DUCERCEAU
71 est rare d'aimer sans avoir de rival.
(La CnAUSsÉE.)
Il est beau de périr pour sauver l'innocence.
(Voltaire.) Il n'est pas toujours bon d'être trop politique.
(ROTROU
Lorsque !c verbe êlre se trouve modifié par un adverbe, comme peu, assez, beaucoup, trop, etc., il doit êlre précédé de ce doufon élidc Ve (voir la 1" colonne); mais si, au coniraire, il est en rapport avec un adjectif ayant après lui un aulre verbe ou un que, on emploie il (2" colonne). Dans il est peu apparent, peu modifie l'adjectif apparent et non le verbe.
EXERCICE PnRASÉOLOGIQUE.
c'est peu que as.,..
C'est beaucoup que de.-
C'est trop que d-?
C'est assc« que de
.1 est peu eerliin que. ..
Il est malbeureusetneiil trop »rai q'J
11 est bien peu sûr que
Il est asset probaLle que.. ..
N" CCCXLIX. ^^^
c'est... de ou que de.
Cest... que de.
Cest une maladie d'esprit que de souhaiter des ebosos impossibles. (Fénelon.)
. . . Cest imiter les dieux , Que de remplir son cœur du soin des malheureux.
(Grébillo.n.)
Est-ce sédaction que de se faire aimer ?
(La Chaussée.}
Cest créer les talents que de les mettre en place.
^Voltaire.)
Cest obliger tout le monde , que de rendre service àuo lionnctc homme. (I'ubl. Syrus.)
Cest... que ou c'est de. Ce n'est point assez de pardonner les offenses , Il faut aussi les oublier. [M"" de Staël.)
Cest un second crime de tenir un serment criminel. (J.-J. Rousseau.)
Cest mériter la mort , que laltendrc d'autmi.
(Decaui.^
Cest louer plus que nous que louer noire amant.
(Saurin.)
. . . Cest une imprudence assez commune aux rois. jD'écoutcr trop d'evis cl se tromper au cliuix.
^Corneille.)
Cett être criminel que cTêlre misérable.
(GUVM. DE LA TOUCBB.)
Ce n'est pas une hérésie que de ne pas croire cerlains faits particuliers. (Pascal.)
II croit que c'est une justice qu'il doit à ses sujets , que de leur montrer le chemin de rhoimcur.
(Flrchier.)
Cest abuser de son esprit que rf'élaliiir de telles propositions; c'est en abuser encore de vouloir les txpliquer. (Voltaire.)
. . . Cest du ciel attirer la vengeance , Que de laisser soupçonner l'innoceneo.
(Lombard de Langres.)
Cest un pesant fardeau d'avoir un grand mérite.
(Regnard.)
Le mérite a toujours droit de charmer nos yeux , Et c'est presque en avoir que savoir le connaître
(Langue.)
Cest un grand spectacle pour un niahoinctan de voir pour la première fois une ville chrétienne.
(Montesquieu.)
Cest une hérésie de résister aux décisions de foi ; parce que c'est opposer son esprit propre à l'esprit de Dieu. (Pascal.)
Cest une erreur de regarder la naissance et le rang comme un privilège. (Massillon.)
Ouvrez la Grammaire des Grammaires, et vous y lirez que le P. Buffier, Yaugel;i8, Féraud, c'est-à-dire tous les grammairiens, observent que l'omission du de ou du que, dans ces phrases, serait une faute.
Ouvrez Voltaire, Pascal, Corneille, Racine, Montesquieu, c'est-à-dire tous Its écrivains, et vous y verrez que l'omission du de ni du que n'est une/"«»^'.
C'est donc à vous de choisir entre le P. Bufiier, Vaugelas, Féraud, etc., et Vollaire, Pascal, Corneille, Racme, etc.
Girault-Duvivier pense qu'on doit considérer la préposition rfc comme une particule explélive commandée par l'euphonie et que l'usage exige. Encoïc une erreur à ajouter à des milliers d'autres qu'il nous a déjà fallu combalire, ou qu'il nous resie encore à relever.
Dans c*est créer tes talents que de les mettre en place, le de se rapporte à un nom sousentendu, qui peut être /'ac//o?j, le tact, le talent, ou tout autre mot semblable : C'est créer les talents que (le talent) de les mettre en place. Cette ellipse n'a rien que de très-naturel, et c'est faute de l'avoir soupçonnée que Girault-Duvivier a regardé de comme un mot mutile. Le que n'est pas moins nécessaire : C'esiun vilain défaut qce démentir. Analyse : Ce (défaut ) que (je vais nommer, c'est-à-dire celui ) de mentir est un vilain dé' faut.
