‹ Grammaire nationaleChapitre 452 sur 643 · I. — Sans interrogation · texte numérisé non relu

I. — Sans interrogation

C'est, c'était.

L'occasion prochaine de la pauvreté , c'est de grandes richesses. (La Brctëre.)

Ce ne fut que plaintes et que larmes. — Ce n'était plus que jkdx et que festins.

(Marmontel.)

G^mme les soigneurs étaient multipliés à l'inGni, ee n'était partout que violences et brigandages.

(ànquetil.) • Les meilleurs endroits pour élever les paonneaux, c'était les petites iles qui se trouvent en quantité sur les côtes d'Italie. (Bcffon.)

Si l'on voulait ne point se tromper dans sa conduite, ce serait d'habiles gens que l'on irait con- •ulter. (Tu. Corneille.)

Ce n'était pas, à la vérité, des morts ressuscites, mais les aveugies avaient vu, les boiteux avaient marché, les malades avaient été guéris.

(Voltaire.) C'était tous les jours de nouvelles accdsations.

(Id.)

Ce sont , c'étaient.

L'honneur parle, il suffit; ce sont là nos oracles.

(Racine.) Ce ne furent plus les soldats de la république , mais de Sylla, de Marius, de Pompée , de César. (Montbsqcieu.) Ce n'étaient que bals, que festins.

(Caminadb.)

C'étaient les Marseillais qui avaient arrêté de lui fermer leurs portes. (Anqcetil.

La première nourriture des perdreaux , ce sont le« œufs de fourmis, les petits insectes qu'ils trouvent sur la terre et les herbes. (Buffon.)

Ce seraient paroles exquises, Si c'était un grand qui parlât. (Molière.) Nos vrais biens sont ceux de la nature : c'est le ciel, c'estla terre, ce ionf ces campagnes, ces plaines, ces forêts dont elle nous offre la jouissance utile, inépuisable. (Boffon.)

IL — Avec interrogation.

Est-ce?

Est-ce ces moments que vous accordez à la religion sur le point d'un combat, qui flattent votre espérance? (Massillon.)

Est-ce les Anglais que vou^ aimez ?

(Académie.)

Est-ce les sons graves de l'orgue que j'entends tandis que des sons plus légers errent dans les voûtes de verdure? (Cuatealbriand.)

Sont-cef

Sont-ce des religieux et des prêtres qui parlent de cette sorte? Sont-ce des chrétiens?

(Pascal.) Sa haine ou son amour, sont-ce les premiers droits Qui font monter au trône ou descendre les rois ?

(Racine.) Seraient- ce ses maîtres qui l'auraient façonné';' (Saint-Marc Gibahdin.)

(1) Cependant on dit par exception qui sonnaient.

c'est onze heures qui viennent de sonner; c'était quatre heures

Ik

Ce, devant le verbe être, demanJe-t-il toujours que ce verbe soit au pluriel quand il esl Buivi d'un substantif de ce nombre?

Les exemples que nous venons de citer démontrent suffisamment qu'on peut aussi, dans ce cas, faire usage du singulier, tant dans les phrases interrogatives que dans les phrases non interrogatives.

Cependant, nous le ferons observer, quoique les écrivains du siècle de Louis XIV aient employé souvent indifféremment l'un ou l'autre nombre, ie pluriel parait généralement aujourd'hui en usage.

« Ce qu'il y a do particulier, dit Boiste, c'est qu'à l'imparfait et au conditionnel, on met plutôt c'était, ce serait, que c'étaient, ce seraient, avec un pluriel ; ainsi on dit : si c'était eux, ce serait d'habiles gens, etc. La raison en est bien simple, l'idée de l'action est collective, généralisée; le si c'étaient la particulariserait pour chacun d'eux.» Nous ignorons jusqu'à quel point cette observation est juste.

Une chose non moins digne Je remarque, c'est que dans les phrases interrogatives on met est-ce, si le mot pluriel est suivi de que, et sont-ce, s'il est suivi de qxii. On peut s'en convaincre parles exemples que nous avons cités. Dans la phrase de Chateaubriand sont-ce les sons eût présenté une cacophonie insupportable.

m. — Cas particuliers.

II n'y aura que trop d'inldr^ls qui diviseront les | Ce sera nos descendants qui nous jugeront, hommes dans la même société, ne fùl-ce que cedx iPlancuk.)

de la fortune. (Sers, de Saint-Pierre.) 1 5era-ce vos frères que l'on choisira ? [Id.)

