‹ Grammaire nationaleChapitre 552 sur 643 · RE(1NARD · texte numérisé non relu

RE(1NARD

— Je ne comprends rien à tout ce que vous dites.

— Ma foi, ni moi non plus. (Regnaud.) Lorsque je veux vous faire ma prière, je ne sai?

en quelle langue je dois vous parler. Je ne sais pa& non plus en quelle posture je dois me mettre.

(MONTKSyUlEU.)

Dans les phrases de la première colonne on a fait usage de aussi, parce que ce mol exprime une idée de similitude ou d'écalité entre deux propositions positives.

Au contraire, dans les exemples de la seconde colonne, les écrivains ont mis et ont dû mettre non plus, parce que les deux propositions similaires sont construites dans un sens négatif.

Nous établirons donc en principe que aussi, signifiant également, pareillement, s'emploie quand il y a deux propositions positives; et non plus, si ces propositions sont négatives

Par conséquent les phrases suivantes sont entachées d'incorroction :

EMPLOI VICIEUX DE auSSt.

L'âme deMazarin, qui n'avait pas la barbarie de celle de Cromwell. n'en avait pas aussi la grandeur. (Cité par Giraclt-Cuvivier.)

La faveur du prince n'exclut pas le mérite, et ne le suppose pas aussi. (La Bruyère.)

Il n'est pas juste qu'il puisse entrer dans les terres de ses voisins; il n'est pas juste aussi que ses voisins puissent entrer dans les siennes.

(Fénelon.) Nous ne voulons pas que les autres nous trompent; nous ne trouvons pas juste qu'ils veuillent être estimés de nous plus qu'ils ne méritent : il n'est donc pas juste aussi que nous les trompions.

(Pascal.)

Dans tons ces exemples il fallait non plus.

Qu'on remarque bien, toutefois, que quand aussi est employé comme conjonction et dans le sens de conséquemmcnt, d'après cela, le principe que nous venons de poser devient sans application; car, dans ce cas, il n'importe que les propositions soient ou ne soient pas négatives. Ces autres phrases sont donc bonnes :

Toutes les occupations des hommes sont à avoir du bien ; et le litre par lequel ils le possèdent n'est, dans son origine, que la fantaisie de ceux qui ont fait les lois. Us n'ont aussi aucune force pour le posséder siirement. (Pascal.)

iMa douleur sri;nt trop médiocre, .si je pnuv.ii.» vous la dépeindre: je ne l'enueprendrni pas aussi,

(M'"« de Sévigné.) De pareils sentiments n'entrent pas dans mon âme. — Alonsieur ne pense pas aussi ce qu'il vous dit.

(Rkgnaiu).)

Daus ces phrases, aussi se mettrait avec plus d'élégance en tête de la proposition.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Fini, et moi aiusi.

Je n'irai ]>a», ni lui non ]ilus. Ain-.evla el elle auiii.

Comme, comment.

Jie raimei pai,oi elle nonploa.

Comme.

La Providence est grande, et j'admire, en effet, Comme le bien succède a tout le mal qu'on fait.

(FaBRE D'Er.I.ANTlNE.)

Quelque amoureux qu'on soit, Dorino, Dieu sait

[co)nmc Quatre mois de rigueur dt^couragcntun homme.

(DOKAT.)

Je ne sais pas encor comme on manque de foi.

(VOLTAIUE.)

Vous voyez comme les empires se succèdent les uns aux autres. (Bossuet.)

Un cœur ne pourscrvir sait mal comme on commande.

(C01l>iEILLE.)

Comment.

Il faut que je vous raconte comment on avait empoisonné mon cœur dès ma plus Icudre enfance.

(Hl'.KX. DE SAlXT-PlEimK.)

Il est juste que vous sachiez comment est f;iit et comment se gouverne un cœur. (Fléciiieh.)

Quand on se porte b'en, on ne comprend pas comment on pourrait faire si on dlait malade.

(Pascal.) Voulez-vous savoir comment il faut donner, mettcx-vous à la place de celui qui reçoit.

(M"=« UK Puisittux.)

Ainsi que le prouvent ces citations, comme s'emploie souvent pour comment; il signifie alors de quelle manière : La Providence est grande, et j'admire en effet comme le bien succède à tout le mal qu'on fait; comme le bien succède, c'ost-à-dire comment, de QUELLE manière h bien succède, etc. On voit encore mieux que comme se dit pour comment dans cette phrase ; Voilà comment il est père, voici comme il est ami. (Lacre- TELLE aîné.)

Cependant on doit être très-réservé sur cet emploi de comme au lieu de comment, parce qu'il peut en résulter quelquefois une équivoque; par exemple, quand on dit : Yoxjez COMMENT il travaille, cela tombe sur la manière dont il travaille; et si l'on dit : Voyez comme î7 travaille, cela tombe sur la personne et fait entendre qu'elle travaille beaucoup. Dans ce dernier cas, comme signitîe à quel degré.

Il n'y a guère que cert^iins provinciaux qui se servent de comme au lieu de comment dans le sens interrogatif : Comme vous portez-vous? disait un provincial à FonlencUe. Comment vous voyez, lui répondit celui-ci.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Voici comme on "otivcrne

Voici commcnl on ^oii

VoiI.i comme va le monde

Voilà comment va le mora*

Dessus, dessous^ dedans, dehors, comparés avec sur, sous, dans, hors.

Dessus. I Sur.

