‹ Grammaire nationaleChapitre 453 sur 643 · II · texte numérisé non relu

II

C'est.

Ce n'est pas ma cabane, c'est mes terres que j'ai voulu agrandir. (Berquin.)

Outre la sainteté et l'innocence de Jésus-Christ, il y a un troisième point, c est ses miracles. (Cité par laGiiAUM. u»iv.)

Quel projet se présente à mes yeux? ce n'est pas seulement des uoaiuKS a combattre, c'est un marais a franchir, etc. (/t^.)

Ce sont.

Ce ne fut pas une certaine invasion qui perdit l'empire, ce furent toutes les invasions.

(Montesquieu.)

Un homme inégal , ce n'est pas un seul homme , ce sont PLUSIEURS. (La Buuïère.)

Oh! la véritable féerie,

Ce sont I'bsprit et les talents.

(Cité par Sicard.)

Dans les exemples de la première série, le premier c'est ou ce n'est est suivi d'un nom pluriel ; ici, au contraire, ces formes verbales ont pour attribut un nom singulier, et le second c'est est suivi d'un nom du nombre pluriel. Dans ce dernier cas, on voit que les écrivains mettent également le verbe au singulier ou au pluriel.

Ils le mettent au singulier, si, comme dans la phrase de Berquin, le nom pluriel qui rient après est suivi de que.

Au PLCRiEL, si le nom qui suit termine la phrase, ainsi que dans les exemples de Montesquieu et de La Bruyère.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Ce n*e*t pu le* flatteri», c'ut. . .

Ce n*e*l pat lea riche«te«, c'eat...

Ca n'etl pat do pleura, c'ut. . .

Ce oe lont p*t de» Qatteries , c'est.

Ce ne >oot p«» les ricliesie» , c'ctt.. Ut o« toDt pu des plcan , c'cat . . .

»B^^o jX* Diy. o^^^^**^

C'eêt ou ce sont suivis de plusieurs substanti

FS.

Cett.

I/aMment de l'ôine, c'est la vérité et la jdstice.

(FÉNKLON.)

Cett l'oRGCEiL et la mollesse de certains hommes qui en mettent tant d'autres dans une affreuse pauvreté. (Fénbi.opc.)

C'est la PLOiK et la chaledr qui fécondent la terre. (Dbscartes.)

Dans cent ans le monde subsistera encore, ce sera le môme théâtre et le» mêmes décorations.

(Voltaire)

Âh! ce sont des tourterelles de mon pays; c'est le MALE et la femelle.

(Bbrn. de Saint-Pierre.) Vos lettres doivent passer par Lyon pour venir ici; ainsi c'est les mercredi et samedi de bon matin qu'elles doivent être mises à la poste.

(J.-J. Rousseau.) Ce qui se trouvait naturellement dans l'âme de Descartes, c'était la douceur et la bonté.

(TnoMAS.)

Ce n'était toujours que plaines, vallées et montagnes se succédant les unes aux autres.

(BiBL. DES Voyages.)

On allait au temple pour demander les faveurs des dieux; ce n'était pas les richesses et une heureuse abondance. (Montesquieu.)

Aujourd'hui on accuse Marat, Danton, Robespierre; demain ce sera Santerre, Chabot, Merlin, etc. (Thiers.) Ce n'était plus ces jeux, ces festins et ces fêtes Où de myrte et de rose ils couronnaient leurs tôles.

(Voltaire.)

Etait-ce des palais? c'était des verts bocages. Celait des prés fleuris. (Delille.)

La Société grammaticale consultée sur cette phrase de Fénelon : Cest l'orgueil et la mollesse de certains hommes qui en mettent tant d'autres dans une affreuse pauvreté , répondit que dans cette phrase l'expression ce sont peut se justifier, et ne constitue pas une FAUTE contre la langue, mais que l'emploi du verbe au singulier est plus conforme à l'usage généralement suivi par les bons écrivaias.

