‹ Grammaire nationaleChapitre 338 sur 643 · I. — C'est à vous (jtia · texte numérisé non relu

I. — C'est à vous (jtia

Ccîsez de lourmenter mon âme iiil'oi lunée : Je sais que c'est à vous (/«e je fus dcslinée.

(Racine.) C'est à moi 7u'on en veut. (Piuon.)

C'est à toi, Julie, qu'il faut à présent répondre. (J.-J. Rousseau.) Amour, tu perdis Troie, Et c'est de loi que vient Cette querelle envenimée. (La Fontaine.) C'est à Rome, mes fils, que je prétends marclier.

(Racine.) C'est à tes magots d'enfants que je veux m'en prendre. (Piron.)

Vous savez, messieurs, que c'est de Louis XI que je parle. (Flécuieu.)

C'est bien à Momus que j'ai l'iionneur de parler?

(PlRON.)

C'est souvent du hasard que naît l'opinion , Et c'est l'opinion qui fait toujours la vogue.

(La Fontaine.) Nous n'appellerons point des docteurs pour enseigner la botanique aux enfants; c'est aux femmes qu'il appartient de leur parler de ce que les végétaux ont de plus intéressant.

(Rern. de Saint-Pierre.)

IL — C'est vous à qui.

C'est vous, digne Français, <1 qui je viens [larlcr; Le Soudan le permet, cessez de vous Irouliier.

(Voltaiue.)

Ce n'est pas vous, c'est l'idole

A qui cet honneur se rend.

Et que la gloire en est due. (La Fontaine.,

C'est vous seul, ô mon cher Narbal, pour qui mon cœur s'attendrit. ' (Fénelon.)

C est elle dont je tiens cette illustre naissance Qui flatte mes désirs d'une illustre espérance.

(Corneille.)

C'est votre illustre mère à qui je veux parler.

(Racine.)

Est-ce Dieu, sont-ce les hommes, Vont les œuvres vont éclater?

Ce n'est pas le bonheur après quoi 'jc soupire.

(Molière.)

Est-ce une tigresse dont il a sucé la mamelle d;iii> son enfance? (Fénelon.)

IIL — C'est à vous à qui.

C'est à vous, mon esprit, à qui ie veux parler.

(Roilkau.) Ce n'est pas de ces sortes de respects dont je vous parle. (Moliërk.)

Malgré les pleurs amers dont j'arrose ces lieux. Ce n'est que du tjran dont je me plains aux dieux.

(Ckébillon.)

C'est à vous à qui il appartient de régler ces sortes d'affaires. (Bouuours.)

. . . Etait-ce dans mon âme Où devait s'allumer cette coupable flamme?

(Racine.)

Il résulte de ces nombreuses citations que les auteurs ont dit : c'est a vous que je parle, c'est vous a qui je parle, c'est a vous a qui je parle. Mais ces trois manières de s'ex-

primer sonl-elles également bonnes? Non, sans doute. La première est assurément colle que l'on doit préférer, comme étant la plus usitée et la plus conforme au f[énie do notre langue. La seconde est plus expressive, peut-être à cause de l'emploi peu fréquent de ce tour de phrase. Quant à la troisième, elle est généralement réprouvée, et les exemples qno nous avons cités sont à peu près les seuls que l'on puisse en donner. Ces observationa s'appliquent non seulement à la préposition o, mais à toutes les prépositions

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.

C'est a TOUS que je m adresse.

CVst pour vous que je parle.

C'est par vous que j*ai obtenu ma gr&cc.

(^est de moi seul c]u*il s'agit.

C'est devant lui que je veux me placer

CVsl avec son père qu'elle se promène.

C'est sur toi qu'il veut décliarger sa colc

C'est vous a quî je m'adresse.

C'est vous pour qui je parle.

C'est vous par qui j'ai obtenu ma grâce.

C'est moi seul dout il s'agit.

C'est lui devant qui je veux me placer.

C'est son père avec qui elle se promène.

C'est toi sur qui elle veut décltarger sa colère.

?^ W CCCLXXXI. <^

Ce qui, ce (jue.

AVEC LK VERBE plaire.

Ce qui.

Céder ce qui nous plaît, entre nous, c'est soiliso.

(Lanoue.) A ce qui plaît la jeunesse est docile.

(Haumont.)

Je sais, dit-il, votre secret, mesdames: Ce qui vous plaît en tous lieux, en tout temps, N'est pas toujours d'avoir beaucoup d'amants.

