AD FIGURE
Le vrai dévot est un parfait honnête homme visà-tts de Dieu, des hommes et de lui-même.
(D'Arconville.)
Des preuves administrées de cette manière par des gens si passionnés, perdent toute autorité dans mon esprit vis-à-vis de vos observations.
(J.-J. Rousseau.)
Sitôt qu'indépendamment des lois, un homme en prétend soumettre un autre à sa volonté privée, il sort à l'instant de l'état de société et se met vis-à-vis de lui dans l'état de nature. (/ci.)
Je vois avec déplaisir ia continuation de vos plaintes vis-à-vis de nos deux confrères. {Id.)
Le souverain n'a qu'un seul devoir à retn|ilir ii'j à-vis de l'étal, c'est de foire observer la loi.
(Napoléon.)
Envers ne présente aucune difficuUé dans son emploi; cette préposition si{;nifio à l'égmd de : agir bien envers quelqu'un, c'est agir bien à l'égard de quelqu'un.
Vis-à-vis a deux sens Au propre, cette préposition désigne le rapport de deux objets qui sont en vue l'un do l'autre ; elle signifie en face, à l'opposite, et se construit avec ou sans la préposition de, quand son complément n'est pas un monosyllabe. On dit vis-àvis de l'église ou vis-à-vh l'église, vis-à-vis de la fontaine, ou vis-à-vis la fontaine. Mais il faut toujours dire avec de : vis-à-vis de moi, vis-à-vis de lui, etc. Au figuié, vis-à-vis signifie envers, à l'égard de, et est d'un fréquent emploi dans ce sens, malgré ranalhcme lancé contre cette expression par tous les grammairiens et par Voltaire lui-même. On dit très-bien aujourd'hui :rîs-à-rts du Roi, vis-à-vis des Ministres, pour envers le Roi, envers les Ministres. L'usage l'a emporté, et grammairiens et écrivains doivent se souincllre à ses lois.
Envers moi.
Vis-ô-vis rèclise.
EXERCICE PBRÂSÈOLOGIQUE.
Hovcrs lui.
Vis-à-vis de l'église.
P-nvprs les liommps.
Vis-à-vis ilu roi.
hnvrrs nous.
Vis-a-vis des ctran^eri.
^^^ N° DCCLIX. a^^
Voici, voilà.
Que le monde est grand et spacicuïl yoilà les Apennins, el voici le Caucase.
Me voici dans Charonne, et voici le logis Où l'amour nous conduit : gardons d'être surpris.
(Regnaiid.!
Voici et voilà sont des mots formés du verbe voir el des adverbes îci et là.W y a donc la même différence entre voici et voilà qu'entre ici et là. Voici désigne le lieu le plus procne ; voilà, le lieu le plus éloigné : Voici le Caucase, voilà les Apennins.
f^oici.
Voici le code de l'égoiste : tout pour lui, rien pour les autres. (Sanial Dubay.)
Forci trois mddcrins qui ne nous trompent pas : Gaîté, doux exercice et modeste repas.
Voici qui vous surprendra, mon cher Thiriot; c'est une lettre en (Vaiiçais. (Voltauie.)
Voilà.
Hélas! de l'avenir, vains juges que nous .sommes. Ignorer et souffrir, voilà le sort des hommes!
(Dei.ille.)
Les arts sont un besoin de l'esprit et du cœur, Aimer et s'occuper, voilà le vrai bonheur.
(DEMot'siiEn.)
Veiller, régner sur soi, fuir ou vaincre le vice, Voilà de la vertu le plus noble exercice.
(Ducis.)
Dans la première colonne, voici indique ce qu'on va dire; dans la seconde, voilà indique ce qui vient d'être dit.
Toi Cl.
Me voici dans le charmant pays de Vaud; je suis au bord du lac de Genève. (De Bouffleks.)
Voilà.
Les neiges sont sur nos montagnes, et me voilà redevenu aveugle. Dieu soit béni!
(VOLTAIUK.)
Lorsqu'il n'y a point d'opposition à marquer, on peut ad libitum se servir de vuict ou de voilà, el dire me voici arrive ou me voilà arrivé.
(801 ) On dit aussi revoici, revoilà :
Les revoilà sur l'onde ainsi qu'auparavant. (La Fontaine.)
M"' de Sévigné, Molière, Voltaire, etc. en offrent de nombreux exemples. Boiste a lofi de regarder ces prépositions comme inusitées.
EXERCICE PHRASÉOLOGJQUE.
Voici le frère aîné, voiU le cadol.
Voici le mobile do toul : 1 '.irgcnl Me voici à votre disiiosilioii.
Voici votre propriété, voilà b mienne I.'intérct ; voila le mobile de tout.
Me voila à votre disposition.
