‹ Grammaire nationaleChapitre 356 sur 643 · AUTRUI · texte numérisé non relu

AUTRUI

•*^«N° CCCCXIII. ^2^^^

CONSTRUCTION

COMPLiUKHT DE VBRBFS.

■;>our consumer autrui le monstre se consume. i Sans dessein de Irorapef autrui elle se trompe

(BoiLEAU.) I sans doute elle-même. ^FLécniBR.)

COMPLÉMENT DE PRÉPOSITIONS

Un cœur noble ne peut soupçonner en autrui

La bassesse et la malice

Qu'il ne sent point en lui. (Racine.) Qui choisit mal pour soi, choisit mal pour autrui (T. Corneille.)

Ceux de qui la conduite oEfre le plus à rire, Sont toujours sur autrui les premiers à médire.

(Molière.)

La comédie nous apprend à nous moquer tt'ACrRUi,etricn de plus.

(Bern. de Saint Pierre.) La première source de nos divisions vient de notre éducation : elle nous enseigne dès l'enfance à nous préférer ^ autrui. [Id.)

Et tel q ni n'admet point la probité chez lui, Souvent à la rigueur l'exige chez autrui.

(Boileau.)

C'est par erreur que les grammairiens ont placé ce mot au nombre des pronoms ; car il ne lient jamais la place d'aucun nom.

La signification du mol Aomme est renfermée dans ce mot, et de plus, par accessoire, ■colle a un ùutre. Ainsi quand on dit : Refaire aucun tort à autrui: ne désirez pas le bien d' autrui, c'est comme si l'on disait ; Ne faites aucun tort à un autre homme, ou aux autres hommes; ne désirez pas le bien d'un autre homme, ou des autres hommes. Or, s'il est évident que la signification du mot autrui est celle d'homme, ce mot doit être de môme nature et de même espèce que lo mot homme lui-même, nonobstant l'idée accessoire rendue par un autre.

On a disputé pour savoir si autrui pouvait s'employer comme sujet. Qu'on nous permette t'e rapporter une discussion que nous avons soulevée nous-mêmes à cette occasion au sein de la Société grammaticale. Voici l'extrait du proccs-verbal de la séance oîi cette discussion eut lieu.

On lit dans un écrivain la phrase suivante :

lï est beau d'appuyer l'opinion d'autrui, quand autrui a raison.

Le mot autrui peut-il être employé comme sujet?

M. Bescherelle jeune, rapporteur de la commission d'examen, lit un long rapport qui se résume en ceci : l'usage et la grammaire s'élèvent contre l'emploi du mot autrui comme sujet, mais l'analyse et la raison l'admettent.

M. TnocvE>EL. La phrase est bonne ou elle est mauvaise ; il n'y a pas de moyen terme, pas de juste milieu. Il n'y a pas de grammaire là où il n'y a pas d'usage et de raison : la grammaire n'est et ne peut être que l'écho de l'usage, et l'usage en grammaire, c'est (a raison ; c'est à vous de la découvrir. Les locutions, ou les façons de parler, en d'autres termes, ne passent dans les habitudes et les mœurs de la langue qu'autant qu'elles sont un besoin, une nécessité de cette langue. Les gallicismes ne doivent leur existence et leur force qu'à un motif qu'il faut démêler; l'usage en grammaire a toujours pour lui la raison, ou plutôt c'est au {;rammairien philosophe à retrouver la raison de l'usage.

Dans la phrase citée, qui est un fait incontestable, comment peut-on s'élever contre l'emploi de autrin comme sujet, à quel lit e? Tout bagage d'érudition plie et s'écroule en présence do ce fait : autrui a tous les titres qui constituent un sujet dans toutes les langues. Autrui, dites-vous, n'a pas fréquemment cet emploi; qu'est-ce que cela prouve?

Rien en grammaire, et il suffit qu'on no puisse lui opposer rien contre ce qui caractérise an sujet, pour qu'on soit dans la nécessité de le reconnaître parfaitement placé.

M. QciTARD. Quoi qu'il en soit, l'usage lui-même invoqué par le préopinant donnet-il raison au rAle du mot aufrui comme sujet, c'est précisément une question ; l'euphonie, qui exerce aussi sa puissance, répugne à l'accueillir; j'avoue qu'en raison, et philosophiquement parlant, autrui peut être, comme beaucoup de pronoms, tels que on et d'autres, employé comme sujet ; mais enfin l'usage de autrui comme sujet ne paraît pas constant, et je pense qu'en accordant qu'il peut jouer ce rôle dans la phrase proposée, on ne pourrait le lui concéder en règle générale.

M. Bescher. 11 ne s'agit pas de poser une régie générale et de décider si aM^rutpeul ou non remplir constamment le rôle de sujet, il s'agit de décider si dans la phrase donnée autrui ]one légitimement le rôle de sujet. Eh bien 1 dans mon opinion, je ne vois rien qui s'y oppose, et la phrase sur laquelle nous sommes appelés à prononcer est bonne sous ce rapport.

M. Vanier. Je reprendrai l'opinion de M. Thouvenel. Si autrui peut être sujet ici, il peut l'être là, et nous pouvons parfaitement reconnaître que non seulement ici autrui peut être sujet, mais qu'en principe il peut revêtir ce rôle. . M. Bescherelle aîné. La question se déplace, messieurs. Autrui peut-il, dans la phrase, être grammaticalement réputé sujet? voilà la question. La grammaire dit non, mais le fait que nous avons sous les yeux, et qui parle haut, prouve le contraire; tout le monde reconnaît ce que celte phrase a de verve et de force, construite comme elle l'est. Voudriez-vous, sous prétexte d'une loi grammaticale fort incertaine, lui ôter ses titres si puissants à l'expression vive et énergique de la pensée ? Non, elle est douce, bonne ; mais si el)e est bonne ici, elle le sera toutes les fois qu'un bon esprit saura l'employer. Attendez, pour condamner l'emploi de autrui comme sujet, que des phrases évidemment en opposition avec le génie de la langue, et mises en œuvre par des écrivains inhabiles, vous en fassent l'obligation.

M. DuiiALDE. Les premières lois du bon sens, de la logique la plus candide, vous mettent dans l'obligation de reconnaître ici le légitime emploi de autrui comme sujet. Vous n'avez point d'autre oracle à prononcer. Prononcez-le ; quand d'autres phrases se présenteront, si le mot autrui n'y est point placé avec la même raison, avec le même goût, vous saurez bien vous décider.

La Société, consultée, prononce que, dans la phrase citée, autrui est employé comme sujet, sans contrarier les règles grammaticales.

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.

Tromper autrui.

Obliger autrui.

Le bien d'aatrul, uger autrui

Sa moqurr cl'autrui.

Faire le [itaiiir d'autriii.

Voir des ilefauls en .lutrui.

Se ju^er en autrui.

Dire (lu mal d'.iulru Malju^erd'ai.lrui.

Rrurondre en .nulrui K>ij:er cliei autrui.

Blâmer en autrui.

Reprocher à autrui.

Appartenir à autrui Donuer à autrui.

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