PRÉPOSITION
Tous les états que nous connaissons participent de l'un et de l'autre. (d'Alembeiit )
L'art de feindre dans l'une et dans l'autre fortune, N'est rien que l'art d'une ame ou perfide ou commune.
(PinoN.)
Faire fortune est une si belle phrase , et qui dit une si belle cliose, (|u'elle est il'nii usage universel; elle a percé les cloîtres et les abbayes de l'un et de l'autre sexe^~^
(La BncYfeUE.)
Lorsque l'un et Vautre, l'une et l'autre, sont employés séparément et en régime delà même préposition, onrépète cette préposition devant chacun de ces mots : ils participent D. Vun e/ DE l'autre.
Telle est la règle posée dans toutes les grammaires. Cependant La Bruyère a dit : de Vun et Vautre seœe, en supprimant la préposition de devant Vautre, et les exemples de cette suppression ne sont pas rares. En voici plusieurs :
Sous l'une et Taw^re époque il périt un très-grand nombre de citoyens.
(Barthélémy.)
Et par l'une et l'autre ouverture, L'onde entre et fuit à Ilots égaux.
( LA.MOTTB.)
Il s'était informé ensuite plus en détail de ce qui s'était passé dans l'une et dans l'autre armée.
(Voltaire.)
Kt qui parle le mieux de l'un et l'autre ouvrage.
( Molière.;
Nous pensons qu'il faut laisser, aux poètes surtout, la liberté de supprimer la préposition.
Bien mieux, dans certains cas, on ne doit point la répéter; c'est quand les êtres désignés {)ar Vun et Vautre sont unis de manière qu'ils ne forment qu'un tou*. Ainsi, nous dirons d'un homme qui se serait battu contre deux individus à la fois : Il s'est battu contre Vun et Vautre. S'il avait eu un duel avec chacun d'eux séparément, nous dirions : 7/ s'est battu contre Vun et contre Vautre.
Nous ajouternns que la répétition de la préposition ne saurait avoir lieu lorsqu'elle se compose de plusieurs syllabes, telles que suivant, malgré, nonobstant, moyennant, etc
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
La beauté de l'nne et de l'antre.
Nonobstant Tvn et Pantre de ces obstacles
La beauté de l'une et l'autre femme.
Le courage de l'un et de l'autre
-*^«F CCCCXLIX. o^^<
L'un Vautre et Vvn et Vautre.
AVEC l'un l'autre.
Pierre et Paul se louent l'un Vautre.
( Laveadx.) Les deui hommes se trompent Vun l'autre.
In.) t'tm l'autre vainement ils semblent se haïr.
(BoiLEAr.)
AVEC l'un et Vautre.
Pierre et Paul se louent Vun et Vautre.
(^Trévocx.) Le destin qui fait tout nous trompe Vun et Vnutre.
(VOLTAIIIE.)
Nous sommes l'un et Vautre à plaindre.
(Cilf parWAiLLT.)
L'un Vautre no doit pns ôtre confondu avec l'un et Vautre. Oiiand je dis : Pierre et Paul se louent Vun Vautre, l'un Vautre marque ici une idée de réciprocité; mais il n'en er.i pas de môme, si je dis : Pierre et Paul se louent l'un et Vautre : il n'y a pas là d'idée do réciprocité : Vun et Vautre exprime seulement le nombre deux. Ainsi ce vers de Piron :
Et nous nous encensons tous les mois l'un et l'autre ,
n'est défectueux que parce qu'au lieu de l'idée de réciprocité, il exprime l'idée de réflexion ; c'est-à-dire qu'il donne à entendre que les individus dont il est question font cette action chacun en particulier , tandis qu'ils la font réciproquement Il en est de même dans les citations suivantes :
Nous nous soul.i?;ions l'un et l'autre dans les travaux de la scr\itude, et j'étais charmé lorsque j'avais pu faire l'ouvrage qui était tombé à ma sœur.
(Montesquieu.)
Aidons-nous Fun et Vautre à porter nos fardeaux.
(VOLTAinE.)
Ils allèrent dans une forêt fort épaisse, oîi, à dix pas de distance, on ne se voyait pas l'un et l'autre.
(Perrault.)
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQVE.
Promenonii-nous les unes el les autres.
Aidons-nous les unes les autres.
Ils se battent l'un et l'autre Us se battent l'un l'autre
-«'^»*^o N" CCCCL. ©^^^^>«^>^
EMPLOI DE Vun et Vautre, Vun Vautre, etc., ou de les uns et les autres, les uns les autres, etc., quand il s'agit de trois individus.
On sent assez que les trois genres rentrent sonvent l'un dans l'autre.
{ Voltaire.)
Nous trouvons dans les animaux les trois caractères de la beauté (la force, la riehesse, l'intelligencei quelquefois réunis, et souvent subordonnés l'un à l'autre. (Marmontel.)
AVEC le pluriel.
(Coriolan, sa femme et sa mère...) Les uns et les autres n'exprimèrent d'abord la joie qu'ils avaient de se revoir que par des larmes. (Vertot.)
On voyait dans le môme royaume, et pour ainsi dire sur le même trône, trois souverains indépendants les uns des autres.
(ID
En général, soit en sujet, soit en régime, le pluriel est plus usité que le singulier, quand le sens ne réclame pas impérieusement l'expression distributive.
Voilà l'usage; mais si l'on consultait le raisonnement, il répondrait qu'il ne faut s'exprimer ni de l'une ni de l'autre manière, parce que la première ne peut désigner que deux individus, répondant à deux singuliers, et que la seconde ne peut convenir à moins de quatre, étant l'expression de deux pluriels. Mais c'est l'usage, répétons-nous : l'usage f)ene» quem est jus et norma îoquendi.
Il y a trois soldats, l'un et raulic sont blessés.
Trois femmes : l'une et laulre.
TmiM eofiints <]ui se sont battus l'un l'autre
Il y a trois soldats, li's uns et les autres sont l>le?se?
Trois femmes, les unes et les autres
Trois enfants nui se sont battus les ua* les autres.