ROYOU
On ne connaît l'importance d'une action que quand on est près de l'exéculcr. (La Fontaink.)
Jour et nuit un homme de mer est le jouet des éléments ; le feu est toujours près de consumer son vaisseau, l'air de le renverser, l'eau de le submerger, et la terre de le briser.
(Bekn. de Saint-Piehue.)
Un conjuré qui tremble est bien près de périr.
(CUÉMER.)
Prêt à.
Les Noirs, avec une pièce d'étoffe autour des reins, une lance à la main et un cimeterre au côté, sont pr&ts à tout, en paix comme en guerre.
(Beun. 1)E Saint-Pierre.) Quelle mère Prête à perdre son fils, peut le voir et se taire?
(Voltaire.)
La mort ne surprend pas le sage; Il est toujours prêt à partir.
(La Fontaine.)
Ah! qu'aisément un fils trouve le cœur d'un père Prêt, au moindre remords, ù' calmer sa colère! i^Vu. Corneille.) C'est pour tous les humains (la religion) la mère la
[plus tendre.
Et son cœur en tout temps est prêt à nous entendre.
(Cuémer.) L'amour d'un musulman est un amour impie, Toujours prêt, dans sa rage, à détruire l'autel Où son respect brûlait un encens solennel.
(Langue.)
Prêt de.
Nous étions prêts d'arriver quand la curiosité me prit. (Montesquieu.)
Nérestan ne revenait pas de France. Zaïre ne voyait qu'Orosmane et son amour : elle était prêle d'épouser le sultan lorsque le jeune Français arriva.
(Voltaire.)
Le cœur n'est qu'effleuré, pour l'ordinaire, des plaintes d'une amante; mais il est profondément atteiidii de la douloureuse situation d'une mère prête de perdre son tils. (/d.)
^I. Ménius et Q. Pétilius, quoique tous deux tribuns du peuple, représentèrent (ju'il fallait commencer |>ar séparer les intérêts du peuple de ceux de Manlius; qu'ils étaient prêls de se rendre ses accusateurs, comme d'un homme qui alfectait la tyrannie. (Vbrtot.)
Qu'un rappelle mon fils, qu'il vierine se défendre, Qu il vienne me parler, je suis prêt de l'entendre.
(Racine.) F,t les chefs de l'état, tout prêls de prononcer. Me font entre nous deux llionneur de balancer.
(Voltaire.) 'Ils se craignent l'un l'autre; ettoutpré/j d'éclater, Quelque intérêt secret semble les arrêter, (/d.)
Ce peu[)le, qui taiu de fois a répandu son sang pour la patrie, est encore prêt de suivre les consuls.
(Vkrtot.)
Leur avarice, leur orgueil, les porteront à peindre les Maratles conune des voisins inquiets toujours prêts d'envahir Bombay. (Raynal.)
Près de, prêt à, prêt de, sont trois expressions qu'il ne faut pas confondre, du moins les deux premières.
Près de signifie sur le point de; prêt à signifie disposé, préparé, résigné à; prêt de est employé dans les deux sons, ainsi que l'attestent nos exemples appuyés de l'autorité des meilleurs écrivains. Croit-on que cela arrête Lemare? Nullement. Lemare ne veut pas de piêt de, et parlant il condamne avec Laveaux toutes les phrases où cette locution est employée. Vantez-vous donc après cela, Lemare, d'avoir fait la Grammaire des auteurs, vous qui sembicz prendre à tâche de les censurer, et souvent injustement, comme dans cette circonstance I Ce qu'il y avait à dire de raisonnable à cet égard, Boniface l'a dit, et nous ne ferons que le répéter après lui. Prêt de est peu usité aujourd'hui ; mais ce n'est point une faute : on trouve celte expression dans tous les bons écrivains du siècle de Louis XIV. D'ailleurs l'analyse peut la justifier. Puèt de l'entendre est elliptique, et la construction pleine est: Prêt (à l'acte, à l'action] de l'entendre.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
près de parler.
Près de frapper.
Prêt à parler.
Prél à frapper.