Nos nombreuses citations donnent un petit démenti à la décision de la Société grammaticale , car elles nous prouvent d'une manière irréfragable que dans cette circonstance on peut dire c'est ou ce sont . Les deux locutions sont également justifiées par l'usage, et nous pourrions ajouter par la logique.

Pour rendre compte de la différence qui existe entre ces deux formes verbales c'est et ce sont, il faut entrer, en quelque sorte, dans le mystère de l'art de s'énoncer et d'écrire.

M. Thiers a dit : Aujourd'hui on accuse Marat, Danton, Robespierre; demain ce sera Santerre, Chabot, Merlin, etc., en employant le singulier ce sera, parce que son esprit..

Ce sont.

Quelles sont les trois vertus théologale»? Ce sont la foi, I'espé-rancb et la charité.

(CONDILLAC

Ce n'était pas de l'or et de l'argent qui me manquaient; c'étaient du café et de la cannelle.

(Voltairb.)

Quels sont le? quatre points cardinaux? Ce sont le LEVANT, le couchant, le nord, le midi.

(L'abbé Gaulthibr.)

Le prix des denrées, comparativement à ce qu'il est en Angleterrre, est excessivement bas à la ville du Cap. Ce sont la main-d'oeuvre, le loyer et le BOIS de chauffage. (Bibl. des Voyages.)

Ce n'étaient ni le môme homme , ni les mêmes JUGES. (Mirabeau.)

Quand Louis XIV donnait des fêtes, c'étaient les Corneille, les Molière, les Quinault, les LuLLi, les Lebrun qui s'en mêlaient.

(Voltaire.) Il appelle à lui quatre courriers qu'il destinait au message; c'étaient I'ane, le chien, le corbeau et le pigeon. (Voltaire.)

Les juges se placèrent :

C'étaient le linot, le serin, Le RouGB-GORGE et le tarin. (Florian.) Ces deux jeunes gens couronnés de violettes et de rcjes, ce sont Varics et Plotius.

(Ph. Chasles.) Ce qui m'attache le plus à la vie, ce sont me» enfants et ma FEMME. (Marmontel.)

C'étaient des épis et des grains dont ils enrichissaient i'Attique. (Barthélémy.)

embrassant difficilement l'idée collective de plusieurs substantifs qui ne s'énoncent que successivement, reste frappé de l'impression du premier, et le verbe obéit au nombre que celui-ci indique. De telles phrases sont elliptiques; la répétition du verbe se suppose (levant chacun des substantifs : Ce sera Santerre, ce sera Chabot, ce sera Merlin. Cette ellipse, dans notre langue, est d'un usage très-fréquent.

Mais Voltaire a dit : On voit sortir de ce bateau trois graves personnages à demi vêtus de lambeaux déchirés, mais conservant sous les livrées de la pauvreté l'air le plus majestueux : C'ÉTAIENT Daniel, Ezéchiel et Jérémie, en mettant le verbe c'étaient au pluriel, parce que les trois substantifs qui suivent, considérés simultanément, emportent l'idée de la pluralité.

Souvent les auteurs ont employé le singulier et le pluriel dans la' même phrase et dans la même analogie : témoin cet exemple de J.-J. Rousseau :

a Pour le poète, c'est l'or et l'argent; mais pour le philosophe, ce sont le fer et h blé qîti , etc.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

C'est Voltaire et Rousseau qui ont. .. C'étaient Kacioe et Molière qui. ..

N'est-ce pas Voltaire et Rousseau qui oot? Ce furent le duc et sou éj)ouse qui...

C'est le bon tou et la décence qui. . . C'étaient le boa ton et la décence qui. . .

C'est ou ce sont après plusieurs infinitifs.

Ce$t.

Prendre les choses comme elles sont, et les EUPLOYER comme les circonstances le permettent, c'est la sagesse pratique de la vie.

(Lacretelle aine.) Vivre libre et peu tenir aux choses humaines, c'est le meilleur moyen d'apprendre à mourir. ^J.-J. Rousseau.) Voir et écouter les méchants, c'est déjà un commencement de méchanceté.