Cett en p^clié qiu de
C'ttt nn piebé qa<..
C'eit UD flehi ie..
Est-ce ceci. ^ et est-ce ci? Est-ce cela? et est-ce là?
Ceci, cela.
Mailnnne était le nom de votre épouse , Consolez-vous , pour une , en voici dix ou douze; Kt Vous ne pouviez mieux vous adresser qu'ici. Voyez : est-ce cela? Tenez : est-ce ceci?
(PiRON.)
Qu'est-ce donc que ceci? qui nous paiera , nous autres ?
(Molière.)
Ce ci, ce là.
Passez votre chemin, monami. — Que je passe mon chemin ? — Oui. — Oui , qui le pourrait. — Quel maraud est-ce ci ? (Recnard.)
. . . Elle disait tout bas :
Qu'est-ce ci donc? ce compagnon n'est pas Tel que j'ai cru. (La Fostaisk.)
En conduite . en propos, Je suis assez légère, Coqaettc comme on l'est , parfois un peu colère , Mais qu'esf-ce que cela ? — C'est beaucoup trop , ma
[chère.
(I-'lorias.) . . . Qu'est-ce donc? me voilà.
Ma maltresse se meurt ! — Quoi ! a'est-ce que cela ?
(MOLIÈKE.)
Ravi comme en extase à cet objet charmant. •Qu'est-ce là , dit-il k son père , Qui porte un si gentil habit? ,La Fo.ntai.-^k.)
Oh ! oh! dil-il , qu'est-ce là que je vois? Le plaisant saint ! (M.)
Il est bien facile de conclure de ces exemples, 1° que, dans les interrogations, on écrit qu'est-ce ci? qu'est-ce la? sans unir les pariiciiles ciel là au mot ce; 1" que néanmoins si entre ce et ci, ce et là, il se trouve un que, comme dans les trois derniers exemples de la première colonne, il faut écrire ceci el cela en un seul mol ; 3° que la même chose a lieu quand ceci et cela sont pris comme noms, ainsi que dans les vers de Piron.
Voilà trois règles, el trois règles fondées sur des faits. Mais suffiraient-elles? Non. 11 nous reste encore, selon nous, à en faire connaître la raison. Pour cela, nous appellerons, comme toujours, l'analyse à noire aide.
Or, dans ce vers : Voyez: est-ce cela? tenez: est-ce ceci? ceci et cela oni dû s'écrire ainsi, parce que nous l'avons déjà dit, ce sont des noms. C'est comme s'il y avait : Voyez : est-ce ceci [cette femme-ci] ( qui est votre Marianne )? Tenez : esl-ce cela [cette femme-la] ( qui est voire Marianne)?
Dans les exemples suivants, ceci et ce/a ont dû s'écrire en un seul mot par la même raison. En effet, on dirait en commençant par ceci ou cela : ceci, qu'est-ce donc? cela , qu'est-ce?
Mais il n'en est pas de même dans les citations de la seconde colonne : Quel maraud est-ce ci? ce et ci sont deux mots entièrement distincts : Quel maraud est-ce (que je vois) CI [ici]? ou bien (cet homme que je vois)c/ [ici], quel maraud est-ce (i)?
11 esl donc bien important, comme on le voit, de ne pas confondre ces deux sortes d'oriographes, ainsi que le font journellement les typographes. C'est à eux qu'il faut reprocher les fautes qui existent dans les passages suivans:
Quelle diable de visite est ceci :
(PiROB.)
Qu'est ceci? dit le financier:
Comment ! les chantres du bocage Pour leur juge ont choisi cet animal sauvage?
(Florias.
11 fallait : Quelle diable de visite est-ce ci ? abrégée de : Quelle diable de visite est-ce {que nous allons avoir) ci [ici]? el qu'est-ce ci? dit le financier, abrégé de : Qu'est-ce (que je vois) Ci [ici]?