Il croit voir un pric-dicu : il se jette lourdement Pourmonlers»r un tr();i(; il n'est rien qu'on oc qoiUe.

ClessUS. CLA UllUVfellK.i I (nOUllSAULX.)

Il (?crit une lonf^iiclellre, met de la poudre dcssti à plusieurs reiirises. (Id.)

Pour remonter a'j trône, il faut rtf^'iicr sur sou

(I)i: IIei.lot.) Les voyages sur mer sont remplis d.wentures.

(FaIIRE D lÎGLANIlNK.)

Dn^sniis.

On étale le tilrc do bon ciloyen, et on c.iclie dessous celui de jaloux. (Massili.on.)

Soui.

La vertu sous le chaume attire nos hommages.

(Bkrnis.)

Dedans.

Tous les maux sont dejiuis longtemps hors de la boite de Pandore, mais respcrance est encore dedans. (iMakmontel.)

Dans.

La gloire d'un souverain consiste moins dans ta grandeur de ses états que dans le oonheur de sci

peuples. (l'ÉNELON.)

Dehors.

Sans doute que les Français, extrêmement décriés chez leurs voisins, enferment quelques fous dans une maison, pour [icrsuader ([ue ceux (]ui sont de/iorsne le sont pas. (Mointesquieu.)

Hier, j'avais mille affaires dans la maison, je sortis, et je demeurai tout le jour dehors. {Id.)

IJors.

Misérables jouets de notre vanité,

Nous cherchons hors de nous nos vertus et nos vice».

(ISOILKAU.)

Il y avait hors la porte de la cour ime terrasse.

(.J.-J. IlOUSSEAU.)

Après avoir examiné ce tableau coiTiparalif, on voit que dessus, dessous, dedans, dehors, sont tic véritables adverbes, et qu'ils ne sauraient être suivis d'un complément comme leurs correspondants sur, sous, dans, hors, qui sont des prépositions. Toutefois il faut excepter les deux cas suivants :

1" Dessus, dessous, dedans, dehors, peuvent être suivis immédiatement d'un substantif lorsqti'ils sont en opposition et que le complément est placé après la dernièr.> préposition :

Il n'est ni dessus ni dessous la table.

(ÂCAnÉMlE.)

Les ennemis sont dedans et dehors la ville.

(ACADKMIK.)

2" Dessus, dessous, dedans, dehors, peuvent ou non, selon le cas, prendre après eux un complément toutes les fois qu'ils sont précédés de l'une des prépositions à, de, ou par, comme dans les exemples suivants :

Avec un complémenl.

Mettre la loi au-dessus de l'honneur est un pro- J)lème insoluble en politique. (,I -J. Rousseau.)

Ces montagnes voisines du ciel voient les nuages se fornuT «u-(/cssoM,s' d'elles. (La I$uiivfeuE.)

.Iésus-Chri>l peut-il demeurer aii-dcdans d'une idole abominable 7 (Massillon.)

La main du Seigneur s'arrachera de dessus la

terre. (Masmi.lon.)

On a tiré cela de dessous la table.

(AcAnihiiK.)

Tous nos avantages sont au-dehors de nous, par conséquent nous appartiennent. {]>Iassillo!<i.)

Les esprits de ce temps.

Qui toutblancsau-de/)or« sont tout noirs nu-ded(uis.

(HoiLEAli.)

Il occupe le premier étage, et ses domestiques logent au-dessus. (Académie.)

Sans complément.

Ainsi éclataient au loin la grandeur et la réputation (le la France, tandis qu'«M-(/C(.'(//is elle s affaiblissait par ses propres avantages. (.M assii.i.o>.)

Iléroile lit tuer tous les enfans de l'à^'C de deux ans et aii-dvssous. (AcAni';u!E.)

Du temps de Corneille et de Molière on employait indifFércmmcnt, comme prépositions ou coiume adverbes, dessus, dessous, dedans, dehors. On en trouve de nombreux exemples dans les clicfs-d'œuvre de ces {grands écrivains Aujourd'hui ce serait, en prose commo

en poésie, autant dû solécismes que de donner à ces mots un complément hors des cas qui viennent d'être spécifiés

EXERCICE PBRASÈOLOGIQVE.

f'.trcdrssus. ^Irc sur le i;;izOQ. Aii-ilissus .le Ditu. Être su-dessu».

ijlrc- a.ssom. i;lrt .ou» le lil. Par-<Us»o.u la jambe. Aller par-Jessou».

Etre ilcilaïu. I;lrc daoj l'eau. Au-detlans de nouj. Hegardir au-dedanj.

Elrc dehors lUrc hou du |iérU. Au-delior« de nom. Keveoir de dehors.

-— 3<H^o]N° DCLX. <^^**^-->-

Beaucoup, bien.

Bien.

On fait sur ce sujet bien des ukcits bizarres; Il s'cu fuul délier, les esprits sont fort rares.

(Anduikux.) Souvent ou se donne bien du mal, pour n'être en déliiiitif que ridicules. (Malesiucubes.)

Bien DES GENS ont prétendu que la quantité des eaux souterraines surpassait celle de toutes les eaux qui sont à la surface de la terre. (BurroN.)

Beaucoup.

On fait beaucoup de bruit, et puis on se console; Sur les ailes du temps la tristesse s'envole. (La Fontaine.)

Les hommes de ju^'ement ont souvent ^««MfoMp (i'EsiMUT, et les hommes d'esprit ont parfois peu de ju-ement. (Lacretelle aîné.)