(Pensée de Confucius.) Punir rarement et toujours à propos, récompenser quelquefois et caresser souvent, c'est un moyen sûr pour les pères de se faire aimer et respecter. (Labouisse.)

Ce sont.

écouTER les cantiques, respirer l'encens, allumer les cierges , SUIVRE les processions, c'étaient le seulplaisir et toute l'occupation de Moraii Shilelah.

(Va. CuASLES.'y

Faire du bien, entendre dire du mal de soi patiemment, ce sont là des vertus de roi.

Louis XVI.)

Apprendre les langues les plus difficiles, connaître les livres et les auteurs, etc. , c'ont été vos premiers plaisirs. (Fléchier.'^

Vieillir, être malade et mourir, ce sont là les plus grands maux de la vie.

(^DicT. de Maximes.)

Compatir aux erreurs des hommes, être indulgent pour leurs faiblesses, ce sont là les devoir i ie chacun de nous. (De Ségur.)

Lemare, comme on l'a vu page 395, dit qu'il y a peu d'exemples oîi l'infinitif soit ainsi le sujet du verbe ; car, presque toujours après l'infinitif, on ajoute le substantif ce devant le verbe personnel.

D'abord il n'est pas vrai qu'il y ait peu d'exemples de cet emploi de l'infinitif; il y en a au contraire beaucoup, et il suffit d'ouvrir le premier livre pour en avoir la preuve. Ensuite il n'est pas vrai non plus qu'on ajoute toujours ce devant le verbe être. Voir page 420. Enfin, qu'on ajoute ce ou qu'on ne l'ajoute pas, toujours est-il qu'il faut savoir 81 après plusieurs infinitifs on doit dire c'est ou ce sont. Lemare n'en parle pas.

Noël et Chapsfil prétendent qu'en ce cas il faut toujours se servir de c'est, et ils citent à l'appui cette phrase de Domergue, où c'est est suivi d'un nom singulier qui demande de toute nécessité le verbe au même nombre : Manger^ boire et dormir, c'est leur unique occupation

Nos citations, qu'il nous serait facile de multiplier, prouvent la fausseté de cette assertion, et démontrent qu'on dit c'est si le mot qui vient après est au singulier, et ce sont

( 390 ) s'il est au pluriel. On voit par là combien il est dangereux de mettre entre les mains des jeunes gens des livres qui ne contiennent que des erreurs.

EXERCICE PnRÀSAOLOGIQVE.

Bien ieoater et bien répondre, cafontUdeaxqiulitit précieu*ot. Se uùe et «onffrir, ce aoat . . .

Virre et jouir, ce pe iont pour lui. . .

S« Cer k tout le moode et oa k Cer 4 penooaa, e« aont deux ezcé*

C'est nous, c'est vous, etc.

C'est.

Le temps passe, disons-nous; nous nous trompons: le temps reste, c'est nous qui passons.

(AlMÉ-MAnTIN.)

Cest vous, braves amis, que l'univers contemple.

(Voltaire.)

Si jamais le destin a fait Deux êtres vraiment l'un pour l'autre, Cest vous et moi : le rapport est complet Entre nous deux ; même allure est la nôtre.

(De Nivernais.) Est-ce nous qui avons fait cela? (Académie.) C'est vous qu'il faut remercier. (/d.)

Cest.

Nous croyons que tout change, quand c'est nous qui changeons. (Ghécourt.)

Dans le champ de la vie il faut semer des fleurs; Et c'est nous trop souvent qui taisons nos malheurs.

(Cuémbr.) Dieux vengeurs de nos lois, vengeurs de mon pays, C'est vous qui, par mes mains, fondiez sur la justice De notre liberté l'éiernei édifice.

(Voltaire.)

C est vous-mêmes que tous les peuples accuseront avec raison de vouloir usurper la tyrannie unifer* selle. (FÉNELON.)

Cest.

Cest eux que j'en atteste, ils sont tous trois mes gui- Us vous arracheront aux mains des parricides, [des;

(Voltaire ) C'est eux qui ont bâti ce superbe labyrinthe.