-— ^^ N° DCCLX. o^—
Sept à huit cents personnes, sept ou huit personnes.
AVEC d.
Si les ennemis viennent de perdre une bataille où il soit demeuré sur la place quelqua neuf .\ dix mil le hommes des leurs, il en compte jusqua trente mille, ni plus ni moins. (La Buuvère )
On a pris aux Allemands sept a huit cents hommes.
^BoiLEAU.)
Les chevaux de Perse sont si bons marcheurs, qu'ils font Irés-aisément sept a huit lieues île chemin sans s'arrêter. (Buffon.)
Les enfants âges de dix a douze ans sont susceptibles de raisonnements beaucoup plus étendus. (Bebn. de Saint-P:erke.)
Les cocotiers des îles Séchelles, et les talepoteg de Ceyl.m, ont des feuilles de dnuze A quinze pieds de long et de sept \ huit de largeur. (/J.)
Nous sommes si vains, que l'estime de cinq ov six personnes qui nous environnent nous amuse el nous contente. (Pascal.)
Je suis étonné de voir jusques à sept ov huit personnes se rassembler sous un même toit.
(La BncvÈRE.)
La tigresse produit, comme la lionne, quatre oo cinq petits. Buffon.)
Les deux jeunes bergères voyaient à dix pas d elle.", cinq ou six chèvres. (La Fomai.ne.)
II y avait dans la maison du paysan où je logeais cinq ov six femmes et autant d'enfants qui s'y étaient réfugiés. (Bkrn. de Saint-Pieure.)
D'après ces exemples entièrement conformes au principe des grammairiens, il faut dire il y avait sept a huit cents personnes; /ai fait sept a huit lieues, et il y avait sept ou huit fe.mmes; celte pièce a deux ou trois actes.
Dans le premier cas, on fait usage de la préposition à, parce qu'il y a une série, un espace à parcourir, et que cent personnes, une lieue, sont susceptibles d'être divisées. Dans ce cas même on peut aussi employer la conjonction ou; exemples :
Douze jours après, nous arrivâmes à Erzeron, où nous séjournerons trois ov quatre mois.
(MONTESQUIBD.)
Les plus hautes montagnes ne sont non plus capables d'altérer la figure de la icrre, que quelques grains de sable ou de gravier sur une boule de deux ou trois pieds de diamètre. (J.-J. Rousseau.)
Mais, dans le second cas, on doit se servir toujours de la particule conjonctive ou, parce qu'il n'y a point d'unité intermédiaire entre sept ou huit fenwies, deux ou trois actes.
Cette règle, justifiée par la raison et par un usage assez général, est cependant trèsvivement combattue par Laveaux. « Il y a une grande différence, dit ce grammairien, entre ces deux expressions, j'irai chez vous de sept a huit heures, el il y avait sept A HUIT FEMMES dans Cette assemblée. La première indique un espace divisible entre sept heures et huit heures; laseconde indique un nombre approximatif montant à sept, ou tout au plus à huit personnes. A la vérité, il n'y a point de fraction entre sept ou huit femmes, mais il ne s'agit pas ici d'un nombre entre sept et huit, mais d'une estimation de sc|)t à
huit femmes. Celui qui dit: // y avait dans celle assemblée sept a huit femmks, n'est pas certain qu'il y avait sopt femmes; mais il assure que le nombre qui s'y trouvait montait peut-^'lro A sept ou tout au plus à huit. Le nombre huit est le seul certain et déterminé; au lieu que dans j'irat vous voir de sept a ul'it heures, les deux époques sont déterminées et admettent un intervalle. Il y avait dans cette assemblée sept go huit FEMMES, n'exprime pas précisément l'estimation faite du nombre, et le terme le plus élevé porté à huit. Cette façon de parler n'affirme rien. C'est comme si l'on disait : peut-être y en avait-il sept, peut-être y en avait-il huit, voilà n>on estimation, je n'assure pas plus l'un que l'autre. Si l'on veut bien réfléchir sur ces deux phrases, on conviendra que ce sont là les nuances qui les distinguent, et que par conséquent on peut employer l'une ou l'autre, suivant les vues de l'esprit. » Si cette opinion de La veaux ne peut pas faire loi, il faut avouer du moins qu'elle est très-spécieuse, et qu'on ne serait pas embarrassé de rap{)orter en sa faveur beaucoup d'exemples ; nous nous bornerons à citer les suivants puisés aux sources les plus pures :
Nous avons déjà dit que, dans la Morl de Pompée, il y a frets a quatre actions, trois a quatre espèces d'intriguer mal réunies. (Voltaike.)
Cela est admirable : on ne veut pas que j'honore on homme vêtu de biocatelleet suivi de sept a huit laquait. ^Pascal.)