Le tempérament a beauroup pe part à In jnlousie, et elle ne suppose pas toujours une jurande |iassion ; c'est cependant un paradoxe qu'un viuleiit amour sans délicatesse. (La Dulyère.)

« Bien et beaucoup, dit Lemare, substitués l'un à l'autre dans ces phrases et autres semblables, donnc-nt à peu près le même résultat. Mais il n'en faut pas conclure que réellement ils ont le même sens, et que si l'un est un nom de quantité, l'autre l'est aussi. Ils diffèrent essentiellement par l'étymologie, par le sens, par l'espèce, par l'emploi et par la syntaxe.

Par l'étymologie : Bien est une altération du latin bcnè, altéré lui-même de bonè, de bonus, et signifie bonnement ou d'une bonne manière, tandis que beaucoup vient de bella copia (d'où le français copieux), qui signifie belle quantité ou abondance.

Par le sens : Si j'entre dans un spectacle, et que j'y trouve, contre mon attente, une grande quantité de monde, je dirai : Jly a bikn du monde ici, et ce tour exprime une sorte d'étonnement. Je dirai, au contraire, il y a beaucoup de monde, si j'y arrive prévenu d'y trouver une grande affluence.

Il a BEAUCOUP d'argent signifie seulement une grande quantité : // a bien de l'argent paraît de plus marquer la confiance avec laquelle on assure la chose, ou même la satisfaction que l'on aurait d'avoir la somme que possède la personne dont on parle ; et il semble qu'un avare ou un envieux dirait d'un homme riche : // a bien de l'argent , lorsqu'un autre dirait : Il a beaucoup d'argent.

Bien et beaucoup diffèrent aussi par l'espèce : l'un est adverbe de manière ou de qualité, c'est-à-dire un mot qui n'a point de complément et qui n'exerce dans la phrase aucune influence sur un mot suivant; l'autre est un adverbe, ou plutôt un nom ou un substantif de quantité; aussi dit-on : Le peu ou le beaucoup d'urgent fait la plus grande différence qui paraisse exister parmi les hommes, et l'on ne dirait pas le bien de L'ar- . gent, etc.

Enfin par la syntaxe : La syntaxe elle-même prouve que bien n'est point un adverbe de quantité ; car, à ce titre, il serait suivi de la seule préposition sans déterminalif, et l'un dirait bien dey comme on dit beaucoup de, peu de.f)

EXERCICE PIIRASÉOLOGIQUE.

Bien des personnel. lUaucoui' de |icisonDeB. l'icn du inonde. Beaucon]. de monde.

726 ) Bien ET très

Bien.

Il fjiut ôlre bien fort ou bien fou pour oser ?tro iriiolt'rant. (Voi.taiiik.)

Le v<iritable courage est bien opposé à la U'mérité, qui n'examine rien. (I'ontunkllh.)

Une louange peu coiniiuino et plar(<e à propos, a toujours un ^rand sel et Halte bien ai/réalilement celui ([ui la niéiile. (Dicr. de Maximes.)

Je présente mes respects à leurs excellences, et les prie bieti instamment de me conserver leurs bontés. (VoLTAïuiî.)

Trh.

En quel(iue pays et en queUiuc condition qu'on soit, on est Irh-libre, pourvu qu'on craigne les dieux, et ([u'on ne craigne (lu'eux. (Fénelon.)

C'est une très-mnuvaise politicjue de changer par les lois ce qui doit être chan-^é par les manières. (Montesquieu)

Adraste remonta très-promptement sur les boros du lleuve. (FÉKELON.)

Les hommes sont très-rarement dignes de se gouverner eux-m(^mes. (Voi.taiiie.)

Qiiolqiios grammairiens pensent que bien et très ne doivent, comme dans ces exemples, •»JodiHorquo des adjectifs ou des adverbes. Cependant comme on dit avoir è/e/i/aim,aroiV oiensuif, pourquoi ne dirait-on pas avoir très-faim, avoir très-soif, aussi bien que avoir bien chaud, avoir bien froid, avoir très-chaud , avoir très-froid? Ronifacc voudrait que quand on a à modifier ces locutions verbales avoir faim, avoir soif, on préfcrAt toujours bien à très: mais très n'est-il pas trois fois plus cnerjjique que bien, et l'un peut-il ètie substitué ;\ l'autre? D'ailleurs auoiV très- faim, avoir frcs-sot/'sont des consécrations établies par l'usage, et auxquelles il faut bien so soumettre. Marivaux n'a pas craint de dire : Nous étions partis très-matin de cette ville

EXERCICE PHRÀSÈOLOGIQUE.

Bien élevé.

Bien hoDat^e

nien poliiiirnt.

bien majeremeat.

Très-^cuéi-ciix.

Trci-ina;;iiaaiiii

Tiès-Rcamle Trcs-tlouct'i:

^^^^o N" DCLXII. <>^^^'

De loin à loin, de loin en loin.

De loin d loin.

II ne me vient plus voir que de loin à loin.

(Académie.)

Nous avions toujours continué à nous écrire de loin à loin. (D'Ouvet.)

Ces arbres sont plantés de loin à loin.

(ACADKMIU.)

De loin en loin.

Pour combiner plus sûrement ma démarche, j'allai plusieurs fois de loin en loin examiner l'étal des choses. (J.-J. Holsseau.)