(BOSSUET

Ce sont.

Ce sont eux que l'on voit, d'un discours insensé, Publier dans Paris que tout est renversé.

(BOILEAU

Les chevaux de Hollande sont fort bons pour le carrosse, et ce sont ceux dont on se sert le plus communément eu France. (Bdffon )

Chose bizarre ! on dit ce sont eux, ce sont elles , et il n'est pas permis de dire : ce sont nous, ce sont vous, comme l'exigerait rigoureusement la raison. Mais ici l'usage l'emporte sur la syntaxe, et il faut bien se soumettre à ses lois.

Ainsi on dit : c'est moi, c'est toi, c'est lui, c'est elle, c'est nous, c'est vous; et c'est toi et moi, c'est lui et elle, c'est nous et vous, etc.

n n'y a d'exception que pour les pronoms eux, elles, avec lesquels on peut employer le singulier ou le pluriel. Encore l'usage a-t-il établi quelque distinction. On dit : c'est eux QUE l'on appelle et ce sont eux qui viennent, en mettant le singulier si le pronom eiuc est suivi do que, et le pluriel s'il est suivi de qui. Néanmoins Bossuet a dit : C'est eux quty et Boileau : Ce sont eux que.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

Oeit toi que paime.

Cett loi seul qui we plaît.

Ce«l nouj qui le Touloua.

C'ast TOua qui l'oriloones.

Ceai enx qce Ton demanda.

Ce 900t eui que l'on invite.

C'est eilei que l'on inaulte.

Ca foat allai qni teront rictimei.

(591) C'est SUIVI d'une préposition.

C'est àes coifTBAiRES que résulte l'harmonie du monde.

(Bern. de Saint-Pierre.)

C'est aux mains de l'amour à parer la victoire.

(Racike.)

Cruel! c'est à ces dieux que tous sacrifiez.

(De Bellot.) C^fa^f bien de chansons qu'alors il s'agissait!

C'est par kdx qae l'on voit la vérité suprfrms De mensonge et d'erreur accusée elle-même.

(Boileau.) Cesf d'Buxquc j'attends tout ;ilssont plus forts que (Voltaire.) [moi.

C'est des récoltes que dépend la subsistance de l'homme. (Cité par Caminadb.)

C'est Avx édiles à donner des jeui publics.

(Voltaire.)

Quand ce et être sont suivis d'une préposition et d'un nom pluriel, le verbe se met toujours au singulier (1).

« Le motif de cette règle, dit M. Cbapsal, est que, dans ces sortes de phrases, il y a inversion, et que le substantif pluriel, mis à la suite du verbe être, appartient à un verbe qui est après : Dans la phrase de Bernardin de Saint-Pierre, c'est résulte; et dans levers de Racine, c'est sacrifiez. En effet, la décomposition donne : l'harmonie résulte des contraires; sacrifiez à des dieux. Ce se rapporte à la préposition qui suit le verbe être; il est par conséquent du nombre singulier, et oblige le verbe à prendre ce nombre. »

Tout le monde a lu ou a pu lire cette explication , qui a été reproduite textuellement par Girauit-Duvivier dans sa Grammaire des grammaires ; mais nous doutons que personne y ait jamais rien compris, pas même M. Chapsal. C'est un véritable grimoire.

Laissant donc de côté M. Chapsal et son inexplicable explication, nous nous contenterons de donner l'analyse de quelques-unes de nos phrases, afin d'en faire saisir tout le mécanisme.

C'est des contraires que résulte l'harmonie du monde.

Nous ne dirons pas comme M. Chapsal , que dans cette phrase il y a trois mots de trop, ce, est et que. C'est une singulière manière de rendre compte des mots que de dire qu'ils sont inutiles. Et pourtant voilà ce que font tous les jours les grammairiens. Faut-il, après cela , s'étonner que la science ait fait jusqu'à présent si peu de progrès?

Plus hardis que nos devanciers, et surtout plus consciencieux, nous aborderons franchement cette difficulté qui leur a paru insurmontable.