On dit : N'épargnez personne, fut-ce vos meilleurs amis. L'harmonie s'oppose à ce qu'on prononce fussent-ce. Ce indique ici un singulier, malgré le sens des mots [ceci fûtil). C'est un singulier qui est commandé par l'euphonie. Mais la règle d'usage reprend son empire quand l'oreille n'est pas blessée. On ne croyait pas que ce fussent vos frères qut te seraient chargés de celte entreprise.

La même chose a lieu pour sera-ce, qu'on substitue à seront-ce qui ne serait pas tolérable. Nous renvoyons d'ailleurs pour ce sujet à la page 4-15 (1).

EXERCICE PURÂSÉOLOGIQUE.

Ce seraient d'habiles gens.

Céuieat lies impiuileatl.

Ce furent «iu loteasei.

Ce sera nos amis.

Sera-ce tos amis?

F&t-ce vos amis.

-*^«F DllI.

C'est ET ce sont, etc., dans les oppositions.

C'est.

Ca n'eit pas les Trotkns, c'eit Ilector qu'on pour-

(Racine.) [suit.

Ce sont.

Et ee ne sont point les LouA^«E8, C'est la vertu que tu chéris.

(J.-B. ROUSSSAD.)

(1) Nous saisissons avec empressement cette occasion de rectifier une petite erreur que nous avons commise à cet endroit au préjudice de Boniface. Nous y disons que cet estimable grammairien proscrit U forme sont-ce. C'est faui. Boniface, dans la troisième édition de sa grammaire, avait bien dit, il est wai, que sont-ce serait insupportable; mais depuis il s'est rétracté, et cela parce que de nouveaux faits sont venus lui apprendre qu'il avait eu tort de condamner une forme qui est journellement employée par DOS meilleurs écriiains. Âpres une telle rétractation, qu'on vienne donc nier la puissance des faits?

Ce n'est point tous ses droits, c'esl le procès qu'elle

(BoiLKAu.) [aime.

D'ailleurs ce n'est pas eux qu'il faut punir, ce

sont les barbares sédentaires... qui ordonnent le

massacre d'un million d'hommes. (Voltaiue.)

C'est donc les uikcx, et non pas la mer qu'il faut raindre. (Fénhlon.)

Ah! ce n'est pas des plkcrs qu'il s'agit de répandre.

(CUÉMKU.)

Ce n'est pas des conseils, c'est dés secociis qu'il ious faut. (Cité par la Giiamm. lmv.)

Ce fut moins des batailles que des fuites concertées. (Vertot.)

Ce n'est plus la sagesse et l'intérêt public qui président aux conseils, c'est i'intérrt des passions.

(Massillon.)

Ce ne sont pas lespierres qui fout le temple, c'est la pensée. (Allktz.)

Ce ne sont point les médeciks qu'il joue, c'est la médecine. (Molière.)

Ce ne sont pas des statues, ni des vases inutiles, mais une vigne chargée de belles grappes ou des buissons de roses. ^Bern. de Sai> t-Pierre.)

Ce ne sont poin». des admirateurs que j'ambi* lionne, mais des amis indulgents. (/d.)

Ce ne sont pas tant les passions qui sont fortes, que les hommes qui sont faibles.

(SaNIAL-DuI A.T.)

Ce sont moins leurs ennemis que les animaux fuient, que la présence de l'homme. (J.uffon.)

Ce ne sera ni la force de vos armées, vi l'étendue de votre empire qui vous rendront cher a vos peu pies, ce seront les vertus qui font les b( ns rois.

Nous formons notre logique , et souvent notre morale, des premières notions que nous donne la nature. Ce sont elles, et non les raisonnements de la métaphysique, qui développent l'entendement hu- 1 inaiu. (Bern. de Saint-Pierre.)

Suivant Boniface et quelques autres grammairiens, on doit dire c'est et non ce sont, quand l'esprit est détourné du substantif pluriel, pour se porter sur un autre substantif.

Les citations que nous avons rassemblées, et qui ont été à dessein tirées non seulement des poètes, mais aussi des prosateurs, font assez sentir le pou d'exactitude de cette règle.

Nous lui substituerons celle-ci :

Toutes les fois que l'esprit est frappé avec force par le mot pluriel qui suit le verbo , le verbe se met au pluriel ; si ce mot, au contraire, n'attire que faiblement l'attention, s'il n occupe,qu'un rang secondaire dans la phrase et dans la pensée, le verbe se met le plus souvent au singulier.

Ce principe trouvera plus d'une fois son application.

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