Près de mourir* Prél d'éclater
Prêt a mourir.
Prél à éclater.
— ^^ K DCCXLIX. <>^-<
Auprès de, près de.
Auprès de.
Tout semblait, je l'avoue, esclave auprès de lui.
(VOLTAIBK.)
Ah ! si la solitude est douce en elle-iuème.
Je sens qu'clleest plus douceauprèide ce qu'on aime.
(COLLIN D'HaKLEVILLE.)
Au sein de ses amis, auprès de ses parents, Les plaisirs sont plus doui et les meilleurs plus (Dklille.) [grands.
Le bel esprit s'éclipse auprès de la raison.
(AUNAULT.)
Le pavillon d'Antoine est auprès du rivage.
(Voltaire.)
Près de.
Il restait près de lui ceux dont la tendre enfance N'avait que la faiblesse et des pleurs pour défense.
(VOLTAUIK.)
Sa voix (de la nature) trop rarement se fait entendre
[aux rois, Et près des passions le sang n'a point de droits.
ild.) De ses destins, Nadab, votre esclave incertaine Accourt a votre voix près de cette fontaine.
(CUATEALBIUANO.)
Seigneur, Cicéron vient près de ce lieu fatal.
(VOLTAIUE.)
Ces deux locutions prépositives auprès de et près de expriment l'une et l'autre une idée de proximité, soit au projtre, soit au figuré, et bien qu'elles soient employées presque arbitrairement, surtout en poésie, on peut dire que auprès indique généralement un f)lus étroit voisinage. Ainsi, demeurer près de l'église, c'est y demeurer à quelque distance; demeure»" AUPRÈS de l'église, c'est y demeurer tout à côté.
Dans le discours familier on peut supprimer la préposition de dans près de, si le complément est de plusieurs syllabes. On dit encore : Près le Luxembourg, près Saint-Iioch, près la fontaine. Cette ellipse est entièrement consacrée dans les expressions suivantes : Ambassadeur près la cour d'Espagne, Passy près Paris, etc.
On ne doit pas aujourd'hui se servir de près de dans le sens de en comparaison de, et ainsi ce passage de Racine n'est pas à imiter :
Pour vous régler sur eux, que sont-ils près de vous?
En pareille circonstance, on dit auprès de. Voyez auprès de et au prix de comparés.
Rc»Ut ruyrh ile quclqn'iin.
f 794 ) EXERCICE PURASÈOLOGIQVE.
Demeurer près de quelciii'un. Solliciter auprès de quelqu'un. Venir pris de qaelqu'u
Afrès ET d'après.
Après.
Encourant après le plaisir, on attrape la douleur.
(IMONTESOUIEU.)
La gloire est plus solide après la calomnie, Et brille d'autant mieux qu'elle s'en vit ternie.
(ConNF.ILLE.)
... Après la bienfaisance.
Le prtis grand des plaisirs, c'est la reconnaissance.
(Dk Helloy.) La raillerie est belle après une victoire; On la (ait avec grâce, aussi bien (jn'nvec {gloire.
(COKMai-I.E.)
L'amour n'est que plus doux après ces déniolds, Et l'on s'en aime mieux de s'être un peu brouillés.
(QUINAULT
D'après.
L'homme n'a rien imaginé de hii-mfme, et il n a développé son intelligence que d'après celle de la nature. (Bern. dk Saint-Pikrbe )
Il faut apprécier les systèmes d'après leur influence sur les peuples; quelle nation moderne peut se dire au-dessus des Grecs et des Romains?
(J.-J. RonssEAC.)
Faute de bas, passant le jour au lit.
Sans couverture, ainsi que sans habit.
Je fredonnais des vers sur la paresse : D'après Lhaulieu je vantais la mollesse.
(Voltaire.)
Après exprime une pure et simple idée de postériorité : après le plaisir, après la calomnie, APRÈS une victoire, etc. D'après, outre la postériorité, indique encore une idée de cause, d'origine: d'après la nature, d'après l'influence des systèmes, etc. Quand Bernardin de Saint-Pierre dit que l'honmie a développé son intelligence d'après celle de la nature, il fait entendre non seulement que l'une est arrivée après l'autre, mais aussi que la seconde a servi de prototype à la première.