A Aix, quel spectacle! auberges fermées, cafés, rcstauinleiiis fermés, à peine quelques rares bouticjues eiilr'ouverles; partout silence et solitude ; quelques honiMies apparaissent de loin en loin tristes et mornes, attendant louf d'heure en heure la fatale aiteinle. (National.)

De loin à loin, de loin en loin, sont deux locutions adverbiales que les écrivains emploient inditî'éremment pour signifier à une certaine distance de temps ou de lieu. C'est donc à tort que Boniface établit une distinction entre l'une et l'autre de ces expressions, et veut que la première se dise du lieu et la seconde du temps. C'est aussi à tort que M. Planche met dans son Dictionnaire oratoire que ces expressions sont familières. Nous les avons rencontrées plusieurs fois dans des poésies forl estimées, et J.-J. Rousseau, La Harpe, Lacrctelle, Linguet, en ont fait usage.

EXERCICE PnnASÉOLOGIQUE.

Les prends génies apnftraissf'nt de loin â loin. Établir des vedettes de loin à loin.

Voir cjiielquNin de loin en loïa.

La foudre gronde de loin eu loin.

>^^^ K DCLXIII. o^^

Au moins, du moins.

Au moins.

Si l'on n'est pas niaitrc de ses sonlimcnls , au moins on l'est de sa conduile. (J.-J. Uovsseau.)

II n'y a point de famille un peu à son aise qui n'ait sa provision d'argent assurée an ynoins pour vivre un an. (Bern. oe Saint-Pieuue.)

Si Lope de Vefra et Shakespeare ne furent pas regardés comme île saints personnages , personne au moins, ni à Aladrid, ni à Londres, ne reprocha à ces deux célèbres auteurs d'avoir représenté leurs ouvrages selon l'usage des anciens Grecs, nos maîtres. (Voltaire.)

La sagesse inutile au monde est pire que certaines folies qui servent au moins à lamuser.

(LiNGUÉE.)

Si celui qui vise à la singularité ne l'atteint pas toujours, il est au moins assuré d'attraper le ridicule. (Sanial Dubay.)

Du moins.

Puisque le.i dieux nous ôtent l'espérance de vous voir régner nu milieu de nous, du wotns aideznous à trouver un roi qui fasse régner nos lois.

(FÉNELON

....J'aime à voir quereller les méchants :

C'est un repos du moins pour les honnêtes gens.

COLLIN u'HaRLEVILLE.)

La plupart des enfants aiment le vin, ou dumiinj s'accoutument fort aisément à en boire.

{BCFFON.)

Et si de t'agréer je n'emporte le prix. J'aurai du moins l'honneur de l'avoir entrepris (La Fontaiive.)

Si l'on ne sait point divertir, il faut du moins ne point ennuyer. (Larocue.)

Si ce n'est point un crime de ne pouvoir régler les mouvements de son cœur, c'est du moins un très-grand malheur. (Duclos.)

Ainsi que le prouvent assez ces citations, au moins, du moins sont deux expressions adverbiales qui s'emploient, au gré des écrivains, l'une pour l'autre, et n'offrent entre elle? aucune différence de sens. Toutes deux signifient four le moins, et servent à restreindre l'idée qu'on a précédemment exprimée.

11 en est de même de tout au 7noins, tout du moins : S'il n'est pas riche, il a tout au MOINS, il a TOUT DU MOINS de quoi vivre. (Académie.)

Soyez au moins sage.

Soyez du moins sajje.

Soyez au moins honnête homme. Soyez du moins honnête homn

Peut-être employé avec ou saiNS le verbe pouvoir.

phrases avec peut-être.

Il n'y a peut-être pas de roi qui ne puisse être venu d'un esclave, ni d'esclave (jui ne puisse être desceiidu d'un rui. (La Motue le Vaveu.)

Mon Apollon m'a secouru ce matin, et, dans le temps que j'y pensais le moins, m'a fait trouver sur mon chevet deux lettres qui, au défaut de la mienne, pourront peut-être vous amuser agréablement.

(liOlLEAU.)

Mais peut-être qu'un jour je pourrai faire mieux ; Car je suis bien honteux d'être un oncle imitile.

(iMr.URT.)

LES MÊMES PHRASES SANS peut-itre.

Il n'y a pas de roi qui ne puisse être venu d'un esclave, ni d'esclave qui ne puisse être descendu d'un roi.

Mon Apollon m'a secouru ce matin, et, dans le temps que j'y pensais le moins, m'a fait trouver sur mon chevet deux lettres qui, au d{'faut de la miinne, pourront vous amuser agréablement.

Mais un jour je pourrai faire mieux, car je suis bien honteux d'être un oncle inutile.

Ce ([n'on pourrait ciuore ro[iro('licr peut-être à ce songe, c'c-t qu'il i:e sert de rioii (i.iiis l,i piére. (Voi.TAinE.)

Il y a l)ieii île la ililTi^renco entre n'èlre pas pour Jésiis-Clirist et le dire , ou n't^tre pas pour Ji^siis- Christ et feindre d'en ôlre. Les premiers pourraient peut-être fakc des miracles, non les autres.

(Pascal )

l'uisqu'il n'est point de joiiissaiire de cœur, des sens, de res[irit, de l'imaj^ination, que l'on puisse supidéer à force d(; richesses, j'cul-Ctru même aucune «lue l'on ne puisse obtenir sans leur secours, il est démontré, ce me semble, que la richesse ne saurait être regardée comme un premier moyen de bonheur. (Didukot.)

