NATURE DES PRONOMS INDÉFINIS. — LEUR DEFINITION
On pardonne aisément le mal involontaire.
(De la BouxnAYE.) La comédie nous apprend à nous moquer d'autrui. (Behn. dk Saint-Piehre.) Il est toujours quelqu'un qui cherche à nous trahir.
(Lagrange.)
Quiconque flatte ses maîtres les traliit.
(Massillok.)
Personne ne veut être plaint de ses erreurs. (Vauvenaugues.)
Chacun fait ici-bas la figure qu'il peut.
(MouÈnE.)
Les pronoms indéfinis sont ceux qui désignent d'une manière vague les personnes ou les choses dont ils rappellent l'idée.
Les mots que les grammairiens regardent comme pronoms indéfinis sont on, quiconque, chacun, Vun l'autre; les locutions pronominales qui que ce soit, quoi que ce soit. Quelques grammairiens y joignent les adjectifs indéfinis nul, tel, employés seuls, et même les mots autrui, personne.
D'autres grammairiens nomment ces pronoms substantifs indéfinis, et nous sommes de ce nombre.
-^-.^ NO CCCLXXXIX o^^—
On ou l'on
On cherche les rieurs, et moi, je les évite.
(La Fontaine.) On pardonne aisément le mal involontaire.
(De la Boutrate.)
On se Qatte jusqu'à la mort.
(Jauffret.) On finit par où l'on devait commencer.
(DORAT
L'origine du mot indéfini on ne paraît pas encore être bien connue de nos grammairiens.
Les uns prétendent qu'il dérive de l'anglais one, un, ou du celtique en, qui signifie également un.
Les autres pensent que c'est une corruption du mot français homme.
Ce sont là deux erreurs qu'il importo de réfuter, pour ne pas les voir accréditer par des grammairiens dont les opinions pourraient faire autorité. Le mot on ne vient pas de l'anglais one, un. Il n'est pas non plus une corruption du mot homme; et pour avancer une pareille opinion, il faut, en vérité, n'avoir jamais ouvert aucun des vieux monuments de notre lan{;uo. Mais les grammairiens ont bien le temps d'aller fouiller nos vieilles archives pour Y chercher la vérité ! Ils trouvent infiniment plus commode de dire ce qui leur [^asse par la iôte.
( kkl )
On est une altération de son prniiitif latin homo, dont Vo final s'est inutisé: de là les transformations /lom, Aome, Aoms, Aon, hons, cm, orne, omme,ons, en, on (1). L'euphonie a, dans certains cas, fait précéder ces mots de l'article V.
Chez les Francs, tout l'art de la parole se borna d'abord à l'abréviation et à la contraction. C'est ainsi que de damnum ils n'ont pris que la première syllabe dont ils ont fait dam ; de troncus, tronc; de donum, don ; de nomen, nom ; de homo, hom, qu'on écrivait d'abord sans e muet, d'oij est venue la particule on (2).
Tout lecteur peut reconnaître la vérité de ce fait en parcourant les vieux manuscrits gaulois. Pluche, dans son Spectacle de la nature, donne le symbole de saint Athanase en latin, puis les traductions gauloises qui en ont été faites successivement, jusqu'à ce qu'il arrive à une traduction française; l'origine et les transformations du mot on s'y trouvent établies d'une manière authentique.
Mais, pour épargner au lecteur la peine de recourir à ces documents, nous croyons devoir rapporter ici quelques exemples des diverses transformations du mot homme ou on. Ces exemples sont tirés d'écrivains des dixième, onzième, douzième et treizième siècles
Li vileins dist en son proverbe
Que mains hom a le tort requis (3). (Tobi. iv des Fabliaux.)
Qui ainsi muert, l'en nous tesmoingne
Que Dicx ses péchiez li pardoigne (4). (Id.)
Si cum om per dreit son fradra salvar dist (5). 842. Serni. de Louis le German à Charles le Chauve. Li créeres et li sires de totes choses vint, et as homes vint, et pour les homes vint, et home vint.
(Sermos de Saikt Ber>'ard.)
