port-Royal : «L'insiilution ou la distinction des genres estunechosu purement arbitraire, qui n'est nullement fondée en raison, qui ne paraît pas avoir le moindre avantage, et qui a beaucoup d'inconvénients. »
Dans la grande classe des êtres animés, la nature a établi deux divisions, qui s'offrent à nos regards sous l'aspect le plus louchant. Dans toutes les parties de l'univers, on contemple sans cesse l'homme et la femme réunis sous le même toit, le lion et la lionne dans le même antre, le rossignol et sa compagne dans le même nid ; partout c'est une famille qu'une mère nourrit, qu'un père protège. Cette admirable distinction d'êtres nourriciers et d'êtres protecteurs frappe vivenient l'esprit de l'homme; elle seule le guida quand il détermina la classe des êtres masculins et celle des êtres féminins. 11 réuni! dans la première tous ces êtres que la nature créa puissants et forls, afin qu'ils défendissent contre tout danger leur chère famille, et celle plus chère encore qui la nourrit; puis il rassembla dans la seconde tous ces êtres faibles et bons, de qui la faiblesse réclame une protection constante, et dont la bonté se charge de nourrir et d'élever des êtres chéris auxquels elles ont donné le jour.
La distinction des noms en deux genres, V un masculin , Vaulve féminin ^ conformément aux deux sexes, fut donc prise dans la nature; et on aurait tort de croire, avec Duclos et d'autres grammairiens, qu'elle soit arbitraire et de pure fantaisie. 11 eût été absurde de désigner tous les êtres animés, quoique de sexe différent, par le même nom sans distinction de sexe, parce que le langage n'aurait jamais été d'accord avec le fait, et parce
(1) Mot formé du latin secare qui signifie séparer, partager, couper en deux, parce que, par le sexe, re?pèce est coupée en deux portions, et comme en deux moitiés d'un tout. Chacune de ces portions, ou cliacun de ces sexes fut appelé g^enre^ du mot primitif gen, qui désigna toute idée de production, destination des sexes. — Peut-être que l'élève, en voyant d'un côté, âne, lion, cl, de l'autre, dnesse.Jionne, pour désigner des animaux entre lesquels il n'aperçoit d'abord aucune différence, manifestera quelque élonnement de cette bizarrerie. S'il ne fait pas de lui-même cette observation, il faudra la lui suggérer adroitement. 11 ne sera pas difllcile de loi faire comprendre que, par exemple , c'est l'ânesse qui donne le lait , dont elle nouiTit ïànon, qu'elle a port^ dans son sein.
L'élève ne sera pas embarrassé pour déduire de cette observation le signe propre à caractériser la femelle. U le tirera soit de l'état de gestation, soit de l'allaitement, ou même de l'action de traire.
On fera les mêmes observations pour la vache, la chèvre, la brebis, etc.
Pour les oiseaux, le signe des femelles sera celui de l'œaf ou de l'Iucubation.
qu'on aurait toujours été embarrassé de savoir duquel des deux êtres on parlait, tandis qu'on n'eût mis aucune différence entre leur nom commun.
Mais pour marquer la différence des sexes, on n'a pas toujours donné aux noms une lerminaison différente. U n'y a guère que ceux que nous avons rapportés dans le tableau précédent et un petit nombre d'autres, qui soient susceptibles de cette modification
<exuelle.
Dans les numéros suivants nous montrerons comment on s'y est pris pour mdiquer la ilifférence des mâles et des femelles dans les noms qui ne peuvent se modifier sous le
rapport du genre.
EXERCICE ANALYTIQUE
(Designer les noms masculins et les noms féminins).
Cliat
Anneau.
Lcup.
Bciiaid.
Chatte
ignel'.e.
Louitr.
Renaide
Poulain
Poulet.
RoMipnoL
Prince.
PouHclie.
Pouletle.
Ko5sli;nuktle.
Princcue.
liiron
Frère.
Faon.
Perroquet
Baronne.
S.rur.
Kjoiitie.