Les princes se privent du plus pur, ])eut-être de l'unique plaisir qu'ils puis.çe/if goiUer.

(Dicr. Diis Maximes.)

Si nous n'étions attachées à vous que ()ar le devoir, nous pourrions (juelquei'ois l'oublier: si nous n'j étions entraînées ([ue par le penchant, peut-être un penchant plus fort pourrait l'affaiblir.

(MONTESOUIEU.)

Peut-être que cet argent et mes services pourront qU'^lque jour obtenir de vous ce que je n'ose vous demander. (Id.)

Cela pourrait peut-être arriver aisément.

(Kegnahu.) Moitié Français, moitié Romain, Je pourrais peut-être encor plaire.

[Id.] Et nous en tirerons peut-être un avantage Qui pourra bien ser\ir à notre mariage.

{Id) Oh çà, mon fils, j'ai une nouvelle à vous apprendre; la présence du musicien ne gâtera rien et peut-être pourra-t-il nous être utile. (/</.)

I Ce qu'on pourrait encore reprocher à ce songe, c'e.^t qu'il ne sert de rien dans la pièce.

Il y a bien de la différence entre n'être pas pour Jésus-Christ et le dire, ou n'être pas |)0ur Jésus- Christ, et feindre d'en être. Les premiers pourraient l'aire des miracles, non les autres.

Puisqu'il n'est point de jouissance du cœur, des sens, de l'esprit, de l'imagination, que l'on puisse suppléer à force de richesses, aucune même que l'on ne puisse obtenir sans leur secours, il est démontré, ce me semble, que la richesse ne saurait être regardée comme un premier moyen de bonheur.

Les princes se privent du plus pur, de l'unique plaisir qu'ils puissent goûter.

Si nous n'étions attachées à vous que par le devoir, nous pourrions quelquefois l'oublier; si nous n'y étions entraînées que par le penchant, un penchant plus fort pourrait l'allaiblir.

Cet argent et mes services pourront ([uebiue jour obtenir de vous ce que je n'ose vous demander.

Cela pourrait arriver aisément.

Moitié Français, moitié Romain, je pourrais encore plaire.

Et nous en tirerons un avantage qui pourrait bien servir à notre mariage.

Oh çà, mon fils, j'ai une nouvelle à vous ap prendre ; la présence du musicien ne gâtera rien, et il pourra nous être utile.

S'il faut s'en rapporter aux {jrammairiens, on doit soigneusement éviter l'emploi de -peut-être, qui s'écrit toujours avec 'îh tiret, quand c'est une locution adverbiale, dans les phrases où se trouve déjà le \cv\)q pouvoir. Suivant eux, les exemples de la première colonne présentant ce qu'ils appellent un pléonasme vicieux, ne sont pas à imiter. Pour les rendre corrects, il faut, nous disent-ils, les ctmstruire tels qu'ils sont rectifiés dans la seconde colonne. Ainsi Boileau, Voltaire, Diderot, Montesquieu, Uefjnard, etc., se sont grossièrement trompés quand ils ont accolé le mot peut-être au verbe pouvoir. C'est ce que nous allons examiner.

D'abord, qu'on s'interroge, qu'on se demande si les phrases oti le verbe pouvoir est modifié par peut-cire ne difl'èrent pas de celles oii cet adverbe est supprimé? A notre avis, il est étrange, pour ne pas dire plus, d'y a[)ercevoir le môme sens, la même pensée, car il existe entre les unes et les autres la même dinércnce qu'entre sûrement elpeut-ctrc : les premières sont dubitatives, les secondes sont positives, absolues.

Celui qui dit : Ne m'attendez pas, car je ve pourrai peut-être pas y aller, annonce d'une façon dubitative, incertaine, que l'action dont il parle n'aura pas lieu ; il ne dit [)as lout-à-fait que la chose ne se réalisera pas ; il exprime seulement qu'il peut en être empêché dans la prévision de tels ou tels obstacles ; c'est aussi une manière modeste et délicate do déguiser ce qu'on est réellement dans l'intention de ne pas effectuer.

Au contraire, celui qui dit : Ne m'attendez pas, car je ne rouRRAi pas y aller, ne doute plus do ce qu'il affirme; il est siir d'avance d'une chose, c'est qu'il ne pourra pas ac-

complir l'action qu'il exprime. Sa pensée est celle-ci : A'^e 7n attendez pas, car sùrkment je ne pourrai pas y aller.

11 y a donc une différence bien sensible, bien frappante, entre ve m'attendez pas, car je ne pourrai peut-être pas y aller, et ne m'attendez pas, car jene pourrai pasy aller, différence qui nous paraît exister aussi entre les phrases de la première et de la seconde colonne. C'est donc faute d'avoir assez mûrement rédéchi, que les grammairiens ont condamné l'alliance de peut-être avec le verbe pouvoir. Ce qui les a entraînés dans l'erreur, et notamment Lemare, c'est qu'ils ont considéré cet adverbe moins comme un modificatif que comme une proposition elliptique composée d'un temps personnel du verbe pouvoir et de l'impersonnel être, et qui, ramenée à son intégrité, veut dire : Cela peut être. Mais, nous le demandons à Lemare, qu'est-ce que cela fait?

Dans l'état actuel de la langue, peut-être, abstraction faite des éléments qui le composent, ne doit plus faire qu'un seul mot, répondant au latin forsan ou à l'italien forse, et si Lemare avait à traduire cette phrase : Forse potrà [are quel che mi comandate, pour la rendre exactement, il serait obligé de dire : Peut-être je pourrai faire ce que voUs m'ordonnez.

