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APRÈS CERTAINS VERBES ET CERTAINES LOCUTIONS

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Craindre, appréhender^ avoir peur, trembler, il est dangereux.

PUHASES AFFIRMATIVES AVBC fM.

Je craindrais que bien des gens n'eussent pas assez de présence d'esprit pour se servir de ces méthodes. (Pascal.)

Les pères craignent que l'amour naturel des enfants ne s'efface. {Id.) 3e crains presque, je crains qu'un songe ne m'abuse.

(Racine.) Car je dois craindre enfin que la haute vertu Contre l'ambition n'ait en vain combattu.

(COUNKILI.B.)

Craignez, seigneur, craignez que le ciel rigoureux A"e vous haïsse assez pour exaucer vos vœux.

(Raci>k.) Hélas! on ne craint point qu'il Ycnge un jour son père; On craiîit qu'il n'essuyâl les larmes de sa mère.

(Id.) On appréhenda qu'elle n'eût le sort des chospj avancées. (Bossciït.)

Il doit appréhender que cette occasion ne lui échappe. (La Bhuvèrs.)

Vous avez bien peur que je ne change d'avi».

(Mapivaox.'»

pqRASES négatives sans ne, rA

Il ne faut pas craindre qu'iU respecterit nioini-

la puissance qui avoue son tort. (Massillon.)

iVe craignez pas que je me livre h mes douleurs,

(FtÉcniER.) Ne crains pas toutefois que j'éclate en injures.

(Corneille.) Mais loi, qui ne crains pas qu'une rumeur te noir-

(BoiLEAC.) [cisse.

Je ne saurais craindre que vous vous remerciiex ni l'un ni l'autre. (Marivaux.)

Ne craignez point ici que sa bouche rebelle Vous accable des noms d'ingrate, d'infidèle.

(Regnard.)

Jamais homme ne craigfnt<mo<n» quela familiarité blessât !e respect. (Bossuet.)

Vous ne devez pas appréhender que je le loue. (La Bruyère. ) Mais n'appréhende pas qu'un autre ainsi m'obtienne.

(CORNBIH-B.J

Je n'ai pas peur qu'il arrive. (AcADiaiiB.)

Il a peur que ce tliou dans cet alTroux séjour D'un coup de son trident ne fasse en lier le jour.

ild.) Trtimble que je ne dévoile ton âme aussi creuse que le rociier où se renferme l'ours du Labrador.

(CUATEAUniUA^D.)

// est dangereux que la vanité n'élouffe une [lartie de la reconnaissance. (Fléouiku.)

Ne craignez pas qu'en vous envoyant nr^a pièce, je vous en fasse une longue apologie.

(Voltairb.

Je ne tremble pas qu'il arrive,

(ACADitMIE.

No craignez point que prêt à vous désobéir, Il apprenne avec moi, seigneur, à vous trahir.

(CllÉBlLLOPi.)

De ces nombreuses citations découle un principe unique et toujours invariable , c'est qu'avec les verbes craindre, appréhender , avoir peur, trembler, et l'expression il est dangereux, on met ne dans la proposition subordonnée, quand la proposition primordiale est affirmative; mais si cette proposition primordiale est négative, dès lors on n'exprime jamais ne dans la proposition secondaire.

« Cène, dit M. Colin d'Ambly, introduit dans la proposition complétive, et que d'Olivet appelle prohibitif, paraît redondant et abusif à d'autres grammairiens. Cependant \l a lieu en latin; c'est également l'usage constant et uniforme do tous nos écrivains, et nous sentons nous-mêmes que nous ne pouvons le sup[)rimcr; il est donc fondé en raison. » En effet, nous pouvons très-aisément on rendre com{)te par l'analyse ; nous pouvons démontrer que le sens négatif doit être dans l'expression, par cela même qu'il existe réellement dans la pensée.

Quand je dis : Je crains que vous ne reniez, je no fais qu'exprimer cette idée : Désirant que vmis ne veniez pas, je crains l'événement contraire à mon désir. Il est évident que ne joue en cette circonstance un rôle nécessaire, et que, loin d'être unesuperfétation, comme l'avancent des grammairiens ignorants ou superficiels, il est indispensable pour bien peindre l'idée négative qui est dans notre esprit.