Il y avait sept a huit femmes dans cette assemblée. (Académie.)
Diius l'une des deux salles on jouait à la prime el aux échecs, et dans l'autre, dix a douze personnes étaient fort attentives à écouter deux beaux esprit» de profession qui disputaient. (Le Sage.)
Deux a trois mille personues.
Douze à ijuinze l'eues.
Trois ou quatre nommes.
Dix ou onze coups»
— ««^o K DCCLXl. s?i^^—
Il y eut cent hommes de tués , ou il y eut cent hommes tués.
avec de.
Il n'y a pas une seule plante de perdue de celles qui étaient connues de Circé, la plus ancienne des botanistes, dont Homère nous s en quelque sorte conservé l'herbier. (Bern. de Saint-Pierre.)
// n'a eu toute sa vie aucun moment ^'assuré.
(Fénelon.)
// y eut trois cents sénateurs de proscrits, deux mille cnevaliers, plus de cent négociants, tous pères de famille. (Voltaire.)
SANS de.
Sur mille combattants, il y eut cent hommes tués
(Académie.) Il y eut un grand nombre d'Eques et de Volsques taillés en pièces. (Veutot,)
Il y a déjà deux mailles rompues.
(Cité par Lemare.) // y a vingt exemples d'assassinats produits par la venj^eance ou par l'enthousiasme de la lil)erté, qui furent l'effet d'un mouvement violent plutôt que d'une conspiration bien réfléchie.
On dit également bien avec ou sans la préposition de : il y eut cent hommes de tués, el tly eut cent hommes tués. La première façon de parler diffère de la seconde en ce qu'il y a ellipse d'un substantif. En voici l'analyse : // y eut cent hommes (dans l'état) d' (hommes) tués. Lemare, qui se moque de d'Olivet, pour n'avoir pas su rendre raison de la préposition de , et pour s'être contenté de dire que cette expression était un latinisme, ne nous semble pourtant pas en avoir dit davantage, bien qu'il ait essayé de l'analyser. Voici l'analyse de Lemare, analyse curieuse : Il y eut cent hommes (ayant eu pour cause les hommes) tués. Ayant eu pour cause les hommes remplace de. C'est un véritable escamotage. Ohl Lemare, que n'avez-vous fait comme d'Olivet! nous ne serions pas obligés de dire que vous non plus, vous n entendez rien à l'analyse
( 803 ) Quant aux {jranimairicns routiniers, plutôt que d'avouer leur impuissance, nous allions dire leur ignorance, Jls se sont facilement lires d'embarras en condamnant la prépossition de dans : ily eut cent hommes de tués. De est une faute, selon eux, et il faut toujours dire cenf hommes tués. Singulier moyen, en vérité, de résoudre les difficultés! Mais, dirons-nous à ces grammairiens, ce qui prouve que dans l'expression «7 y eut cent hommes de tués, la préposition de n'est pas fautive, ne serait-ce que sous le rapport euphonique, c'est qu'elle devient indispensable si le substantif qui suit i adjectif numéral est vepréGenté par en, comme dans ces deux exemples :
Les chevaux danois sont de si belle taille et si étoffés, qu'on les préfère à tous les autres pour en faire des attelages ; t7 y en a de parfaitement moulés, mais en petit nombre. (Buffon.)
La terre commence à verdir, les arbres à bourgeonner, les fleurs à sYpanouif ; il y en a déjà pe passées. (Bbrn. de 8ajnt-Pierrb.)
Ne pas exprimer la préposition de en pareille circonstance serait une faute; preu\e irréfragable que rien ne s'oppose à ce qu'on dise aussi cent hommes de ^ués.
EXERCICE PnRÀSÉOLOGIQVE.
n y a cent liomme» de blessés. Il j cil eu.i Irois cenlt de pris.
Il y avait des roses d*écloses.
Il j eut trois cents hommes '."À§ ou ble^^és. Il y ■ des âears édoies.
Il } a eu de l'argent Jonoé.
-— «^^ W DCCLXII. <^^^
Si j'étais DE vous, si j'étais que de vous.
Si j'étais de vous autres comédiens, j'aimerais mieux tirer la langue d'un pied que de présenter de pareilles sottises. (Regnaud.)
Je ne souffrirais pas, si j'étais que de vous, Que jamais d'Henriette il pût être l'époux.
(Molière.)
Si j'étais que des médecins, je me vengerais de ses irnpeninences; et quand il sera malade, je le laisserais mourir sans secours. (Molière.)
Voilà un bras que je me ferais couper tout à l'heure, si j'étais que de vous. {Id.)