Nous le dirons en terminant, Lemare s'est souvent élevé à de très-hautes considéralions philosophiques ; il est aussi quelquefois tombé plus bas que le plus humble grammatiste.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

Je ne pourrais peut-être pas vous le dire. Vous uc pourriez peut-i'tre pas marilier.

Je ne pourrais sans doute pas vous le dire. Vous ne pourriez sûrement pas marrher.

Plutôt, plus tôt

Plutôt.

Plutôt souffrir que mourir,

C'est la devise des hommes.

(La Fontaine.)

Le travail, aux hommes nécessaire,

Fait leur félicité plutôt que leur misère.

(BOILEAU

Les Ilrnchmanes font plutôt une secie qu'un peuple; et leur reli;;ion, (]U(iii]iic très-ancienne, ne s'est guère otendue ;iu-delà de leurs écoles. (Buffon.)

Bientôt on découvre deux hommes, ou plutôt deux spectres, l'un couché, l'autre debout.

(CUATEAUBRIAMD.)

Plus tôt.

Si l'homme en question est tel qu'on me l'a dit, Terminons au plus tôt l'hymen dont il s'agit.

(Regnard.) Mentor persuada à Idoménée qu'il fall.iit au plus tôt chasser Proté.>ilas et Timocrate.

(FÉNELON

Tout ce qui se passe est bien désagréable pour la philosophie. Tâchez de faire partir au plus tôt vos deux HoUatidais. (Voltaikf.)

Mila n'eut pas plus tôt appris cette nouvelle, qu'elle dit à Céluta : Il nous faut aller à cette chasse. (Chateaubriand )

Plutôt n'est bien sûrement qu'une contraction de plus tôt. Cependant, quoique ces deux expressions soient originairement identiques, il n'est jamais permis de les employer l'une pour l'autre.

Plutôt en un seul mot réveille une idée de choix, de préférence : Plutôt souffrir que mourir.

Plus tôt en deux mots réveille une idée de temps, et se dit en opposition à plus tard.

La vie

Ou plus tôt ou plus tard doit nous être ravie. (Ratnouaud.)

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

VoHj êtes venu tsnl aiijourj'liul, vcnci plus tôl deiiiaia. Lis fuccs .il>rr^pnt la vie et font mourir plus tÛl.

Vtnc7. j.Uiu'il .luj.iura'liui que demain.

Le» soldais pcrireul plulôl que Je se rendre.

Pourtant, cependant, néanmoins, toutefois

Pourtant.

Le fanatisme, quoique snnguinnirc et cruel, est i Un auteur

pourtant une passion graniie et forte ^n'i t-lève le 1 Qu'on blâme en le lisant, et pourfan/ qu'on veut lire, cœur de l'homme. (J.-J. ÎIousskau.) \ (Boileau.)

Cependant.

Cependant toutes les nymphes, assemblées autour de Mentor, prenaient plaisir a le questionner.

^rÉNELON.)

On crie beaucoup contre les vices, et cependant

on ne se corrige point. (Gikard.)

IVéanntoîns.

Le caractère de railleur est (laiijicreux ; (|iioii]iic celle qualité fasse rire ceux qu'elle ne mord poinl, elle ne nous procure m'iiiimoins aiicune csiiiiie.

(OXENSTIEKN.)

Nou-s nous persuadons souvent d'aimer les gens plus puissants (pie nous, et néanmoins c'est l'intérêt seul qui produit notre amitié.

(hx Rochefoucauld.)

Toutefois.

C'est à vos seuls remords que je vous abandonne;

Si tnulcfois. après de si lâches efforts,

Un cœur comme le vôtre écoute des remordy.

(VOLTAIKE.)

Oui csl semblable à Tyr? Et toutefois elle s'est tui' dans le milieu de la mer. (Bossuet.)

Voici sur ces quatre mois -pourtant, cependant, néanmoins, toutefois, la distinction établie par l'abbé Girard.

Pourtant, dit-il, a plus de force et plus d'énergie; il assure avec fermeté, malgré tout ce qui pourrait cire opposé. Cependant est moins absolu et moins ferme; il affirme seulement contre les apparences contraires. iV^anmoiws distingue deux choses qui paraissent opposées, et il en soutient une sans détruire l'autre. Toutefois dit proprement une chose par exception ; il fait entendre qu'elle n'est arrivée que dans l'occasion dont on parle.

Selon nos exemples, ces quatre adverbes peuvent être précédés de la particule conjonctive et, quoique le silence de Girault-Duvivier sur pourtant et néanmoins semble à cet égard les priver de cette faculté.

EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQUE.

Je l'ai poiirt.~.nt vu.

Vous l'aTeï poiirlaillilit.

tt pourlaal je le sais.

Cepoiitl.iiil je vous ainie.

Je 11' Irr.ii ceppmiaiit

£t cepentlant vous arrivez.

Néanmoins je !e veux.

Je le sais ncaniiioins.

i:^t néanmoins vous éles là.

Toutefois je vais vous le dire

Je ne l'ignore pas toulefoia.

Et toutoTois il faut être circoasffMl.

>^^^mo ]>4° DCLXYII. o^^^

Quand et quant comparés.

Quand.

L'amour ejl privé de son plus grand charnu; quand l'honnêteté l'abaiulonne.

