I. — L'un et l'autre
avec le singulier.
Pour ne pas croire les apôtres, il faut dire qu'ils ont été trompés ou tronv^eurs. L'on bt l'autre BJt difficile. (Pascal.)
L'on st l'autre excès choque , et tout homme bien Doit faire des habits ainsi que du langage. [sage
(Molière.) A suivre ce grand chef l'un et l'autre s'apprête.
(Boileau.) Étudiez la cour et connaissez la ville : L'un bt l'autre est loujoiir* en modèles fertile.
AVEC LE PLURIBL.
L'un bt l'autre- supposaient que l'homme peut se contenter de soi-même et de ses biens présents.
(Pascal.) Leur conduite fit voir dans la suite que l'un bt l'autre ne cherchaient qu'à se détruire.
(VEnTor.)
L'un et l'autre à mon sens ont le cerveau troublé.
(Boilbau.) Plus l'homme et la femme s'attacheront l'un à l'autre, plus l'un et l'autre seront heureux.
(Frankun.)
L'oTfE ET l'autre dc CCS dcux factions ne cherchait Y(^ritableinent à dominer en Pologne, que sous la protection de la Russie. tRuLniÈuE.) Emilie et César, l'un et l'autre me gêne.
(Corneille.)
A demeurer chez soi l'un et l'autre s'ohstine. (La Fontaine.)
L'un et l'autre consul vous avait prévenue.
(Racine.)
Le physicien et le poète sont dignes d'être comparés : l'un kt l'autre remontent au-delà de toutes les traditions. (Fontanks.)
L'un et l'autre à ces mots ont levé le poignard.
(Voltaiiib.)
L'un et l'autre avant lui s'étaient plaints de la
(Boilbau.) [reine.
On peut mettre Molière en parallèle avec Racine,
l'un et l'autre ont parfaitement connu le cœur
de l'homme. (Vauvbnahgubs.)
, . . Affectant l'honneur de céder le dernier, L'CK Kl l'autre ne veut s'embrasser le premier.
(Racine.)
Ni l'un ni l'autre des deux frères ne peut intéresser. (La Harpe.)
Ni l'un ni l'autre (Corneille et Racine) ne doit être mis en parallèle avec Euripide et avec Sophocle.
La Fontaine fut oublié, ainsi que Corneille; ni l'un ni l'autre n'était courtisan. (La Harpe.) Ni l'une hi l'autre manière n'est élégante.
(Voltaire.)
— Mi l'un ni l'autre , l'un ni l'arutre.
Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux , L'un ni l'autre jamais n'osent lever les yeux.
(Voltaire.)
Ni l'une ni l'autre , à ce qu'elles me direntn'avaient jamais vu d'homme blanc.
(Bibliothéq. des voyages.) Ni l'un ni l'autre n'ont eu la moindre part au grand changement qui va se faire.
(Voltaire.)
Ici l'un ni l'autre ne cherchent à exposer leur vie. (La Brutère.)
ni. — L'un ou l'autre.
L'un ou l'autre ,^M1 une tragique fin ?
(BOILEAU.1
J'aurai de vous ma grâce , ou la mort de ma main ; Choisissez : L'un ou l'autre achèvera mes peines.
(Corneille.)
Après les mots l'un et l'antre, m l'un m l'autre, l'un m l'autre, seuls ou joints à un substantif, il est permis, comme on le voit, de mettre le verbe au singulier ou au pluriel , selon le choix que l'écrivain fait du sens distributif ou du sens collectif.
Après l'un ou l'autre, nous n'avons trouvé que le singulier.
Aujourd'hui les écrivains préfèrent le pluriel avec l'un et l'autre.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQVE.
L'nn et Vantre fut bon.
ni l'un ni l'autre ne fut méchant.
L'nn on l'autre sera nommé cardinal.
L'un et l'autre furent bons.
Ni l'un ni l'autre ne furent mécli.int».
— *^^<3 N° CCCCLXXXYIII. ^î^^*— -
NOMBRE DU VERBE APRÈS LES EXPRESSIONS comme , ainsi que, de même que, aussi
bien que , avec , etc .
AVEC LE singulier.