On dit également bien si j'étais vous, si j'étais de vous, si j'étais que vous, et si j'étais que de vous. Les trois dernières façons de parler sont elliptiques. Nous allons les ramener à leur intégrité au moyen de l'analyse. La première, si j'étais de vous, est la moins elliptique: si j'étais (la personne) de vous; la seconde , si fêlais que vous, est un peu plus elliptique : si j'étais (à la même place) que vous ; la troisième , si j'étais que de vous, est la plus elliptique de toutes : si j'étais (à la même place) (jue (la |)ersonne) de vous. Lemare analyse ainsi : si j'étais que de vous : si j'étais (en la place qui est celle) de vous; mais le moindre vice de cette analyse est de faire disparaître le que (pii est dans la phrase, et, comme nous l'avons déjà dit à Lemare, qui le sait tout aussi bien que nous, substituer une expression à une autre expression, ce n'est pas l'analyser.
EXERCICE PURASÈOLOGIQVE,
Si j'cui» monsieur votre père Si j'étais de monsieur votre jicre. Si j'étais que monsieur votre père. Si j'étais que i< monaiasr votre l'ii
( 80V ) On dirait un fou, on dirait D'un fou.
On dirait un...
Tel personnage est si riche, il est lo^é dans un si bel hiUi'l, a un si iiotnbieux domesliiine et de si magniliques équiiiages, qu'on dirait [jres(|ue un roi.
(A^■OINYME.)
On dirait D'un...
Quand Santeuil récitait ses vers, on eitt dit o'un démoniaque. (Boileau.)
... Quelle main quand il s'agit de jirendrc! On dirait D'un ressort qui vient à se détendre.
(iMoLlfeUE.)
Ces deux locutions : on dirait un fou, on dirait D'un fou, sont égalcmenl françaises; mais elles ont un sens différent.
On voit un homme, dont les yeux égarés no s'arrêtent sur aucun objet, ou qui restent fixes, immobiles, dont les paroles sont sans suite, dont les gestes paraissent étranges. On dirait que c'est un fou. On dirait un /on. C'est de la folie la réalité que l'on a dans l'esprit.
Un homme que l'on connaît pour raisonnable, maîtrisé par la douleur, par quoique passion, se livre à des actions, se laisse aller momentanément à des propos qui blessent le bon sens et la raison. Il fait des actes do folio, il ressemble à un fou. On dirait d'un fou. Ce n'est qu'une simple figuration.
On dirait D'tm fou, on eût dit D'un démoniaque, on dirait D'un ressort, sont des expressions elliptiques; c'est pour : On dirait (que les actions, les paroles de cet homme sont celles) d'un fou; on eût dit (que c'étaient les gestes) d'un démoniaque; on dirait {qaa c'est l'action, le jeu) d'un ressort.
Les expressions on dirait un fou, on dirait wn fantôme, sont également elliptiques, elles sont des abrégés de : on dirait (que c'est) «n fou; on dirait (que c'est) un faniômt.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
On .liriilun insensé.
On axait une folle.
On dirait un fanlûmc.
Oq dirait un roi.
On dirait d'un In.sensé.
On d.rait d'une folle.
On dirait d'un (antûme.
On dirait i'un roi.
^*^ N° DCCLXIY. c^—
C'est que, mieux que, plutôt que, suivis ou non suivis de la préposition de.
C'est que.
AVEC de.
r'eit quelque chose cncoi' que de faire un beau lêve. A. nos chagrins réels c'est une utik- licve.
(COLLIN d'HaIU.EVILLE.)
... C'est imiter les dieux IJue de remplir son coeur du soin dos malheureux.
{CuÉltlLLON.)
C'est perdre ses bienfaits que de les mal npandrc.
(BOLUSAL'LT.)
Est-ce être glorieux que d'usoiv de l'honneur?
(DUSTOUCHES.)
SANS de.
Sur quelque préférence une estime se fonde.
Kl c'est n'estimer rien (/«'estimer loul le monde.
^^10LIÈKK.)
Le scandale du monde est ce qui fait lOITense, Kl ce n'est pas pécher que pcciicr en silence.
[Id.)
C'est aimer froidement que n'être point jaloux.
(Id.)
C'est posséder les biens que savoir s'en passer
^Regnard.)
so:
Ksl-ce un si grand malheur que de cesser de vivre'
Ayez la fermeté qui sied à la vertu ; C'est mériter son sort que d'en (•ire abattu.
(GUVM. DE LATOUCIIE.)
C'est avoir fait le bien qu'avoir voulu le faire. (COLI i.N d'Harlkvii.le.)
La vertu toute nue a l'air trop indiKcnt,
Et c'est n'en point avoir que n'avoir point d'argent.
(BOURSAULT
Mieux que.
AVEC de.
Il vaut mieux se flatter d'un esprit téméraire, Que de céder au sort quand il nous est contraire.