(Voltaire.) Ce qui me plaît le plus dans votre histoire, c'est qu'il n'y a pas un mot qui soit vrai.

(KocFFLEns.) Si l'on cousait ensemble toutes les lieures que l'on passe avec ce qui plaît, l'on ferait à peine, d'un grand nombre d'années, une vie de quelques mois.

(La BttUVÈRE.)

Ce que.

Les hommes ne sont que ce qu'il plaît aux femmes.

(La Fontaine.) Vous me la promettez"? — Tout ce qu'il vous plaua.

(MOSTFLECRV.)

Croyez-en ce qu'il vous plaira, et pleurez encore sur moi si vous avez des larmes de reste.

(FÉ>ELON

Vous avez le corps fauve et la tête écarlate. Le bec... Oui, dit l'oiseau, j'ai ce qu'il vous plaira.

(Florian.) Je leur abandonne de bon cœur mes ouvrages, ma figure, mes gestes, mes paroles, mon ton de voix et ma façon de réciter, pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira. (Molière.)

Pour sentir toute la différence qui existe entre les citations de la première colonne et celles de la seconde, il suffit en quelque sorte de les comparer : Céder gk qui nous plaît a le sens de céder Ckt objet qui nous plaît actuellement, qui 7ious est agréable, qui nous charme. Il en est de même des quatre exemples suivants: A ce qui plaît, ck qui vous plaît, CE QjJi m^ plaît, avec CE QUI plaît, peuvent se traduire para ck qui la charme, ckql'i vous charme, ce qui me charme, avec ce qui nous charme. Mais dans les citations opposées, plaire n'a plus le sens de charmer. Les hommes ne sont que CE qu'il plaît aux femmes, tout ce qu'il vous plaira, croyez-en ce qu'il vous plaira, j'ai ce qu'il vous plaira, pour en faire et dire tout ck qu'il leur plaira, sont des phrases plus ou moins elliptiques : Les hommes ne sont que ce qu'il plaît aux femmes (qu'ils soient) ; (je ferai) tout ce qu'il vo7is plaira (que je fasse) ; croyez-en ce qu'il vous plaira (d'en croire) ; j'ai; CE qu'il voms plaira (que j'aie) ; pour en faire et dire tout ce qu'il leur plaira (d'en faire et d'en dire).

Nous pouvons donc déduire ce principe : Toutes les fois que ce qui plaît, ce qui me plaît, etc., peuvent se traduire par ce qui charme, ce qui me charme, etc., on doit employer ce qui

oG

Mais si, au contraire, on a l'intention d'exprimer la volonté, et qu'après le verbe plaire il V ait ellipse d'un autre verbe, tel que faire, dire , etc., il faut faire usage de ce qu'il.

Les auteurs, il est vrai, n'ont pas toujours tenu compte de cette distinction, et il ne serait pas difficile de trouver des exemples o\x ils aient employé ce qut pour ce qu'il et vice versa. En voici quelques-uns :

Avec moi, on ne porte jamais ce qui sied , on ne va jamais où l'on doit, on ne fait jamais ce qui platt.

(Lkmontey.)

Que faites-vous le soir, avant qu'on se retire T

— Ce qui me plaît. (Molière.)

Qui peut ce qui lui plaît commande alors qu'il prie.

(Corneille.) i

Et c'est en partant de cette distinction assez subtile, mais réelle, que les grammairiens reprochent à Racine ce vers :

Tu prétends faire ici de moi ce qui te plaît.

Il fallait, disent-ils, ce qu'il te plaît pour ce que tu veux.

Si Racine et tous les grands écrivains eussent pu prévoir les innombrables reproches que leur font les grammairiens, sans doute ils eussent dit: « De quoi se mèlent-ils? veulentils enchaîner le génie? Connaissent-ils sa nature et sa puissance? La langue peut-elle ôtro pour lui rien de plus qu'un docile instrument, qu'une palette de couleurs, qu'il mêle à son gré ? Ceux dont, par nature et par état, la tête doit être penchée sur les mots qu'ils épluchent, oseraient-ils le suivre dans son vol audacieux ( i) ? »

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Nous savons ce qui plaît aux liâmes

Qu'est-ce qui lui plaît?

Tout ce qui plait n'est pas. ■ .

Los poètes ne peuvent pas fnir« tout ce qui leur plott.

Je ferai tout ce qu'il mr plaira.

II fait ce qu^il lui plaît.

Pîous dirons tout ce qu^il nous plaira.

Les portes ne peuvent pas faire tout ce qull le iir plaît

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