SIGNES D ETAT , DE STATION
Je pense, donc je suis. (La Bruyère.) Je sut* celui qui suis. (Bergasse.) Dieu est celui qui est. (/d.) Ce mont est parfumé d'un safran précieux.
(Delille.) Le peuple lève sans cesse les mains vers Dieu, et vous doutez même s'il existe.
(Massillon.
SIGNES d'action, DE MOUVEMENT, etC.
5'entends\ehœutgémir sous l'aiguillon. (Demlle.) Un SOC long-temps rouillé 6n7/edans le sillon, (/d.) Dans ces riches vallons la moisson jaunfra. {Td.) Sur ces coteaux riants la grappe noircira. (Id.) L'Euxin voit le castor se jouer dans ses ondes. [Id.) L'Inde produit l'ivoire. (Id.) Dieu même força l'homme à cultiver la terre. (Id.) L'acier coupe le bois que dec/)tra?en< les coins. {Id.} La ronce naît en foule, et les épis périssent. [Id.)
Nous voici parvenus à l'espèce de mots la plus importante du discours, aux mots qui expriment l'action ou l'état des êtres, avec rapport au temps et aux personnes. Les grammairiens anciens les ont appelés verbes, du mot latin verhum, qui signifie mo^ ou parole, voulant donner à entendre que c'était le mot essentiel , le mot par excellence , parce qu'en effet c'est celui qui joue le principal rôle dans l'expression de la pensée ; c'est celui qui donne le mouvement et la vie. Les autres mots ne sont que les signes isolés des êtres ou de leur qualités sensibles ; ce sont des matériaux épars, que le verbe vient lier entre eux, en quelque sorte, et qu'il coordonne pour une fi^n commune.
Les objets exislent; mais leur nom seul ne suffit pas pour affirmer leur existence: il faut donc un mot propre à exprimer cette affirmation. Tel est l'office des mots suis est, existe, dans les exemples de la première série.
Mais indépendamment de celte affirmation de l'existence des objets , nous avons bien souvent besoin d'exprimer si telle ou telle qualité leur convient ou ne leur convient pas Ce sont encore les mots est , sias , sommes, S07it , es , était , etc. , qui sont destinés à indiquer cette convenance ou cette disconvenance. Dans les phrases suivantes : Ce mont est parfumé , les moments sont chers, la terre est traituble, les mots est, sont forment le lien entre les signes de qualité j7flr/'u7ne', chers, traitable, et les signes des objets mont, moment et terre; ils prononcent sur leur convenance ou sur leur disconvenance.
Deux fonctions sont donc , comme on le voit , attribuées aux mots est , suis , sommes , tont, était, etc. Dans le sens absolu, ils signifient l'existence : je pense, donc je suis. Devant un signe de qualité, ils forment le lien de ce signe avec celui de l'objet, et prononcent sur leur convenance ou sur leur disconvenance.
Nos besoins ne se bornent pas à dire que les objets existent, et qu'ils existent avec telle ou telle qualité; nous avons encore besoin d'indiquer leurs divers mouvements, les actions sans nombre qu'ils peuvent produire. Quels sont, dans les exemples de la seconde série , les mots qui peignent les mouvements, les actions des objets? Ce sont les mots balance, amollit, entends, gémir, brille, jaunira, noircira, voit, jouer, produit, força, cultiver, coupe, déchiraient , naît, périssent. Ces mots reniermenl en eux-mêmes la nature du
( 490 ) mouvement ou de l'action sous laquelle ils font considérer les objets. Balancer fait naître l'idée du mouvement appelé balancement; gémir, celle du gémissement ; jouer, celle du jeu; cultiver, celle de la culture.
Il y a donc dans notre langue une espèce de signes destinés à exprimer, outre l'action des objets, les actes de l'esprit ou de l'ame , l'existence , la possession, la station , la position , etc
Le verbe mérite effectivement le titre qu'on lui a donné, puisqu'en lui réside tout le sens du discours. Sa présence seule détermine la forme de la pensée , et donne une existence positive au langage, qui sans lui ne serait qu'une suite incohérente de sons. 11 suffit, pour s'en convaincre , de dépouiller une phrase quelconque du verbe qui l'anime, pour tomber immédiatement dans un vague dont lui seul peut nous tirer. Par exemple, l'enfant sage. L'embarras du lecteur ou de l'auditeur sera manifeste, si aucune autre
donnée ne vient à son secours. On ne peut déterminer si ces deux mots veulent dire que l'enfant est sage, ou 7i'est pas sage; si l'enfant a été sage, s'il a prsmis d'être sage, ou s'il deviendra sage, etc., ces deux mots pouvant être modifiés par une nmltitude de circonstances que le verbe seul peut indiquer.
EXEryClCE ANALYTIQUE.
(Indiquer si les mots imprimés en italique sont signes d'action ou d'existence.)
On avnie, enchaînant son prodigue appétit, Sur un proscrit planait le danjjer le plus grand,
De fa^m près de son ov succombe fj" étranger reçoit sa vcrtn poursuivie;
On ^rava sur «a maigre tombe ; Un parent le dénonce, et V arrache à la vie.
Gripard'enfiQ motimt , c'est le seul bien qu'il//. (Mollevaut.) La plus terrible haine est celle d'un parent. (Mollptàdt.)
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