‹ Grammaire nationaleChapitre 605 sur 643 · JVÏ RÉPÉTÉ OD NON RÉPÉTÉ · texte numérisé non relu

JVÏ RÉPÉTÉ OD NON RÉPÉTÉ

Ni 3H0N RÉPÉTÉ.

Le soleil n< la mort ne se peuvent regarder fixement. (La IlOCUEFOtICAULU.)

Quoil le ciel ni l'enfer n'ont rien qui l'épouvante? (Tn. Corneille.)

La volupté ni la mollesse ne peuvent contenter nos cœurs. (Lebrun.)

Dans son cœur malheureux son image est tracée : La vertu ni le temps ne l'ont point eiïacée.

^Voltaire.)

L'absence ni le temps n'effaceront jamais De son cœur affligé le prix de vos bienfaits.

(LONGEPIEKRE.)

Ni RÉPÉTÉ.

Ni l'or, ni la grandeur ne nous rendent heureui. (La Fontaine. \ Ni ma santé, ni mon goût, ni mes travaux, ne me permettent de quitter ma douce retraite.

'.Voltaire.) Ni le reproche, ni la crainte, ni l'ambition, ne trouble les instants d'un hotiiiôte iioinrne en place.

(Maiimo>tel.) Ni la bienfaisance, ni l'humanité, ni son devoir, ne lui permettaient de venir faire à sa sœur une telle insulte. (/li.)

Ni sa jeunesse, ni les charmes de Calypso et de ses nymphes, ru' les traits enflammés de l'Amour, n'ont pu surmonter les artifices de Minerve.

(FÉNELON

Nt s'emploie dans les phrases négatives, et, comme on le voit, il peut ou non se répéter. Lorsqu'il est répété, la phrase en acquiert une bien plus grande énergie.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Les sciences ni les lettres- Son père ni lui. • •

Wi les sciences ni les loUris.

Ni vïp pare Di lui .

**^^?> ]X« DCCXC. ^^^^

Ni SUIVI ou NON SUIVI DE pas OU DE potnt.

SUIVI DE pas ou DE point.

Buchanan ni Grotius ne l'ont pas fait dans leurs poèmes. (Coiineille.)

Dans son cœur malheureux son image est tracée ; La vertu ni le temps ne l'ont point effacée.

(Voltaire.)

Mais l'un ni l'autre enGn n'était point nécessaire,

(Racine.)

SANS pas ou point.

Ni Buchanan ni Grotius ne l'ont fait dans leurs poèmes.

Son image est tracée dans son cœur : ni la vertu ni le temps ne l'ont effacée.

Ni l'un ni l'autre enfin n'était nécessaire.

Dans ces sortes de phrases il est plus élégant de supprimer pas et point et de répéter ni. (V. le chapitre des Adverbes.)

EXERCICE PUn.iSÉOLOGIQUE.

Il necnltiTC pas les Idlics ni Irs sciences Cet enfant n'est jias insiiuil ni modeslc. n n'agit V" l'-nlenienl ni piu.Unimenl

l\ ne cuhive ni les lellrcs ni les scieocv*. Cet enl.iiU n"e5t ni instruit ni mo.lestc '.1 n"a-it ni lentement ni piudemnienl.

^ N" DCCXCT. ^y

E.MPLOl DE et OU DE Ht DANS LES PURASES NÉGATIVES.

AVEC et.

Ce qu'on ne peut plus recouvrer, il faut le savoir perdre; et les pleurs et la rage Ne le font pas récupt^rer.

iFra?cçois de Neufchateac) Hélas! j'ai beau crier et me rendre incommode, L'ingratitude et les abus N'en seront pas moins à la mode.

(La Fontaine.) Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers ei vos chiens. (/ci.)

Rien n'est si aisé et si commun que de calomnier à demi-mot, et rien n'est si difficile que de repousser cette espèce de calomnie. (La Harpe.)

Les animaux n'inventeiik et ne perft^^'Jonucnt rien. (Buifon.)

Nos langues n'ont pas l'harmonie et la précision des langues anciennes. (JIarmontel.)

Le sénat et le peuple romain n'oublient ni les services ni les injures. (Vertot.)

Sinon, ni ton corps ni ton âme N'appartiendront plus à ta dame.

(La Fontainh.)

Et les soins défiants, les verroux et les grilles, Ne font point la vertu des femmes ni des filles.

(Molière.)

S'ils n'ont point d'armes ni de chiens, il continue à marcher d'assurance. (Huffon.)