Prenons le premier mot de la phrase citée, ce. L'attribution de cet adjectif est, comme nous l'avons démontré page 241, de mettre sous les yeux de celui à qui l'on parle, ou bien de présenter à son imagination un objet qu'on a devant soi ou dans la pensée. Or, le mot qui représente cet objet n'étant pas ici exprimé, il est clair qu'il est sousentendu. Quel peut être ce mot.' Supposons que ce soit celui d'assemblage, et nous aurons cet assemblage; mais ces mots ne présentent qu'un sens vague et ont besoin d'être déterminés, La proposition suivante : que [pour duquel] résulte l'harmonie du monde, exprime cette détermination. Nous avons donc : Cet assemblage duquel résulte l'harmonie du monde. Il ne reste plus qu'à trouver ce qu'on affirme de cet assemblage, et nous

(1) Mais pour cela il faut qu'il y ait inversion, car, dans le cas contraire, le verbe se met au pluriel. Exemples :

On ne se lasse pas de lire Boileau, Racine et Voltaire, parce que ce sont de grands poètes.

(Cité par Caminadb.)

La morale et la philosophie triomphent de toutes les peines : ce sont de sûrs garants de la sagesse.

( 592) anrons est celui des contraires. L'analyse complète de la phrase que nous examinous est donc celle-ci : Cet (assemblage) d'où résulte l'harmonie du monde est (l'assemblage) des contraires.

Ce vers de Racine :

C'est aui mains de l'amour à parer la victoire, s'analysera de même : Ce (soin qui nous oblige) à parer la victoire est (un soin réservé) aua: mains de l'amour.

Nous pensons avoir dissipé, par ces analyses rigoureuses, l'obscurité dont semblaient s'envelopper ces sortes de locutions, regardées jusqu'ici, même par les plus habiles, comme des gallicismes inexplicables.

Or, dans ces phrases le démonstratif ce se rapportant aux mots singuliers assemblage et soin sous-entendus, n'est-il pas naturel que le verbe être soit au même nombre?

Cett avec des soins et des prévenances qu'on te fait aimer. C'est par de faux bruits qu'on scnie l'alarme parmi le peuple.

Qu'est-ce que suivi d'un nom pluriel.

Qu'est-ce que les richesses publiques, sinon la somme des richesses privées?

(Dupont de Nemours.)

Qu'est-ce que nos principes naturels, sinon nos principes accoutumés? (Pascal.)

Qu'est-ce donc que les choses les plus graves de l'histoire, foi des autels, sainteté des mœurs, dignité de l'homme, indépendance, civilisation même, si elles doivent passer plus promptement que les statuts de la vanité et les Chartres d'un caprice? (Chateaubriand.)

Qu'est-ce que c'est que ces petits boutons jaune* comme des têtes d'épingles, qui sont au milieu de la marguerite? Ce sont des fleurons.

(Bern. de Saint-Pierre.)

Hé! qu'est-ce que les poèmes épiques? en vérité, me dit-il, je n'en sais rien. (Montesquieu.)

Qu'est-ce que les conquêtes d'Alexandre, en comparaison de celles de Gengis-Kan? [Id.)

Qu'est-ce que la vie et ses prospérités, aux yeux de l'homme tout occupé de son éternel avenir?

(Marmontel.)

On voit que dans ces sortes d'interrogations on met toujours le verbe être au singulier, bien qu'il soit suivi d'un nom pluriel.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Qu'est-ce que nos vertus ?

Qu'est-ce que nos talents ?

Qu'est-ce que vos ricliesses?

Qu'est-ce que ces peintures ?

Cest PRÉCÉDÉ de deux noms.

Pierre et Céphas, c'est le même apôtre.

(Académie.)

Chacun admire Démosthène et Cicéron, parce que ce sont les deux plus grands orateurs de l'antiquité. (Cité par CAMiAAiJi;.;

Quand deux noms se trouvent devant ce et être, le verbe se met au singulier , s'il y a identité de personnes, c'est-à-dire si les deux n'en font qu'une, comme Pierre et Céphas; il se met au pluriel, s'il n'y a point identité de personnes.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Anatole et Gustave, c'est le même homme.