(.l.-J. Rousseau.) J'estime d un guerrier la noble impatience Qui sait, quand il le (aut, céder à la prudence.

(La Haupe.)

Quant.

Quant au besoin de vivre, un vignoble, un verger, une laiterie, un potager, fourniront agréablement i nos plaisirs. (Ukkn. de Saint-Pierre.)

Il n'est pour voir que l'tcil du maître; QiKDit à moi, j'y mettrais encor l'œil de l'amant. (La Fo^^AlNK.)

On rcJoule l'dcucil quand on a fait naufrage, El le inullieur d'un fou sert à le rendre sa'çe.

I Destouciies.)

Si la tromperie en queliine cas s'excuse.

C'est quand on fait donner un ennemi qui ruse Dans le pidge malin que lui-môme nous tend.

[DvvRKinf.)

Le sage observe le désordre public qu'il ne peut arrôler : il observe, et montre sur son visaire attristé la douleur qu'il lui cause; înais quant aux désordres particuliers, il s'y oppose et détourne les yeux, de peur qu'ils ne s'autorisent de sa présence.

(J.-J. Rousseau.)

Il existe une si grande différence enire qiinnd et quant, qu'i\ est presque impossible de confondre ces deux mots. Quand, s'écrivaiit avec un d, sifjnifie lorsque; et quant, avec l, a la signification de relativement à, pour ce qui est de. Le pmmicr se distingue encore du second en ce que celui-ci est toujours suivi de la préposition à.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Qiunil le soleil se lève

Quant à moi

QuanJ les iliamps vcnlissrnt Quant à vous.

»^^ N° DCLXYIII. ^^*

Au reste , du reste.

Au reste.

Nous sommes en étal de résister, avec des forces inégales, à celle multitude innombrable d'ennemis qui nous enviionneiil. Au reste, la paix entre eut et nous est devenue Irès-difliciie. i^Fé.nelon.)

Toute l'élude de Paul cl Virginie était de se complaire et de s'en tr'aider. Au reste, ils étaient ijjnorants comme des créoles, el ne savaient ni lire ni écrire.

(Bern. UE SA!NT-F1E1'.RE.)

Pygmalion ne mangeait que des fruits qu'il avait cueillis lui-même dans son jardin, ou des légumes qu'il avait ssmés, el qu'il faisait cuire. Au reste, il ne buvait jamais d'autre eau que de celle qu'il puisait lui-même. (Fénelon.)

Du reste.

Je ne demande à mes lecteurs que de lire tout, et tout de suite, avant que de juger; du reste, qu'il* usent de tous leurs droits. (GinAiin.)

Cet homme est bizarre, emporté; du reste, brave et intrépide. (BouiiouRS.)

Je vous ai dit ce que je pensais sur cette alîaire; du reste, consultez des personnes plus éclairées que moi. (Académie.)

Du reste, il n'a rien fait que par votre conseil.

(Racine.)

Cet homme a quelque chose d'extraordinaire dans sa mise et dans son maintien; du reste, il est aimable. (Bounocns.)

Ces deux expressions adverbiales, au reste, du reste, sont souvent prises l'une pour l'autre. Cependant elles ne sont pas tout-à-fait syii-onymes.

Au reste s'emploie lorsque après avoir exposé un fait ou traité une matière, on ajoute quelque chose dans le même genre, et qui a du rapport à ce qu'on a déjà dit : Madame doit dissimuler son méconlentemenl, et attendre tout du temps ; au reste, elle est maîtresse de sa conduite. (GiKAiiD.)

Du reste se dit quand ce qui suit n'est pas dans le môme genre que ce qui précède, et ^u'il n'y a pas une relation essentielle : // est capricieux : du reste honnête homme.

(Académie.)

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

pas;

t>i ruus suivez mon conseil, vous ne vous in rciii

reste, vous ferez ce qui vous convien<lia . Silon ce que j'ai appris, il païaît que votre onde a fait fortune;

reste, vous pouvez le savoir mieux que moi eu lui cciivaul.

11 n'y a personne de plus aiiualile, He plus instruit, <le plus enjoué,

dciihis spirituel que lui ; du reste, il est petit. C'était bien l'iioinine le i;lu5 le^er, le plus étourdi que je connais>e;

du reste, franc el lojral garçon.

->->^--4^^ ]X° DCLXIX. fi^>-'^

De suite, tout de suite

De suite.

Pygmalion ne coucha jamais deux nuits de suite dans la môme chambre, de peur d'être égorgé.

(FÉNEI.ON.)

Un étourneau peut apprendre à parler indifféremment français, allemand, latin, grec, etc., et à prononcer de suite des phrases un peu longues.

(lÎL'FFON.)

Tout de suite.

Il vole tout de suite au camp d-îs troupes du Péloponnèse et les amène au combat.

(Bartuélemy.) Nous étions si accablés de fatigue, que nous gagnâmes tout de suite une habitation commode qui nous a\ait été préparée.

(BiBLiorn. DES Voyages.)

JJe suite signifie successivement, sans interruption: Pygmalion ne coucha jamais deux nuits DE SUITE dans la même chambre, etc. (l'"' colonne.)

Tout de suite sigt)i(ie incontinent, aussitôt, sur-le-champ : Il vole tout de suite au camp des troupes. (-2" colonne.)