Coquette avec coquet ne trouve pas son compte, Et COQUET de coquette a toujours de la honte.
(Scaruon.) Le farouche Phalante, avec ses Lacédémo- NiENS, fut surpris de trouver ses entrailles attendries. (FéNELON.) Le FER avec le feu vole de toutes parts , Des mains des assiégeants et du haut des remparts.
(Voltaire.)
Ce malheureux pfenE, avec sa fille désolée, pleurait son épouse dans ce moment. (Flokian.)
AVEC LE PLURIEL
Vertumne avec Pomone ont embelli ces lieux. (Saint-Lambert.)
Le comte Piper, avec quelques officiers de la chancellerie, étaient sortis de ce camp.
(Voltaire.)
BAccnus, avec CÉRfes , de qui la compagnie
Met Vénus en train bien souvent.
Devaient être ce coup de la cérémonie.
(La Fontains.)
Le singe avec le léopard
Gagnaient de l'argent à la foire,
Ils nflichaicnt chacun à part. {T<i.)
C'est PnALANTE avec ses Lacédémoniens qui a fondé ce nouveau royaume. i^Fénelon.)
La gloire de l'Europe est de laisser partout des trophées, l'A FniQi'E, comme la >atuke, met la sienne à les renverser. (Bern. ue Saim-1>iekue.)
L'amb, comme le corps, ne se développe que par l'exercice. (Id.j
Le NOURRISSON du Pinde, ainsi que\e guerrier, A tout l'or du Pérou préfère un beau laurier.
(Piron.)
Le PRODIGUE comme I'avarb abuse de ses biens, cl s'en fait de vrais maux. (Le Noble.)
La CUPIDITÉ, ainsi que les autres passions, est comme un chariot qui descend une montagne; si vous ne lenrayez dès le départ, vous ne l'arrêterez pas dans le milieu de sa course.
(Bern. de Saint-Pierre.)
La VÉRITÉ, comme la lumière, est inaltérable, immortelle. (Id.)
L'niSToiRK, ainsi que la physioue , n'a commencé à se débrouiller que sur la fin du seizième siècle. (Voltaire.)
L'omission de ce ne , avec la transposition de pas un, font que la phrase n'est pas française.
(Voltaire.)
La SANTÉ, comme la fortune, retirent leurs faveurs à ceux qui en abusent.
(Saint-Évremont.) Votre PÈRE, en mourant, ainsi que votre mère. Vous laissèrent de bien une somme légère.
(Regnahd.)
La vérité , ainsi que la reconnaissance, m'oblif/ent à dire que j'ai été privé de ces bienfaits, en tout ou en partie, a mesure que la révolution s'approchait. (Beun. ue Saint-Pierre.)
Le JAGUAR, ainsi que le couguar, habitent dan* les contrées les plus chaudes de .l'Amérique méri. dionale. ^Buffon.)
Louis XIV, comme Napoléon , chacun avec la différence de leur temps et de leur génie, substituèrent l'ordre à la liberté. (Chateaubriand.) Les SAGES quelquefois, ainsi que I'écrevisse , Marchent à reculons, tournent le dos au port.
(La Fontaine.)
Dans l'Egypte, dans l'Asie et dans la Grèce, Baccnus, ainsi qu'Hercule, étaient reconnus comme demi-dieux. (Voltaire.)
Malgré la règle absolue posée par Lemare, Boniface, Chapsal et tous les grammairiens, nous pouvons, d'après les nombreuses citations qui précèdent et que nous pourrions multiplier encore, établir en principe :
Que toutes les fois que plusieurs substantifs sont joints par les expressions comme, ainsi que, de même que, aussi bien que, etc., on peut mettre le verbe au singulier ou au pluriel, selon les vues de l'esprit.
Veut-on exprimer uniquement une comparaison, on emploiera le singulier, et c'est là, en effet, l'usage le plus général.
Mais on mettra le verbe au pluriel, si les expressions comme, ainsi que, de même que, etc., sont considérées moins comme des mots conjonctifs qui lient une proposition incidente à une proposition principale, que comme des mots copulatifs ou additionnels qui des deux propositions n'en font qu'une, et amènent par conséquent la pluralité. Représenter, en pareil cas, le premier substantif comme l'idée dominante, ce serait altérer le sens des mots et les vues de celui qui parle.