(CnÉBlI-LON.)
J'aime miewa;, s'il le faut, succomber avec gloire. Que (Savoir à rougir d'une indigne victoire.
(La Harpe.) II vaut mieux étouffer un bon mot qui est près de nous échapper, que de chagriner qui que ce soit.
(HOSSL'ET.)
Il vaut mieux prévenir le mal que d'être réduit à te punir. (Fénelon.)
Plutôt
AVEC de.
Que les dieux me fassent périr plutôt que de soulïrir que la mollesse et la volupté s'emparent de mon cœur. (Fénelon.)
Ton épouse à mes yeux, victime de sa foi.
Veut mourir de ta main, plutôt que ti'être à moi.
(VOLTiWRE.)
SANS de.
Agir vaut après tout mieux que parler, dit-on.
(Imbert.)
... 11 vaut mieux expirer Et mourir avec toi, que se déshonorer.
(Voltaire.)
La plupart des lecteurs aiment mieux s'amuser que s'instruire. De la vient que cent femmes lisent les Mille et une Nuits, pour une qu'\ lit deux chapitres de Locke. (J.-J. Rousseau.)
'/ue.
SANS de.
Elle est prête à périr auprès de son époux, Vlulôl que découvrir l'asile impénétral>le Où leurs soins ont caché cet enfant misérable.
(Voltaire.)
Plutôt souffrir que mourir.
C'est la devise des hommes.
(La Fontaine.)
D'après ces citations, i! est permis de dire avec la préposition de: c'est quelque chose QUE DE faire un beau rêve; agir vaut mieux que de parler; périr plutôt que DE souffrir: ou, avec ellipse de la préposition : c'est quelque chose que faire un beau rêve ; agir vaut mieux que parler; périr plutôt que souffrir. Le de n'est pas explétif, comme se le sont imaginé les grammairiens ; il est toujours sous la dépendance d'un mot sous-entendu qui peut être l'acte, le devoir, la nécessité, ou tout autre mot, selon les circonstances. Ce qui le prouve, c'est que Boileau a dit avec la construction pleine
C'est un méchant métier que celui de médire.
au lieu de;
C'est un méchant métier que db médire.
EXERCICE PBRASÈOLOGIQUE.
C*it mal parler qa« de parler. .. Cestmal parler <|ue parler... Il vaut mieux se laireqiie Ho parler. Il vaut mieux «e uireqne pailet. Plotétroourirquedesedejhonorer. Plutôt mourir (|ue se déshonorer. Plutôt vivre que de mourir. Plutôt vivre que mmrir.
*^^ N° DCCLXV. ss^^<^-
Sauf, excepté.
Saur.
Sauf erreur de calcul, le compte se monte à 10.000 fr. iCité par Lemaue.)
Il lui a cédé l<>ut son bien, sauf ses rentes, sauf une terre, sauf sma prétçutinns sur celle chose.
(ACADKMIK.)
Excepté.
Tout est grand dans le temple de la faveur, ex-> ceptd les portes, qui sont si basses, (jn'il laiit y entrer en rampant. (Iîe Lrvis.)
... Les femmes ont coutume d'oublier Tous leurs adorateurs, excepté le premier.
(DlCMOLSIlKIl.)
Sauf e,i excepté sont doux mots essentiellement adjectifs et que les grammairiens ont ranf^és au nombre des prépositions, parce qu'ils en jouent ici tout-à-fait le rôle. L'un et l'autre caractérisent un rapport do séparation ; mais le premier, dans ce cas, est plus rarement employé que le second.
Il faut faire ccU, sanf meilleur avis.
On supporte loat, excepte le ridicale.
Hors, hormis.
ITore, Le ciel pardonne tout, hors l'inhumanité.
(CuÉNIER.)
Quiconque pour l'empire cul la gloire de naître, Renonce à cet honneur s'il peut souITrir un matlre; Hors ie trône ou la mort, il doit tout dédaigner ; C'est un lâche, s'il n'ose ou se perdre ou régner.
(COUNEILLE.)
Employez la raison dans les choses vulgaires; iMais, hors du temporel, en toutes les affaires De Dieu, de son église, elle est hors de raison.
(CliÉNIER.)
Hormis.
Que nos politiques apprennent une fois qu'on a de tout avec de l'argent, hormis des mœurs et des citoyens. (J.-J. Rocssead.)
Tout y est entré, hormis tels et tels.
(ACADÉMIE
L'habit des hommes chez les Maures du Ludamar diffère peu de celui des nègres, hormis l'insigne caractéristique de la secte mahométane, le turban.
(RlDLIOTHÈQCE DES VOVAGES.)