Dans les passages suivants, il faudrait ne; mais, dit Voltaire, on peut en poésie se dispenser de cette règle :

Seigneur, je crains pour vous qu'un Romain vous (Corneille.) [deoutc.

... Qui rit d'autruî.

Doit craindre qu'en revanche on rie aussi de lui.

(MoufeRE.)

Nota. — Si l'on souhaitait que la chose exprimée par le verbo de la phrase subordonnée arrivât, il faudrait mettre ne pas à la subordonnée. Par exemple, quand je dis, je CRAINS que mon frère n'arrivis pas, il est évident que je souhaite qu'il arrive, et voilà pourquoi je mets ne pas.

PURASES INTERnOGATIVES-AFFIRMATIVES AVliC nc.

Quoi! craignez-vous qu'il ne soif exaucé?

(Racine.) Quoi! vos vœux irrités...

Quoi! craignez-vous qu'ils ne soient écoutés?

{Id.)

PURASES interrogatives-affirmatives sans ne.

Peut-on craindre que la terre manque aux hommes? (Fénelon.) Quoi! dans mon désespoir trouvez-vous tant de

[charmes?

Craignez-vous que mes yeux versent trop peu de

^Racine. ) [larmes?

Le principe établi plus haut va nous servir pour expliquer ces phrases, à la fois inter • rogatives et affirmatives, dans lesquelles entre ou n'entre pas la particule ne; il ne faut pour cela que les résoudre en phrases positives, et leur donner le sens qu'elles ont réellement.

Dans la première colonne, craignrz-vocs QVit ne soit exaucél Graignez-vous déjà qu'ils NE soiKNT écoutés? C'est pour : Vous craignez qu'il ne soit exaucé; vous crai- GNFZ déjà qu'ils ne soient écoutés. Les propositions primordiales étant affirmatives, les subordonnées doivent être négatives

Dans la seconde colonne, si Fénolon et Racine ont dit sans néf^ation : /*ot/^on crain- DKK que la terre manque aux hommes? Craignez-vous que mes yeux vkksknt trop peu de larmes? c'est qu'ils voulaient exprimer cette id(je : On ne doit pas cnAiNDUE que In (erre manque aux hommes; vous ne devez pas cuaindue que mes yeux versent trop peu de larmes. 11 est évident que le sons négatif étant dans la première proposition, la particule ne doit être rejetcc de la seconde. Au surplus, quand le verbe craindre est modifié par peu ou par moins, ces mots tiennent toujours lieu de la particule ne.

PnnASES INTERnOGATlVES-KKGATIVES AVEC 716. IMIUASKS INTERROf. ATIVES-NEGATJVES SANS ne.

Vous souffrez qu'il VOUS |)aile? Et l'OHS ne cratffne: Ne craignez-vous pas que l'on vous faite h

[pas niônift traitement? (Racine.)

Que du fond de l'abîme enlr'ouvert sous ses pas 11 ne sorte à l'instant des feux qui vous embrasent, Ou qu'en tombant sur lui ces murs ne \oui écrasent?

(Racine.)

Lorsque les phrases sont interrogatives et négatives tout à la fois, on peut exprimer ou ne uas exprimer la particule ne dans la proposition subordonnée, et dire très-bien d'après Harine : Ne craignez vous pas que la foudreNE tomue sur vous ou tombe sur vous? C'est donc bien à tort, selon nous, que M. Colin d'Ambly reproche à Racine d'avoir supprimé ne dans l'exemple de la seconde colonne.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.

Je crains. , Je tremble

J'.,|.pril,rn,lo....

H est dangereux. . .

Je ne crains pas .

Je ne Ireinl.le [la

Craisnei-vous. .. Apjjrélicndci-vous. . . Tremlilc/ v(

He craigneivous pas (jne. . . N'apprelienjcz-vous pas que

Je n'appréhende pas... J'ai peur... Je n'ai pas priir. . .

U n'est pas dangereux... U était dangereux. . . U n'était piis li.mgereui.

3115... Poiivez-votis craindre. . . Peut-il ainir peur. . .

. . N'avez-voiis pas peur que... Ne trcmblii-\oii5 pas que...

^^^o. w DCLXXXVIII. s^^^

Douter, contester, nier, disconvenir, désespérer.

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