II en est de même d'arec. On met le verbe au singulier toutes les fois qu'on a l'intention d'indiquer une simple idée d'accompagnement, de moyen ; mais on fait usage du pluriel, si, à l'idée d'accompagnement, de moyen, on ajoute celle de coopération. C'est pour ce motif que Saint-Lambert a dit :
Vertumne avec Pomone ont embelli ces lieux.
Lemare pense que c'est une faute d'employer ici avec dans le sens de et; il condamne également le pluriel ont embelli. «Il n'y a, dit-il, qu'un sujet dans la phrase; c'est le mot Vertumne, c'est lui qui a embelli ces lieux avec Pomone. L'inversion n'y change rien. On juge de la régularité d'une phrase par la nature même des mots et non par les idées. »
Lemare est tombé là dans une bien grande erreur. Comment, on n'irait pas des idées aux mots? A la vérité celui qui lit va des mots aux idées ; mais celui qui écrit ne va-t-il pas des idées aux mots? En voyant ont embelli dans le vers de Saint-Lambert, ne suis-je pas obligé de me rendre compte des motifs qui ont porté cet écrivain à employer de préférence la forme plurielle, et d'examiner si ces motifs sont justes? Les mots ne sont que la peuiture de la pensée. Or, si, malgré la parliciile avec, Saint-Lambert a voulu placer sur la
( 573 ) même lif^no Vertumne et Pomone, s'il a eu l'intention de les représenter comme concourant ensemble à l'action exprimée par le verbe, il a eu raison d'écrire :
Vertumne arec Pomone ont embelli ces lieux.
Que dirait donc Lemare, s'il lisait dans J.-J. Rousseau (traduction de Tacite) : La légion qu'il amenait d'Espagne, jointe à celle que Néron avait levée, remplirent la ville de nouvelks troupes, qu'augmentaient encore les nombreux détachements d'Allemagne, d'Angleterre et d'Illyrie? Bien certainement il condamnerait cette phrase, et il aurait tort; car elle exprime parfaitement la pensée de Rousseau, qui est de faire entendre que les deux légions dont il parle remplirent toutes deux la ville de nouvelles troupes.
Ces phrases, si irrégulières en apparence, ne sont-elles pas une nouvelle preuve que la saine logique l'emporte toujours sur ce qu'on appelle forme grammaticale?
Au surplus, peu importe l'opinion de Lemare et celle de tous les grammairiens. Une phrase est bonne si elle est claire, si elle se comprend facilement. La forme n'y faitrien. Un seul exemple, puisé dans un bon écrivain, suffit pour la justifier.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.
La peste , ainsi que la guerre , a désolé
Le père, comme le fils, se conduit sagement.
La peste , ainsi qne la guerre, ont désolé
Le père, comme le fils, se conduisent sagement.
..^ N" CCCCLXXXIX. <2^^
NOMBRE DU VERBE APRÈS plutôt que , non plus que, moins que y non seulement y
mais, ETC.
ACCORD DU VEUBE AVEC LE PREMIER SUBSTANTIF. ACCORD DU VERBE AVEC LE DERMER SUBSTANTIF
.... C'est la raison , Et non pas l'habit , qui fait l'homme.
(Le Brun.) C'est la loi, et non pas l'homme, qui doit régner. (Fénelon.)
La nation des belettes , Non plus que celle des chats, Ne veut aucun bien aux rats.
(La Fontaine.)
C'est le bon ordre , et non certaines épargnes sordides , qui fait le profit. (^Voltaire.)
Quel bonheur de penser Que si le corps périt, lame échappe à la mort; Et que Dieu, non les rois, dispose de mon sort!
(Bernis.) Je veui que la vertu , plus que l'esprit, y brille. La mère en prescrira la lecture à sa iille.
(PiRON.)
C'est son ambition, plus encore que ses revers, qui a causé sa perte, (Journ. gramm.)
Ce sont ses revers, plus que son ambition, qui ont causé sa ruine. {Id.)
Ce sont ses revers, mais moins encore que son ambition, qui ont causé sa ruine. {Id.)