Hors et hormis sont deux prépositions qui marquent un rapport d'exclusion, et qui peuvent être ou non suivies de la préposition de; mais hormis n'en est suivi que lorsque son complément est, comme dans l'exemple de J.-J. Rousseau, 'employé dans un sens partitif.
Hors ceU Hori lai.
EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQVE.
Hori de U maitoa.
Hort de aona.
Rormii CCI gens.
Bormif cet choM*.
Hormis de rargcot.
Uormii do> frniu.
-*^€M»«s^g8a j^f» DCCLXVII. C833«*«£^^*
Sur, sus.
Sur,
Rien n'est si commun que d'ériger sa faiblesse en système, et de mettre ses goûts sur le compte de sa raison. (Lemontev.)
Sus.
Allons, brave Diderot, intrépide d'Alemberl courez sus aux fanatiques et aux fripons.
L'Académie dit que ces deux prépositions sur et sus signifient la même chose, mais que sus n'est plus guère en usage que dans cette phrase : On a enjoint à tous les bâtiments de courir sus aux ennemis.
Sus, dit elle encore, joint à la préposition en, signifie par-delà: Il a touché des gratifications EN sus de son revenu.
EXERCICE PnRASEOLOGIQVE.
Se jz-ter jar quelqu'un.
-^^<' N' DCCLXA^III. o^^^<
Sur tout ET surtout comparés.
Sur tout.
Cet orateur est toujours prêt à parler sur tout. (Cité par Lbmare.)
N'imitons pas ceux qui trouvent à redire sur tout.
(Id.)
Surtout.
On en (des exemples) trouve toujours de tontes les
[espèces.
Surtout lorsque l'on cherche à flaUer ses faiblesses.
(La Chaussée.) L'amour aime surtout les secrètes raveuis; Dans l'obstacle ([u'oii force il trouve des douceurs.
(MOLIËRB.)
Sur /ou/ s'écrit en deux mots quand il signifie sur toutes choses : parler sur tout, c'està-dire sur toutes choses. Mais il s'écrit en un seul mot quand il signifie priiicipaîcment : nous aimons surtout qu'on nous (latte, veut dire nous aimons puincipale.men't qu'on nous (latte.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Aimer à parler sur tout.
Aimer â contredire sur tout.
Parlez, surtout parlez bien.
Ailei, surtout, ne vous amuseï pas.
>^^ms N« DCCLXIX. «^^^
Par ce que et parce que comparés.
Par ce que.
Par ce que ie vous dis ne croyez pas, madame, Que je veuille applaudir à sa nouvelle flamme.
(CORNKILLE.)
.. .. Et toi, fils de Vénus, Vois par ce que je suis ce qu'autrefois je fus.
(Delille.) Il y a deux mensonges, celui de fait, qui regarde le passé, et celui de droit, qui regarde l'averiir. .. Ces deux mensonges peuvent quelquefois se rassembler dans le même ; mais je les considère ici par ce qu'ils ont de différent. (J.-J. Rousseau.)
Parce que.
L'art de flatter, mon cher, est vieux comme le monde. Eve a péché; pourquoi? parce qu'on la flatta.
(Collin-u'Harleville.)
La plupart des honnêtes femmes sont des trésors Clichés, qui ne sont en sûreté que parce qu'on ne les cherciie pas. (La Rochefoucauld.)
Les fortunes promptes en tout genre sont les moins solides, parce qu'W est rare qu'elles soient l'ouvrage d'i mérite. Les fruits mûrs, mais laborieux, de la prudence, sont toujours tardifs. (La Bruvëue.)
Parce que, quoique écrit en deux mots, renferme les trois mêmes éléments que par ce. que; mais ces deux expressions ont reçu chacune une consécration particulière. Parce que en trois mots signifie d'après ce que : par ce que je vous dis ne croyez pas, etc., c'està-dire, d'ap)rès cequeje vous dis, ne croxjez pas, elc. Parce que en deux mots estunecotv jonction qui a le même sens qu'à cause que: Eve a péché; pourquoi? parce qu'on la flatta, c'est-à-dire à cause qu'on la flatta
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Par ce que je toi» dit, rojei \e parti fa* TOOi iTea • prrcilr*.
Le< roit ne sodI rntouréj de Uatteurt que parce (|a'ili ont <1ri [a k donner.
( 808 ) Pour ET quant à comparés.
Pour.
A moi sens, la gailé v.iut presque la sagesse. On (lit que c'est un don. Pour moi, je le confesse, J'en fais une vertu. (Imbekt.)
Pour moi, je ne vois rien de plus sot, à mon sens, Qu'un auteur qui partout va gueuser des encens; Qui, des premiers venus saisissant les oreilles. En fait le plus souvent les martyrs de ses veilles.
(MOLIËIIE.)