La Fontaiue a commis une autre sorle de faute dans ces vers :
(1) Molière va se charger de ju=ti(îer notre analyse. Dans les Précieuses ridicules il a dit : Quel diable de jargon entvnds-je ici? voici bien du haut style. 11 aurait pu dire : Quel diable de jargon est-CR ci? ou quel diable de jaryou est-ce que j'entends ici ? Ailleurs 11 avait dit aussi : Par ma foi ! je ne sais point quelle bête c'est la. Il aurait également pu dire avec l'iiiicirogation : Quelle bête kst-cb la P'-cs particules cicUà sont évidemment des mots qui expriment une circonstance ou de lieu ou de temps, et qui, par conséquent ne doivent pas être unies au mot ce. Et ce qui achèvera sans doute de prouver que ces particules ont un sens tout-^-fait Indépendant de ce , c'est qu'on peut les supprimer ; exemples •
Quel homme est-ce ? (Regnard.)
Comment ? Qu'est-ce? plait-ll? parlez, expliquez-vous.
Qu'es.'-ce? eh bien? qu'avez vous? vous clés tout
[cliangé.
(Regnard.)
D'abord !a peur se sa!«it do notre homme, Qu'est-ce cela.' songc-l-U ; est-il mort? ... 0 dieux ! qu'est-ee cela?
H dit en sol : Rustic , que sais-tu faire? Veiller, prier, jeûner, porter la liaire.. Qu'est ce celaP moins que rien , tous le font.
Mais on sent qu'il n'y a été entraîné que par la mesure du vers, car parioul ailleurs il a dit : Qu'est-ce là? La môme cause a produit rincorreciion suivante :
Une dame demande à vous parler. — Son nom ?
— Marianne. — Comment! que cect veut-il dire.' (Piror.)
En lerminant ce numéro, qui nous a coûté de longues reclierclies (1), pout-iitre nous pardonnera-[-on de dire que nous sommes les premiers, nous le croyons du moins, qui ayons abordé un point aussi imporlanl et aussi difllcile. Car on doit regarder comme presque nul ce qu'en a dit Lemare. Kn effet, nous le demandons, quelle analogie y at-il entre ces quatre exemples qu'oppose ce grammairien?
C'était ceci , c'était cela.
(La Fontaine.)
Cela dit, maUrc loup s'enfuit et court encore
Ah ! dit-il , qu'est-ce ci? ma femme est-elle veuveP
(La Fontaine.)
Qu'est-ce /à? lui dit -il. — Rien. — Quoi! rien.
— Peu de chose. {Id.J .
El n'est-ce pas vraiment se moquer deses leclsurs, et découvrir son propre embarras, que d'ajouter, comme il le fait assez souvent : « Les amuleurs de règles en peuvent faire » une à vue de ces exemples, au risque de trop généraliser selon leur coutume. »
Qu'est ce que ceci »eut dire?
Qu'est ce que cela «igaiiie l Qu'estKie que ceci ?
(Jifcttie que celc ?
EXERCICE PBRASÉOLOGIQUE.
Qu'esl.ee ci 7 Qu'esl-<-e li ?
Quel bomine eit-ce ci ?
l^)uelle feuinie e>t-e« U .'
Quela imbéciles (oiit-ce ta ?
Quel fou e»t-ce ci ?
Quels conlet tont-ce là?
Quelle» histoires Mul-ce làl
(Ij Les bornes dans lesquelles nous nous faisons un devoir de nous renfermer ne nous ont pas permis de citer tous les exemples que nous avons recueillis. Néanmoins, comme ce cas pourrait embarrasser plus d'un lecteur, nous croyons devoir ajouter les suivants à ceux déjà cités, lis serviront à faire voir l'usiige constamment suivi en pareille circonstance par les écrivains.
... Lors le prince en son ûmc
Qu'est-ce Cl donc? (La Fontaine.)
Vous vous taisez ! pas un mot ! qu'est-ce là ?
Que diable est-ce là ! je fais toujours Lien ie premier vers ; mais j'ai peine à faire les autres.
Universel étonncment.
Est-il fou ? qu'est-ce là ? vient-il de voir quelqu'une ?
(La Fontaine.)
Mon Dieu! quels amants sont-ce là?
Supposons l'impunité, je le veux ; cl les remords ? — Les remords! quelle bctc est-ce là?
(PiRON.)
Le jeune homme tombé des nues , Demandait : Qu'est-ce là.^Ce sont des gens de cour... Et là?.. Ce sont palais... Ici? — Ce sont statues.
(La Fontaine.)
. . . Qu'est-ce ci ? dit la bctc ; Une écrevisse rouge !... Ah ! bon Dieu , quel éclat !
(Lemonïey.)
Qu'est-ce ci? disait-il, je ne vis de ma vio
Chose de telle étoffe. (La Fohtaine.)