Ka«ioe et Voltaire, ce sont les deux plus granas poètes delà France,

»î^a j^" DX. »3^N*«*—

irOMBRE DU VERBE APRÈS si ce u'est.

Si ee n'eit.

Qu'est-ce que le fils de l'homme , si ee n'est du riTMiSR etdela BOUB? (Bosscbt.)

Qui m'aidera, si' ce n'est mes amis?

(Cité par BoNiFACE.)

Si ee tie sont.

Les Chinois ne savent point que leur pays s'appelle la Chine, si ce ne sont cbdx qui trafiquent avec les Européens. Ils l'appellent CMum hoa, le royaume du milieu.

(Bern. db Saint-Pierre.)

Suivant Boniface et Bescher , « ce n'esty signifiant excepté, ne prend jamais le pluriel. Lorsque ces messieurs ont établi cette règle, ils n'avaient probablement pas lu la phrase de Bernardin de Saint-Pierre.

EXERCICE PBRASÉOLOGIQVE.

Si ce n'nt les Français.

Si ce n'nt mes tulipes.

Si ce n'est vos frères.

Si ce ne sont les Français.

Si ce ne sont us tulipes.

Si ce ne sont ^j> frères.

Cest là , ce sont là.

Le bonhomme disait : ce sont là jtvx de prince. (La Fokxaine.) Il est assez de geais à deux pieds comme lui, Qui se parent souvent des dépouilles d'autrui,

Et que l'on nomme plagiaires.

Je m'en tais, et ne veux leur causer nul ennui : Ce ne sont pas là mes affaires.

Tout aveugle et menteur qu'est cet art, Il peut frapper au but une fois entre mille.

Ce sont là des effets du hasard. (/d.)

Ce sont là les exploits que tu dois avouer.

(BOILBAU.)

Regardez bien. Ne sont-cepas là vos tabletthsÎ — Ce les sont là elles-mêmes. (Boileau.)

Dites-moi, sont-ce là des signes d'opulence ou d'indigence? (D'Olivet.)

Va porter tes présents aux autels des furies, Conjure leurs serpents prêts à te déchirer; Va, ce sont là les dieux que tu dois implorer,

(Voltaire.) Ce sont là les leçons dont un père manceau Instruit son fils novice au sortir du berceau.

(La Fontaine.^

Simples lecteurs, ces phrases, que vous venez de lire, peut-être avez-vous la bonhomie de penser qu'elles sont correctes, et qu'il n'y a rien à reprendre? Détrompez-vous, voici venir un grammairien ou soi-disant tel, qui affirme que ce sont autant de fautes. Les grands noms de Voltaire, de Racine, de Boileau , etc. , ne l'arrêtent pas et ne lui imposent en aucune façon. Que sont ces gens-là auprès d'un grammairien 1

c( Dans ces phrases les écrivains, dit-il, oublient que ce, suivi de la particule là, équivaut à cela; ils trouvent que l'attribut est au pluriel, et ils mettent le verbe au pluriel. Mais ce n'.est pas l'attribut, c'est le nominatif qui règle le nombre du verbe; c'est là signifie comme cela est, on doit donc dire : c'est là les leçons, c'est là des jeux d'enfants. L'Académie, ajoute-t-il , écrivait, en 1698 : Ce sont la de ces formes dont on ne peut rien retrancher. Il faut lire: C'est la une de ces formes ; c'est une des formes auxquelles on ne peut pas toucher. »

Nous sommes vraiment honteux d'avoir à réfuter une assertion aussi singulière, et qui tendrait à faire croire que Racine, Voltaire, etc., écrivaient au hasard.