Pour moi, j'aime les gens dont Tàme peut se lire; Qui disent bonnement oui pour oui, non pour non.
(GllESSEX.)
Pour moi, je reconnais une saine raison.
(BOISST.)
Quant à.
Quant au mort, il semble que ce soit une douceur, et pour le survivant un mérite.
(D'Olivet, trad. de Cicrron.1
Si quelqu'un va lire Pindare ailleurs que dam l'original, il croira qu'Horace avait apparemment ses raisons pour exaller ce lyrique grec; quant à lui, il s'accommodera fort peu de tout ce magnilique appareil de mythologie qui accompagne les odes de Pindare. {L\ Hauph.)
()uan( àmot, jene pouvais rien dircdesemblable. (J.-J. Rousseau.)
Quant à moi. si je pouvais rassembler en un point ce que je souffre, j'en ferais le marché de grand cœur.
[Id.]
L'usage autorise à dire indistinctement pour moi, pour lut, pour nous, on quant à moi, quant à lui, quant à nous. Laveaux observe que ces dernières expressions sont du style familier. Cette remarque n'est pas juste, et les faits sont là pour la condamner.
Qu.tnt à mol. Ponr ce que vous peosei.
-^.^o N" DCCLXXI. ccr2sc*o< Pour, afin de.
Quaait il re que vous pensei.
Pour.
La clémence des princes n'est souvent qu'une politique pour f;agner l'affection des peuples. (La RociiEFOUCAULn.)
L'ambition ardente exile les plaisirs de la jeunesse pour gouverner seule. (Vauvenargues.)
Pour conserver un ami, il faut devenir soi-même capable de l'être. (.I.-J. Rousseau.)
Pour a((]uérir la perfection de l'éloquence, il faut avoir un fond de bon sens et de bon esprit, l'imagination vive, la mémoire lidéle, etc. ,
(Saint-Évremont.)
Afin de.
Mon galant ne songeait qu'à bien prendre son temps, Afin de happer son malade.
(La Fontaine.) Quand on ne se méfie pas de ses opinions, on n'a pas besoin de leur cherclier de l'appui et des défciiseuis; on veut convaincre les autres, afin de se pcr suader soi-même. (Pensée de Baco.x )
L'ennui est un mal si singulier, si cruel, que l'homme entreprend souvent les travaux lis plus pénibles, afin de s'épargner la peine d'en être tourmenté. (Le chev. de Jaucouht.)
Pour et afin de désignent également le motif, la cause ou la raison pourquoi on fjii! telle ou telle action. Il semble que le premier de ces mots convient mieux lorsque I;i chose qu'on fait en vue de l'autre en est une cause plus infaillible, et que le second csl plus à sa place lorsque la chose qu'on a en vue en faisant l'autre en est une moins nécessaire. On tire le canon sur une place assiégée powr y faire une brèche, et afin r/. pouvoir la prendre d'assaut ou de l'obliger à se rendre.
Pour regarde plus particulièrement un effet qui doit être produit; afin de regarde pro prement un but où l'on veut parvenir. Ces deux prépositions peuvent se placer au prc mier ou au dernier membre d'une période.
( 800 ) EXERCICE PHRASÉOLOGIQDE.
11 faul aimer pour tire aime à «on lour. Tr«vaill.>i a(in d'clre liriireiii.
Panr ctr« eitinié il faut eue «timaLle. AIJu de o'avoir rieo à vous reprocher, ne cemmettet tucuac mtuvtiie :ii'h<
Renommé par, renommé pour
Par.
Qu'un crime ait ou non du succès, il est toujours un crime; mais s'il ne réussit pas, il est de plus une sottise. Que de sots, à ce compte, chez le peuple le plus renommé par son esprit! (Dk Donald.)
Pour.
L'homme le plus adroit, eût il m^me vdcu Cinquante ans. renommé pnur sa haute prudence; D'un siècle tout entier eût-il Icxpérience, S'il veut se mettre en tète, et s'avise, en un mot. De garder une femme, il ne sera qu'un sot.
(Fauue d'Églantine.)
D'après ces exemples, on peut dire renommé par ou pour son esprit, renommée par ou POUR sa prudence.
Renommé par se dit généralement quand la cause du renom est constante, et ne dépend ni de la vogue ni du caprice : Plombières et Barrêges sont des lieux re.vom.més par leurs eaux minérales. Renommé pour se dit quand le renom ne lient qu'à quelques considérations particulières dégoût et de fantaisie. Verdun est renommé pour les bonnes dragées, Reims pour le pain d'épices.
EXERCICE PHRASÈOLOGIQUE.
Le Français ett renommé par son esprit. Cet hoijtme est renommé par son avarice.
Bordeaux est renommé pour ton anitette.
Cognac est renommé pour ses eaux-de-vie.