(1) Les Italiens ont dit de même hom, om, et uom, uomo. Les exemples suivants en font foi ?
Volendo prendere om con lui battaglia. (Dante.) Traduction. Si l'on voulait se battre avec lui.
Messo è che viene ad invitar ch' uoji saglia. (Id.) Traduction. C'est un messager qui vient inviter que l'on monte.
Sempre a quel ver ch' ha faccia di menzogna
De v uom chiuder le labbra quant' ex puote.
Perd che, senza colpa, fa vergogna. (Id.)
Traduction. On doit toujours, autant qu'il est possible, fermer sa bouche à cette vérité qui a l'aspect du mensonge, parce qu'elle nous attire la honte, sans qu'il y ait de notre faute.
(2) Plus tard, c'est-à-dire quand on s'occupa de perfectionner la langue, et de remédier aux nombreux désavantages qu'avait entraînés l'abréviation ou contraction des syllabes dans les mots empruntés des autres langues, et surtout de la langue latine, premier instinct de notre idiome franc, on substitua aux consonnes dures et ingrates des terminaisons plus sonores et plus brillantes. Ce fut l'e muet qui commença à donner une forme plus humaine à l'idiome sauvage des Francs; il servit à distinguer les genres; à diminuer l'âpreté des contractions, surtout dans les verbes et les adverbes: à lier les mots entre eux d'une manière moins rude; à les terminer avec plus de douceur, de variété et d'harmonie. Cela explique pourquoi hnm ou om flnirent par ôtre remplacés par homme, et nous fait sentir le peu d'exactitude de cette observation de Roquefort : « Si homme s'écrit avec deux m en français, quoiqu'il n'y en ait qu'un au latin )) homo, cela vient probablement de cf> que tous les noms de la troisième déclinaison se sont formés de » l'ablatif homine, et que l'on a fait de l'i et de l'n le second m; de même le mot femme de feminn, 1) nommer de nominare. »
Que femme soit venu de femina; nommer de nominare, cela se conçoit; mais ce qui parait un peu spécieux, c'est que pour firmcr homme on ait été obligé de recourir précisément à rabî;!tif latin hon^xne Où ne conduit pas l'esprit de système?
(3) Le vilain dit en son proverbe Que maint homme a le tort requis.
(4) Qui meurt ainsi, l'on nous témoigne Que Dion lui pardonne ses péchés.
(b) 4iiisi ^aon doit bauVer son fière y^i dioii.
Si uns lions cust jj;uerie à un autre. Bon lit à prcudo?jte parler.
Et prcudons n'c-conduira mie.
(unito>>ANCE DE Loi is IX pe 1270.) (L'Ohuëne de cuevaleuib, Fabliau.)
(ID
Los explications dnns lesquelles nous venons d'entrer nous démontrent que puisque lo mot on, contraction do homo, ne révèle d'autre idée que celle empreiiîtc dans ce mot, et ne se trouve pas à la place d'un autre nom, ce n'est pas un pnmow, mais bien le nom d'une personne représentée dans l'esprit de celui qui parle par l'idée de l'unité, ou par celle d'une pluralité; et, par conséquent, annoncée d'une manière indéfinie, indéterminée.
C'est donc à tort que M. Raynouard a dit, dans sa Grammaire de la Langue romane, que le mot on est un pronom qui, se rapportant à un substantif non exprimé dans le discours, en remplit lui-même les fonctions.
Le même reproche s'adresse à presque tous les grammairiens ainsi qu'à l'Académie elle-même.
EXERCICE ANALYTIQUE
On se rit d'une mrnacc
Qu'on ne peul cHccluer. (AlHiEl.J
Quiiml un isl mcrc , on aime tendrement. (Haomobt)
Un ornant troji la nature , On en éf-Ait les facultés. (Niterkau.)
L'oisivelc , dit-on , des vices est la mcre. (^Le Bailit.)
On n'offense jamais les dieux impunément (LtBRCW.)
Car que faire en un gîte, à moins que l'on ne son;e?
(La Fontmni j
Nous serion.s tous bien empêchés,
Si l'on parlait comme Von pense. (Lamotte.)
W CCCXC. c^^^