EXERCICE PURASÉOLOGIQUE.
Racine est venu après Corneille
On juge des choses d'après sa ni.Ti>'éj-e de voir.
^vant, devant.
Avant,
... Dans ce pays-là (la cour), mon neveu, sois certain Que, lût-on éveillé longtemps aufint l'aurore,
Kti arrivant, on trouve encore
D'autres gens levés plus malin.
(Imbhrt.) ("es gens, avant l'hymen, si fâcheux et crili(jues, Dégénèrent souvent en maris [)aciliques.
(MOLifcUE.)
Un ministre honnête homme et qui fait son devoir Kst lui-même accablé sous un si grand pouvoir: IJuoicjue avant le soleil icius les jours il se lève, hisqu'a ce qu'il se couche il n'a ni paix ni trêve.
(BOURSAULT
Devant.
Eh! si de la vertu, premier de leurs bienfaits. Un pré( ipice affreux sépare les forfaits. Le remords franchissant cet inlervalle immense, Devant ces dieux, peut-être, est encor l'innocence.
(ClIÉMKR.)
... Si je connais bien ce Dieu, mon seul appui, Les cultes dili'érenls sont égaux devant lui.
(Id.) L'infortune, en secret se nourrissant de pleurs. Saura (]u il est un Dieu, tétnoin de ses douleurs, Qu'il faut se lésigner devant la Providence; Va (juil n'est jamais tem[)s de perdre l'espéranct,
{Id.)
Avant et rfetanf marquent tous les deux une idé(^ d'nnlériorité ; mnisce qui les carac-
lérise, c'est qu'avant a généralement rapport au temps, et devant au lieu. Dans lesexerftples qui précèdent, devant s'iQmixe en face, en présence de.
On peut dire, suivant les vues de l'esprit : je marche avant voxn^ ou je marche devant vous. Dans le premier cas, on exprime une idée de préséance, une [)riorité d'ordre ; dans le second cas, on fait entendre simplement une idée do situation. On dit qu'on marche plutôt devant qu'après. Go raisonnement est applicable à tous les cas semblables.
EXERCICE PnRASÉOLOGIQUE.
Venir an monde avant quelqu'un.
Se plarer avant quelqirun.
Le» rois marchent ov.int les tirincc».
L'adjectil se met avant le substantif.
Venir se placer devant quelqu'un.
Trembler devant la justice divine.
Les rois marcbaicnt devant les princes.
L'ajectil se met devant les suksUntib.
-^^ N" DCCLÏI. ^^^'
Entre, parmi.
Entre.
Un magistrat intègre peut se trouver placé entre la haine d'un premier ministre et le mépris de la Dation; mais il ne peut balancer.
(Malesherbes.)
Son époux la retient tremblante entre ses bras.
(VOLTAIEE.)
Ainsi donc ce malheureux enfant Retombe entreses mains et meurt presque en naissant.
(Id.)
Parmi.
Parmi les cris du sang, l'amour en vain murmure; Que sont les passions auprès de la nature?
(De Belloy.) Ah! pa^mi ces flatteurs, émules d'infamie, Une tète innocente est bientôt ennemie. Chénieu.) Que la loi rèftne seule, et fonde parmi nous Le bonheur de l'état sur la grandeur de tous.
[Id.) Il faut parmi le monde une vertu traitable ; A foice de sagesse on peut être blâmable.
Entre s'emploie quand il n'est question que de deux : entre ses mains, entre ses bras, entre lui et moi.
Parmi se dit d'une collection d'objets et demande toujours après lui soit un substantif pluriel, soit un nom collectif: Parmi les hommes , parmi le monde. C'est donc avec raison que Voltaire, dans ses commentaires sur Corneille, a blâmé ce passage :
Parmi ce grand amour que j'avais pour Sévère, J'attendais un époui de la main de mon père.