Cependant il ne faut pas toujours s'attacher à celte distinction répétée dans toutes les grammaires et dans tous les dictionnaires, car de suite et tout de suite ne diffèrent (4ue par le mot tout, qui rend la pensée plus vive, plus énergique. Ces deux expressions signifient successivement, sans interruption, et peuvent être employées l'une pour l'autre. Essayons de le prouver par le raisonnement : 1° Si quelqu'un dit : Âllez-y de suite ou tout de SUITE, il fait entendre par lune et l'autre façon de s'exprimer qu'il veut que son ordre soit exécuté immédiatement après l'acte de la parole, c'est-à-dire sans interruption de temps, et, dans ce cas, les deux locutions sont également bonnes; 2° s'il dit: J'ai fait vingt lieues de suite ou tout de suite, il énonce qu'il a parcouru vinj;t lieues successivement, sans s'arrêter, et ces deux manières de parler sont encore correctes. Au reste, voici quelques exemples qui viennent corroborer notre opinion •

Tout de suite pour de suite.

Il but trois rasades tout de suite. (Planche.)

Il a couru vingt postes tout de suite. (Id.) Il a fait trois courses de bague tout de suite.

(ACADÉMIE.'I

De suite pour tout de suite.

Nous devons démentir les vols qu'on annonce

avoir été faits au général; il est vrai qu'on n'a pas

retrouvé de suite ses effets, mais rien n'a été perdu.

(JocRNAi. DE Paris.)

IVÎaintenant il est essentiel de <iérouler de suite le

tableau des mœurs depuis Henri II jusqu'à Henri IV.

(Chateaubriand.)

Avant de terminer, nous ne passerons pas sous silence l'analyse que donne Lemare des locutions de suite et tout de suite. Selon ce grammairien, faites-les mayr lier de svitk, c'est faites-les marcher ayant eu la suite ; il a couru trois postes tout de suite, c'est il a couru trois postes ayant eu entièuement la suite. Et Lemare appelle cela de l'analyse 1 Risum ieneatis.

EXERCICE PHRASÈOLOGIQVE.

Prononcer Jeux mois de siii Pasier trois niills de suite.

Parle/, tout de suite.

Ailez-y tout de suite.

Failcs-Us inai< l.er de suite. Vous vou« c.li.inllc/. tout d.

Étresurpied trois jours de suite. Obéissez tout de suite.

( "33 ) Tout-à-coup, tout d'un coup.

Tout-à-coup.

Tout-à-coup je crus voir Vdnus qui fendait les nues dans son char volant, conduit par deux colombes. (FÉNEI.O.)

Tout-à-coup le pilote remarquait que la terre paraissait encore éloignée. (Id.)

Toul-à-covp une noire tempête enveloppa le ciel et irrita toute» les ondes de la mer. (/iZ.)

Ce mal lui a pris tout-à-coup, comme il y pensait L moins. (Académie.)

Tout d'un coup.

La confiance et l'amitié naissent tout d'un coup entre les mœurs qui se ressemblent par la bonté.

(Prfvot.)

Je ne lis jamais les mois de Flore ou d'Hébé, que je ne songe tout d'un coup à elle.

(ÎVlARlVAtJX.)

Il faut que tous ceux qui assistent à une pièce de théâtre connaissent tout d'tin coup les personnages qui se présentent. (Voltaire.)

Cet homme a gagné mille écus tout d'un coup.

(Académie.)

11 fit sa fortune tout d'un coup. {Id.)

Ne confondez pas tout-à-conp avec tout d'un coup.

Tout-à-coup sifjnific, comme dans les excm|»les de la première colonne, soudainement, inopinément.

Tout d'un coupy d'après les citations de la seconde colonne, a le sens de en mémo temps, tout à la fois.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

La maison tomlia toiit-a-coiip II perdit son ar-enl tout .l'im ronp. La nuit survinl tout-a-ioiip. Maîtres cl clicvanx se nojèrent tout d'un coup.

^-^^o N" DCLXXI. <^^'

Ici, là.

Ce titre de mari d'une jolie femme, qui se cache en Asie avec tant de soin, se porte ici sans inquiétude. (Montesquieu.)

Ici, le cninp parr.is^ait rtaiu à la vue d'une femme séduisante, qui soiiiblait implorer le secours d'une troupe de jeiiiios priure.s; là, cette mônie enchaiilerc.«5e enlevait un héros d.ins les nu.igcs.

(Chateaubriand.)

Là.

Vos oisifs courtisans, que les chagrins dévorent, S'efforcent d'obscurcir les astres qu'ils adorent. /,<), si vous en croyez leur coup d'oeil pénétrant. Tout ministre est un traître et tout prince un tyran.

Là, le vigneron effeuillait le cep sur une colline pierreuse: ici le cultivateur appuyait les branches du pommier trop chargé. (Chateaubriand.)

Ici est le Vwn mémo où est la persnnn*^ ; là est un lieu diiïéicnt. Le premier marque et jpécilie l'endroit; le second est plus vague; il a besoin, pour être entendu, d'être accompagné de quoique signe de l'œil ou de !a main, ou tl'avo.r été déterminé auparavant dans le discours.

On emploie ici et là dans les énuméraiions : ici indiipie le lieu le plus proche; là, l'enikoit le plus éloigné.

( 734 ) EXERCICE PnRASÉOLOGIQVE.

UUz U. Ici son cnsque, I.-i son cpec. Ici des roteanx, là iIm plaioes.

-^^^^=^**^^^ N° DCLXXII. o^^^'^*^

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