Où ce monsieur a-t-il donc vu que c'est là équivaut à cela ? S'il avait su tant soit peu de grammaire, il saurait que cela est une expression équivalente à cet objet qui est là. Et que de même qu'on dit : ce sont des savants, c'étaient de beaux jours, on dit très-bien ce sont LA des savants, c'étaient la de beaux jours, sans que Taddition ou la suppression de la particule là influe en rien sur le nombre du verbe. Du moins , c'est ce que prouvent DOS citations, qui valent mieux que les plus beaux raisonnements du monde.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Ce sont là de grands lioiumes.

Ce sont la vos affaires.

Sont-ce là des fleurs?

£uieaC-ce la des paUÛ?

io N° BXII. ®^*

C'est SUIVI DE qui.

SINGCLIER APRÈS qui.

Ce n'est pas tant la pompe et la majesté qui fait les rois. (Fléchier.)

C'est la force et la liberté qui fait les excellents hommes. (J.-J. Rousseac.)

C'est la dureté, la hauteur des rois et leur mollesse qui les rend incapables de veiller sur tous les membres de l'état. (Fénelon.)

C'est le goût, la vanité ou l'intérêt qui les lie.

Cest cette foi, cette dévotion qui la conduisit et la régla dans tous les offices de la vie chrétienne.

(Fléchier.)

pluriel APRES qui.

C'est le nombre du peuple et l'abondance des aliments qui forment la vraie force et la vraie richesse des royaumes. {Fé>elo>.)

Ce n'est plus la sagesse et l'intérêt public qui président aux conseils, c'est l'intérêt des passions.

(Massillon.)

Ce ne sera ni la force de vos armées, ni l'étendue de votre empire, qui vous rendront cher à vos peuples, ce sont les vertus qui font les bons rois.

C'est la mollesse et l'oisiveté qui rendent les peuples insolents et rebelles. (Fénelon.)

Ce n'est ni l'erreur ni la vanité qui ont inventé ces noms magniBques.

(Fléchier.)

Voyez quelle bizarrerie 1 s'écrient les grammairiens. On dit : C'est la mollesse et l'oisiveté qui rendent, en mettant c'est au singulier elrendent au pluriel.

Quelques-uns ont cherché à expliquer cette espèce de contradiction. Lorsqu'on énonce le pronom ce, disent-ils, les substantifs singuliers qui doivent suivre ne sont pas encore connus ; souvent môme celui qui parle ignore s'il en énoncera plusieurs, et en attendant, il fait usage de l'expression c'est, qui reste correcte, soit qu'il n'énonce qu'un substantif, soit qu'il se décide à en énoncer plusieurs; car, dans ce dernier cas, le verbe singulier est naturellement sous-entendu devant chaque substantif singulier. Il n'en est pas de même lorsqu'on arrive au mot qui; alors rien n'est incertain , l'énumération est consommée et l'idée plurielle qui en résulte passe nécessairement au second verbe.

Mais ces raisons sont plus spécieuses que vraies, bien qu'elles appartiennent à Lemare, qui les a émises à l'occasion des participes, comme on le verra plus tard. En effet, dit très-bien M. Marie, est-ce que la pensée ne doit pas toujours devancer l'expression? Est-ce qu'au moment oii l'on prononce le mot ce les substantifs dont ce mot est le signe précurseur ne doivent pas être présents à la mémoire? Depuis quand est-il permis d'aller des mots aux idées, et non des idées aux motsl Gardons-nous d'approuver des doctrines qui légitimeraient ainsi la violation de tous les rapports grammaticaux, et dont le premier effet serait de répandre d'épaisses ténèbres dans le discours

D'ailleurs, une chose à laquelle les grammairiens n'ont pas songé, c'est qu'après qui les auteurs ont mis tantôt le singulier, tantôt le pluriel, comme on le voit par nos citations.

Pour ne pas nous répéter, nous renverrons à la page 586 et suivantes, où Ton trouvera la raison de cet usage.

Les écrivains ont mis aussi le verbe être au pluriel, témoin l'exemple suivant : Seigneur, ce sont la femme et les enfants de Socrate, qui demandent qu'on les laisse entrer.

(Bern. db Saint-Pierre.)

EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.

iMt u (ierté et son arrogince qui le font détester. >f place», c'est l'art et la nature qui les t fortifiées.