«.Parmi ce grand amour est un solécisme, dit Voltaire. Parmi demande toujours un pluriel ou un nom collectif. »
Il est des cas où l'on peut faire indifféremment usage de entre ou de parmi quand le complément est un pluriel ; témoin ces autres exemples :
Entre.
L'amour entre les rois ne fait pas l'hyménéc; Et les raisons d'étal, plus fortes que ses nœuds. Trouvent bien les moyens d'en éteindre les feux.
(Corneille.) La haine entre les grands se calme rarement; La [laii souvent n'y sert que d'un amusement.
{Id.) ... Il est bien permis De brouiller entre eux ses ennemis.
(COLLIN d'HaKLEVILLE )
Parmi.
Dans les grands corps on a vu de tout temps Se glisser des fripons parmi dhonniHes gens.
(Bobrsault.)
... Une juste prière Parmi les gens d'honneur ne se refuse guère.
(SCARnON.)
Orbassan, qu'il ne soit qu'un parti parmi nous, Celui du bien public et du salut de tous.
(Voltaire.)
Une dernière remarque à faire, c'est qu'on n'élide pas \'e final de la préposition entre
( 796 ) quand le mot suivant commence par une voyelle. Ainsi il faut écrire entre eux. entre p.lles. entre autres, entre amis, etc
Entre nom avut
Entre cesdeiix amis. Parmi les liommet.
Parmi la rniil*
Vers, devers.
Vert.
Mentor courut •vers la porte de sa tente pour la faire ouvrir. (Fénelon.)
Le merle noir vole en sifflant vers la cerise pour- 3rt'e, et le taureau, semblable à un rocher, mugit le joie à la vue des prairies en fleurs
(Bekn. de Saint-Pierre.) Le papier a été inventé ters !a fin du quatorzième iècle, et l'imprimerie vtrs le milieu du quinzième. (Cité par Lemare.)
Dcuer*.
Plus que jamais confus, humilié, Devers Paris je m'en revins à pied.
(VOLTAIRK.)
C'est ainsi devers Caen que tout Normand raisonne.
(BOILEAC.)
Il entendit devers le bois voisin, Bruit de chevaux et grand cliquetis d'armes.
(VOLTAIUE.)
Veî's ne se construit qu'avec des noms qui indiquent le lieu ou le temps : Vers la porte, vers le quatorzième siècle. Ce serait une faute aujourd'hui d'employer cette préposition dans le sens d'envers.
Devers est un coup de pinceau de plus que vers. Il a vieilli, dit-on ; il n'est point vieu.v quand il est bien employé. C'est ainsi devers Caen, c'est-à-dire du côté de Caen, dans les environs de Caen. Vers Caen ne serait plus la même chose.
Devers se joint quelquefois avec la préposition par, et alors il n'est guère d'usage qu'avec les noms personnels; exemples:
Retenir des papiers par devers soi. (Académie.) Avoir le bon bout par deuers soi. (/d.)
Il n'y avait guère d'homme considérable qui n'eût par devers lui quelque prédiction qui lui promettait l'empire. (Montesquieu.)
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Ver» Parij.
Vïis Lyon.
Vers le qualorzicme siècle.
Vers le icizicme siècle.
Devers Paris.
Devers Caen.
Par devers mot.
Par devers nous.
""""^^"^^^^ N° DCCLIV. '^^^^'
A peine, avec peine.
A peine.
Le jour naissant à peine a blanchi les coteaux.
(Delille, trad. de I'Éneide.) FAi bien! vous le voulez; vous choisissez ma haine. Vous l'aurez; et déjà je la retiens à peine.
(Voltaire.) Qu'il est doux, quand le cœur, de ses ennuis pressé. Lève à peine le poids dont il est oppressé, l)e ren:onlrer un cœur qui sente nos alarmes. Qui plaigne nos douleurs et s'unisse à nos larmes !
(Ducis.)
Avec peine.
On résiste avec peine à l'accent des remords.
(Ducis.)
Dans un cœur corrompu quand le vice a pris placf C'est avec peine qu'on l'en chasse.