Ce vers de La Fontaine : Mon Dieu! quels amants sout-ce lu! nous donne occasion de remarquer que lors n.ùr.e qiie le verbe est au plurivl, sont-ce, on doit dans les interrogations écrire ce ci', ce là séparément.
^^^K CCCLÎ. c^^^-
Ce EMPLOYÉ PAR ÉNERGIE.
0 S€xe charmant! c'est dans tîs vertus qu'est TOlre puissance. (Bern. dk Saint-Pieuue.)
Eh! seigneur, c'est fort peu de chose 7u"un dieu quand il est mort l (Vi-iture.)
C'est un si vaste champ que le champ de la gloire, Qu'on y peut arriver par différents endroits.
(BOURSAULT
. . . Quand on est misérable, C'est un fardeau de plus qu'un nom considcrable. (La Chaussée.)
JFsf-ce donc pour veiller gu'on se couche à Paris?
(BOILBAr.)
Par ma foi! c'est une charmante chose qu'une femme. (Regnaru.)
Mais quelle différence entre ces deux sortes de construction , et combien la première est plus énergique ! Ce est donc propre à donner aux phrases plus de variété et plus de force. Il est surtout merveilleux par les moyens qu'il fournit de mettre sur le devant du tableau ce qu'on veut faire le plus remarquer. Par ce seul mot, l'un des plus caractéristiques de notre langue, beaucoup de phrases peuveni être doublées et prendre un tour plus pittoresque et plus énergique.
on pourrait pire sans ca
0 sexe charmant! votre puissance est <iit.B vos vertus.
Eh! seigneur, un dieu quand il est mort e^l fort peu de chose.
Le champ de la gloire est si vaste, qu'on y peut arriver par dilTérents endroità.
Quand on est misérable, un nom considérable est un fardeau de plus.
A Paris se couche-t-on pour veiller?
Par ma foi! une femme est une chose charmante
C'est Dieu qui a fail le monde.
C'est la souris <]ui l'a man^é.
Ce n'est poinl par effort qu^oa aime
Dieu a fait le monje.
La souris Ta raan^é.
Oq n'aime [loinl par effort.
Ce EMPLOYÉ P.\R PLÉONASME.
Son unique désir, crois-moi, c'est de charmer.
(DORAT
Le plaisir des bons cœurs, c'est la reconnaissance.
(La Harpe.)
SANS ce.
Le premier commandement de la religion est d'aimer Dieu. (Bkr.^. dk Saint-Pikrrb.) La première qualité d'un bon roi est la fermeté. vLouis XIV.)
c(Les vers de la première colonne, disent Lemare et Boniface, présentent deux pléonasmes, l'un nécessaire et l'autre utile (1). Dans le premier, on ne peut supprimer le ce: dans le second, au contraire, cette suppression peut se faire : l'expression n'y perd que son énergie. »
Nous croyons (jue ces deux savants grammairiens se sont fait illusion. En effet, Son unique désir est de charmer, et Son unique désir, c'est de charmer, ne sont pas deux phrases identiques ; elles diffèrent essentiellement, et quant au sens, et
(1) Nous avons peine à nous expliquer comment un mot que l'on gratifie de deux natures, en le regardant ici comme adjecfi/', là comme pronom, ne soit plus ailleurs ni l'un ni l'autre, et devienne, par une de ces bizaneries dont aucune langue n'offre d'exemple, un signe purement euphonique, une lettre morte, telle que le t dans parle t-on. lUen certainement, il y a là quelque méprise de la part de nos docte* jjrammuiricns. et m^us les invitons à y réffécliir.
sous le rapport de la conslri^ction et de la fonction des mots. Il est facile de s'en con- ■faincre en les comparant attentivement.
En disant : Son unique désir est de charmer, on énonce simplement un fait, et un fait très-ordinaire , ou du moins auquel on semble n'attacher aucune importance. Mais en disant : Son unique désir, c'est de charmer, ce tour elliptique marque bien plus énergiquement la pensée de celui qui parle, en même temps qu'elle lui donne plus d'intérêt et de vivacité. C'est comme si l'on disait : « Cet homme, peut-être croyez-vous qu'il ambitionne les richesses, qu'il veut obtenir des honneurs , des distinctions, des places? Désabusez-vous. Cet homme n'a qu'un désir, un seul désir , et cet unique désir qui possède son âme, qui absorbe son être, c'est de charmer. )> Quelle foule d'idées 1 Et n'est-ce pas vraiment une chose remarquable qu'il soit possible de les peindre toutes au moyen du seul petit mot ce l
Dans son unique désir est de charmer, le verbe est a pour sujet son untque désir; il n'y a d'ellipse que devant la préposition de : son unique désir est ( le désir) de charmer.