C'est son ambition, mais moins encore que ses revers, qui a causé sa perte. {Id.)
C'était moins la naissance que les dignités curules qui décidaient de la noblesse. (Vertot.)
Ce n'est pas ce qu'on apelle esprit, c'est le 5«blime et le simple qui font la vraie beauté.
Ah! madame, ce ne seront pas mes souhaits, mais votre inclination qui décidera de la chose.
(MOLIftRE.)
Non seulement toutes ses recherches et tous ses honneurs, mais toute sa vertu s'évanouit.
(^Vaugelas.)
Non seulement le peuple romain , mais encore les peuples les plus éloignés doivent être de rigides observateurs de celte loi. (Cité par Boinvilliers.)
Ce sont ses revers, plus que son ambition, qui ont causé sa ruine. (Journ. gramm.)
Ce sont moins ses revers que son ambition qui l'a perdu. {Id.)
C'est moins son ambition que ses revers qui l'ont perdu. {Id.)
Ce sont moins ses attraits que sa vertu qui sédtrit les cœurs. {Id.}
C'est moins sa beauté que ses vertus qui séduisent les cœurs. {Id.)
Quand on veut porter un jugement sur deux objets que l'on met en parallèle, on y pro-
(574) cède par deux propositions, l'une principale, l'autre secondaire, qui se rapportent chacune à l'un de ces objets. Dans cette sorte de construction, la comparaison s'établit par un de ces mots plus que, plutôt que, non moins que, non plus que, non seulement, ou autres équivalents, qui se placent en tète de la proposition incidente, et le verbe revêt alors le nombre, soit du sujet de la proposition principale, soit de celui de la proposition subordonnée.
Pour connaître la manière d'orthographier ces sortes de phrases, il est essentiel de savoir distinguer la proposition principale de la proposition incidente.
Dans les exemples de la première colonne, le verbe s'accorde partout avec le premier substantif, parce que c'est sur ce substantif que se fixe particulièrement l'attention. Quand Voltaire dit : C'est le bon ordre, et non certaines épargnes sordides, qui fait le profit, il rapporte le verbe fait à bon ordre. La construction directe des mots est celle-ci : C'est le bon ordre qui faille profit, et non certaines épargnes sordides. Le bon ordre produisant le profit, voilà la pensée dominante de l'auteur.
Dans les citations de la seconde colonne, le verbe s'accorde partout, au contraire, avec le dernier substantif, parce que le sens logique le met sur le premier plan, et que c'est sur ce mot que le jugement prononce spécialement. Lorsque Vertot dit : C'était moins la naissance que les dignités curules qui décidaient de la noblesse , dès les premiers mots , il annonce son dessein d'attacher une idée d'infériorité à la naissance, relativement aux dignités curules, et c'est ce qu'exprime sa phrase, où l'accord du verbe a lieu avec ce dernier mot pluriel.
En comparant les exemples que nous avons cités, on ne peut s'empêcher d'admirer la flexibilité de notre langue, qui se prête merveilleusement à la peinture des nuances les plus délicates de la pensée.
Nous pouvons donc établir en principe que le verbe, dans ies phrases analogues à celles qui font l'objet de ce numéro, s'accorde toujours avec le nom qui exprime l'idée principale, l'idée dominante.
Nous ferons observer que si les expressions plutôt que, non moins que, etc., étaient précédées de deux ou plusieurs substantifs, le verbe devrait se mettre au pluriel, ainsi qu'on le voit dans la phrase suivante :
Il faut que ce soit la sagbssç et la vertd, plutôt que la présence de Mentor, qui vous inspiiibnt c« que vous devez faire. (Fénklon.)
EXERCICE PURÂSÉOLOGIQVE.
Cest lui , rt non ses frères, qui est coupable.
C*e^t rintrigue, non le mérite, qui réussit.
C'est plus le général, que les officiers, qui est blimaLl.
C'est autant la Clle , que le CIs , qui a été déshéritée.
Ce sont ses frères , et non lui , qui sont coupables. Ce sont les talents, et non l'intrigue, qui conduisent à l^i f;loirc C'est moins le général , que les officiers , qni sont blâmables. Ce sont autant les fils , que la fille , qui ont été déshérites.
N° CCCCXC.