N" DCCLXXIIL
Par terre, à terre.
Par terre.
A peine fut-il étendu par terre, queje lui tendis î m.iin pour le relever. (Fé.>islo>.)
Êles-vous ici près, monsieur, tombé par terre? (Voltaire.)
À terre.
Dientdt elle met les mains à terre, et s'avance ainsi jiis(]u'a mes pieds. (CuATEAlIBnIA^D.)
Venclao et Nassoute posent à terre le lit du blessé, et mettent un bâton de houi dans la main gauche du frère d'Amélie (id.)
Par terre se dit d'un corps qui touche à la terre ; à terre, de tout ce qui n'y touche pas.
CUl arbrp était tomljé par terre
l.r» fi-ifls (le l'arbre loinbait-ut à leiic.
-^:<> N« DCCLXXIV. o^^^
En campagne, à la campagne.
En campagne.
Enfin, après un vr^in essai, II va trouver la goutte. Elle él.iit en campagne. Plus malheureuse mille fois Qi.e la malheureuse ar.ifjiie.
(La Fomtaink.) On dit que Camille ne mena jamais d'armée en canipaqne sans la ramener comblée (ie gloire et chargée de butin, (Anqcktil.)
Cette convention faite, nous nous mîmes en campagne. Nous nous donnâmes d'abord de grands mouvements sans pouvoir rencontrer ce que nous cherchions. (LkS\gb.)
Être en campagne, en parlant d'un particulier, c'est être en voyage. (Lavkaux.)
A la campagne.
Je suis venu à la campagne, me dil-II, pour faire plaisir à la maîtresse de la maison, avec laquelle je ne suis pas mal. (MoNTBSQCiBn.)
Sauvons-nous à la campagne, allons y chercher un repos et un contentement que nous n'avons pu trouver au milieu des assemblées et des divertissements. (J.-J. KOLSSEAL'.)
Tes femmes ont été huit jours à la campagne, à une de tes maisons les plus abandonnées.
(Montesquieu.)
Mon cher Usbeck, je crois que lu veux passer ta vie à la campagne. i^Id.)
Ainsi que nous l'enseignent ces exemples, il faut bien se garder de dire en campagne pour à la campagne; car l'usage a consacré à chacune de ces deux opressions une signification difFérente.
Etre en campagne, c'est être en mouvement, c'est voyager : ces troupes sont en campagne, ce négociant est en campagne.
Etre à la campagne, c'est être ou à la promenade dans la campagne, ou dans une maison de campagne pour y séjourner quelque temps : l'été tout le monde va a la campagne. Cependant J.-J. Rousseau, dans ce cas, a souvent dit en campagne: mais les exemples qu'il en fournit dans sa correspondance ne sont pas à imiter.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
L*armce était alors en campagne.
Ces marchands sont en campagne.
Toute la famille est à la campagne.
Dèa les premiers beaux jours le monde se rend à la campapne
-->^..^ ]N« DCCLXXV. o^^<
Malgré comparé avec malgré que.
Malgré.
Malgré la vue de toutes nos misères qui nous touchent et qui nous tiennent à la gorge, nous avons un instinct que nous ne pouvons réprimer, qui nous élève. (Pascal.)
Le monde est une comédie:
Malgié l'intérêt que j'y prends.
Je m'en amuse, et j'étudie Les ridicules différents. (Favart.) Mon estime toujours commence par le cœur. Sans lui l'esprit n'est rien, et, malgré vos maximes, II produit seulement des erreurs et des crimes.
(Gresskt.)
Malgré que.
On n'a besoin d'élever que les hommes vulgaires, leur éducation doit seule servir d'exemple à celle de leurs semblables. Les autres s'élèvent malgré qu'on en ait. (J.-J. Rousseaj;,)
Malgré qu'on en ait, nous vouions être comptés dans l'univers, et y être un objet important.
(Montesquieu.)
Pénétrée du regret de sa mère, elle voudrait vous oublier; et malgré quelle en ait. il trouble sa conscience pour la forcer de penser à vous.
(J.-J. Rousseau.)
Malgré doit toujours avoir pour complément un substantif: Malgré la vue, malgré
( 811 ) l'intérêt général. Cependant cette préposition se construit avec que dans l'expression consacrée malgré qu'il en ait, c'est-à-dire mauvais gré qu'il en ait. Hors de là, ce serait une faute. En effet, si l'on construisait malgré que avec un verbe autre que avoir, on n'obtiendrait plus /a môme analyse.
3Ialgré mon intérêt.
Malgré son devoir.
EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE
Malgré qu'on en ail.
Malj^re qu'ils en aient
Malgré lui.
Malgré nous.
DE LA RÉrÉTITïON DES PRÉPOSITIONS.
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