Mais dans son unique désir, c'est dé charmer, est n'a plus pour sujet son unique désir^ ainsi que le pensent à tort Lemare et Boniface; le seul (1) et véritable sujet de ce verbe est ce, et ce qui le prouve d'une manière palpable, c'est la ponctuation, qui, d'accord avec la pensée , a voulu qu'on séparât son unique désir de cest de charmer , séparation qui n'a pas lieu dans la première phrase. Mais si ces mots : son unique désir, ne sont point le sujet du verbe, quelle peut être leur fonction? Car il faut de toute nécessité ou qu'ils soient sujet ou qu'ils soient complément. Analysons cette seconde construction, et nous aurons : [quant à) son unique désir, ou [si vous voulez connaître) son unique DÉSIR, [eh bien!) cet [unique désir) est (celui) de charmer. Cette analyse, en nous montrant clairement le rôle que remplit chaque mot, nous prouve de plus que ce n'est point de trop dans la phrase, et que, par conséquent, il n'est ni un double sujet ni un
pléonasme.
D'ailleurs, un principe incontestable pour nous, et pour tout esprit que les préjugés n'ont point vicié, c'est que la présence ou l'absence d'un mot quelconque dans une phrase doit nécessairement lui faire subir quelque modification , soit sons le rapport du sens, soit sous le rapport de la construction ou de la fonction grammaticale des mots. C'est à découvrir celte modification que doivent tendre les efforts du grammairien philosophe, et c'est ce que n'ont fait ni Lemare ni Boniface.
Nous n'avons envisagé jusqu'ici cette question que sous son point de vue analytique -, nons allons l'eiaminer maintenant sous le rapport de l'usagfi
EMPLOI DE ce BNTEB DBCX SUBSTANTIFS.
AVEC ce.
La loi de l'univers, c'est malheur au vaincu. (Sacriti.)
Le miel, c'est le doui fruit que produit la science.
(Nacdet.)
. . . Après la bienfaisance, Le plus grand des plaisirs, c'est la reconnaissance. ' ^ (De Hf.li.oy.)
Celui qui dit qu'il connaît Dieu et ne garde pas tes commaudemeiiî?, c'est un menteur.
(BossvKT.)
• SANS ce.
L'enfer des femmes est la vieillesse.
(La RociiEFoccAriD.) Le grand ouvrier de la nature est le temp».
(BlKFOX.)
Le plus grand des biens, sans doute, est le repos.
(Demodstihb.)
Vn ennemi, pour l'humaine faiblesse, Est un mentor qui ne lui coûte rien.
(Naudst.)
(l^ Nous disons Is sevl sujet, car nous ne somnnes point de ceux qui s'imaginent qu'un verbe peut avoii deux sujets, pas plus qu'un corps deux âmes, ou une âme deui corps.
Le gibier du lion, ce ne sont pas moineaux, Mais beaux et bons sangliers, daims et cerfs bons
[et beaux.
(La Fontaine.) Le plus beau présent qui ait été fait aux hommes après la sagesse, c'est l'amitié. (La RocnB.j
Le sage Ésope dans ses fables, Nous en donne un exemple ou deux:
Celui qu'en ces vers je propose Et les siens, ce sont même chose. ( La Font. )
Le vrai jour pour voir un bon cœur est la clarté d'un incendie. (Dupaty.)
. . . Ces séductions Qui vont au fond des cœurs chercher nos passions, Ce poison préparé des mains de l'artifice, L'espoir qu'on donne à peine afin qu'on le saisisse, Sont les armes d'un sexe aussi trompeur que vain.
(YOLTAIllB.)
Lorsque le verbe être se trouve entre deux substantifs, on peut, comme on voit, exprimer ou ne pas exprimer le mot ce: La vraie noblesse kst la vertu, ou la vraie noblesse, c'est la vertu; cette dernière expression est plus énergique.
La répétition de ce est indispensable, dit la Grammaire des Grammaires, dans le cas où le verbe être est suivi d'un substantif du nombre pluriel. Le dernier exemple de la seconde colonne nous prouve que cette règle, comme la plupart de celles qu'on trouve dans ce volumineux ouvrage, n'a eu pour base que le caprice de son auteur, et non les faits