C'est U sagesse et U yiiti du toarerain <{oi fait U bouheur dw

sujet.

C'est sa piété et son bon cœur qui lui attirent ces bommages.

NOMBRE DES VERBES vivre, importer, périr, pouvoir, mourir, tomber, etc.

Vive.

Vive les jeunes gens! tout est feu, tout est grâce; Ds ont quelques défauts; ma foi, je les leur passe.

(Bret.) Vive le Seigneur et Gédéon !

(Sacy.) Si je n'ai plus de fils, que m'importe un empire? Que m'importe le ciel, ce jour que je respire?

(Voltaire.)

Que m' importe à présentée peuple et son outrage, Et sa faveur crédule, et sa pitié volage? [Id.) Qu'importe sa pitié, sa joie et sa vengeance?

(/d.) Tombé Argos et ses murs!

(Lemercier.)

Puisse la perfidie et la division Etre le digne fruit d'une telle union!

(Voltaire.)

Que vous importe I'éternité ou la création de la matière, pourvu que vous reconnaissiez un Dieu, maître de la matière et de vous ? {Id.)

rivent.

C'est le Vestris de la volaille.

Et vivent les canards pour apprendre à danser !

(Lemontey.) Il est charmant ma fol; vivent les gens d'esprit!

(Palissot.) Ji suis souris : vivent les rats !

Jupiter confonde les chats!

(La Fontaine.) Vivent la Champagne et la Bourgogne pour les bons vins! (Académie.)

Dans celte solitude champêtre qu'ont habitée vos pères, que vous importent les vains discours des hommes, et leurs lâches intrigues, et leurs haines impuissantOB, et leurs trompeuses promesses ?

(Bergasse.) Qu'importent les plaintes et les murmures des auteurs, si le public s'en moque? (Feraud.) Meurent plutôt les Grecs, moi, toi-même et Cas- (Lemeucier.) [sandre?

Puissent ces edlcaces et saintes paroles être éternellement gravées dans votre esprit 1

(Fléchieb.)

La plupart des grammairiens veulent que l'on dise: Vive les gens d'etprit! et condamnent le pluriel sans prendre la peine de motiver leur opinion. Nous nous bornerons à leur répondre que les faits sont encore ici contre eux, et que, de même qu'on écrit périssent les méchants! meurent les tyrans! il faut écrire : vivent les gens d'esprit! et non VIVE les gens d'esprit! Bret a donc eu tort de dire : vive les jeunes gens!

Toutes ces phrases sont à la fois elliptiques et inverses. Vivent les gens d'esprit! c'est-à-dire : je veux que les gens d'esprit vivent; que vous importent les vains discours des hommes? C'est pour : Je demande ce que les vains discours des hommes vous IM- PORTKNT, etc. ; ce qui prouve, selon nous, la nécessité , ou plutôt l'indispensabilité du pluriel . Quelle que soit la place du sujet, le verbe doit toujours en revêtir le nombre (1).

(1) Cet accord du verbe avec son sujet n'est pas particulier à notre langue seule. 11 a également lieu en ii&lien. C'est ainsi que le Tasse a dit :

Muojono le ciltà, muojono i regnil (Que les villes tombent, que les royaumes tombent !) C'est dope à tort que Voltaire a mis importe au singulier dans les vers suivants ; Qu'importe à notre amour ou leurs moeirs ou leurs droits? Qu'importe des ue-mouds à mon juste courroux? Il faut îu'imjporteJit. L'Académie et tous les autres écrivains font accorder ce verbe.

On voit que quand les verbes mt)re, tmporter, férir, elc, sont suivis, par inversion, de plusieurs substantifs singuliers, les écrivains ont mis tantôt le singulier, tant le pluriel. La raison de cet usage est la même que celle que nous avons donnée au commencement de la syntaxe du verbe.

VivcDl les flots !

Périssent les tyrans !

Meurent les traîtres !

Tombent ces superbes palais ' Puissent 1rs dieux !

Qu'importent leurs cris?

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