‹ Grammaire nationaleChapitre 478 sur 643 · EMPLOI DES MODES ET DES TEMPS · texte numérisé non relu

EMPLOI DES MODES ET DES TEMPS

INDICATIF

oooo

LE présent employé pour le futur.

PRÉSENT

Soyez secrète, ou bien vous êtes morte.

(La Fontaink.)

\ FUTUR

Ton sang va me venger, lâche et perfide époiii; Tu mourras. (LoNGEPiKRnB.)

Ah! monsieur, m'a-Uil dit, je vous attends domain. | Albe et Rome demain prendront une autre face.

(BoiLKAU.) (Corneille.)

Jérusalem sera bientôt assiégée par les Romains.

(BOSSL'ET.)

Tu arriveras bientôt dans cette lie fortunée.

(FÉNELON

César viendra bientôt. (Corneille.) Je ieroi jugé demain. (Académie.)

Souvent, pmir rendre l'expression plus viv3, plus animi'e, on emploie figurément le présent à la place du futur. C'est ainsi que nous disons : tu es mort, pour tu mourras ; je vous ailends demain, au lieu de je vous attendrai demain.

Toutefois, cet emploi du présent n'alieu que lorsqu'il s'aj^it d'un temps prochain, car on s'exprimerait mal si l'on disait : je succède à mon père dans deux ans. La figure serait ici un peu trop forte.

Et bientôt dans ces murs vous êtes assiégés.

(Raci.nk.) Milnrd FabriJgo cst-i! à Londres? — Non, mais il revient biciilôi. (Voliaiue.)

iesuis de retour dans un moment. (Molière.) Son procès se juge demain. (Académie.)

Si l'on Yous trouve ici, vous gâterez l'alTairc.

(Regmard.)

Si tu ne me l'arrêtes , je te donnerai ma malédiction. (Molière.)

Si du sort des tyrans vous bravez les hasards, 11 naUra des Rrutus autant que des Césars.

(Crébillon.) S'il me voit, ce vieillard m'éconduira peut-être Fort incivilement. (Kegnard.)

Notre vivacité nous porte aussi quelquefois à désirer de pouvoir rapprocher le temps futur (1). Voilà pourquoi nous disons : sitous ni aimez, je vous aimerai, au lieu de dire régulièrement : si vous m'AïMEREZ, je vous aimerai.

Les Italiens, selon leur naturel politique, se sont ménagé les deux manières avec st. Ils disent: vi andro, se potrà (j'irai, si je pourrai), lorsque la chose dont il est question leur est indifférente, ou qu'ils voudraient l'éloigner; et ils disent t;i andro, se posso (j'irai, si je puis), toutes les fois qu'ils veulent témoigner le désir qu'ils ont de voir déjà accompli ce qui doit arriver, ou lorsque l'action peut suivre à peu près l'instant de la parole (2).

Mais la phrase française : si vous m'aimez, je vous aimerai, prise isolément, n'en présente pas moins deux sens ; elle signifie : si vous m'aimez maintenant, je vous aimerai , ou bien SI vous m'aimez plus tard, je vous aimerai aussi. I>e verbe aimez désigne donc, comme on le voit, tantôt un présent, tantôt un futur. Dans ce dernier cas, l'idéologie réclame le futur ; mais l'usage ne permet pas en français de l'employer, la vivacité de l'imagination a franchi l'espace. Ainsi nous nous sommes privés d'une nuance dans l'expression do la pensée.

EXERCICE PHRASÉO LOGIQUE.

Dans uce heure elle esi morte.

Dans unp heure elle eipire.

Demain vou» étet libre.

D^maiD la trêve eipire.

Demain le ilocleur vieat dîner cliei moi.

Si vous ètutiiez, vous di'viendrpz savant.

Si Tons venez, j*eu serai enchaalé.

Dans one heure elle seia morte.

Dans une heure elle expirera.

Demain vous screi libre.

Demain la trêve etpirera.

Demairi le dorleur viendra dîner chez moi.

Si tu te conduis bien, tu mcritiTas r<-stiiiie puhlîqne.

Si vous me le donnez, j'en preodrai bien soin.

(4) Et non de rapprocher l'action exprimée p.nr le verbe, comme le dit Boniface, car dans demain j*e suis libre, il n'y a pas d'acfton proprement dite. (2) C'est ainsi que Boccace dit :

Page 1