On n'est jamais si heureux ni si malheureux qu'on se l'imagine. (La Rocuefoucalld.)

Les fjrands ni les rois ne peuvent se perdre ni se sauver tout seuls. (Massillo.n.)

A la table de Cléoméne, il n'y avait point de musique ni de concert. (Montesquieu.)

. . . Quand le mal est certain, La plainte ni la peur ae changent le destin.

(La Fontaink.)

Les grammairiens ont fait une règle par laquelle ils excluent et des jihrases négatives, et veulent le faire remplacer par ru". Les exemples de la première colonne et des milliers d'autres que nous pourrions citer donnent un démenti à cette règle. Lorsqu'on énumèro plutôt qu'on n'additionne, ni convient mieux : Ni ton corps ni ton âme; Uortense ni Damis ; des femmes ni des filles. Et, au contraire, s'emploie quand il s'agit plutôt d'additionner que d'énumérer : et les pleurs ET la rage ne h font pas récupérer ; c'est-à-dire ces deux choses ensemble, les pleurs et la rage, ne le font pas récupérer. La Fontaine CHflfiule aussi les objets lorsqu'il dit : L'ingratitude et les abus; vous, vos bergers et vos chiens.

Boniface pense que, dans les quatre derniers exemples de la première colonne, l'emploi de ni, conforme à l'usage le plus général, serait préférable.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

Les pleurs et la rage ne. . .

Le bien et le mal ne.. .

L'ingratitude et les abus ne.

L^or et la t^randeur ne. . .

Les pleurs ni la rage ne. . .

Le bien ni le mal ne...

L'ingraîituJe ni les abus ne.

L*or ni la grandenr ne. . .

..^^oix^DCCxcn.

EMPLOI DE m APRÈS SaUS

Sans RÉPÉTÉ.

Les plus charmantes retraites ne plaisent guère SANS Bacchus et sans Cérès. (Le Sa<.e.)

Sans HE.MPLACÉ par tii.

Un ennemi, dit un célèbre auteur, Fst un soigneux et docte [iréce|)tcur.

Fâcheux parfois, mais toujours salutaire, Kl (jui nous sert sans gages ni salaire.

(J.-B. KousâgAC.)

Sifi

OiieliiMPs ■•iborigciu's, os[ièfe de sauvages, vivtMil indépeiKiaiits cl isolés, sans Inis et sans gouvenieriient. (Dciuîau de la Mallk.)

Faites ce ch;!ngement sans retard et sans bruit.

(Raynoi'ard/

Sans ioie et sans murmure elle semble obi'ir.

(Racine.)

Assis le plus souvent aux portes du palais, Sans se pl.iindre de vous ni de sa destinée,. Il y traîne, seigneur, sa vie inCortuiiéc.

(Racink.) Il la trouve sans peine ni travail. (Buffow.)

Sans crainte m pudeur, sans force ni vertu.

(Racine.)

Comme on le voit, on peut dire: sans lîacchus et sans Cérès ; sans lois et sans gouvernement ; sans retard et sans bruit; ou, pour éviter la répélition de sans; sans gages Ni salaire, sans peine Ni travail, etc. C'est à l'oreille à décider si la répétition de sans doit ou non avoir lieu.

Les exemples où ni se trouve employé sont peut-être les plus nombreux; en voici quelques autres à l'appui de ceux que nous avons déjà cités :

Un roman, sans blesser les lois ni la coutume, Peut conduire un héros au douzième volume.

(UOIIKAU.)

Tarquin prit la couronne sans ôtre élu par le. sénat 7ii p.ir le peuple. (Mdntesol'ieu.)

On arma tous les habitants sans distinction de Fexe ni d'âge. (Dp Ségur.)

Vous perdrez ainsi la confiance de vos amis sans les avoir rendus ni meilleurs ni plus habiles.

(VOLTAIIIK )

Je reçus et je vois le jour que je respire, Sans que père rit mère ait daigné me sourire.

(Racine.) Dans les rêves , les sensations se succèdent sans que l'âme les compare ni les réunisse,

(BUFFON

Dans la phrase suivante Fénelon a fait usage seulement de e/ après sans:// n'y apoinl de véritable vertu sans le respect et l'amour des dieux.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.

Sans force et ï-an*i vertu.

Voiria mort sans la craindre el sans la désirer.

Sans apprêt et s.ins jirclention.

Sans force ni vertu.

\oir la mort sans la craindre ni la désirer.

Sans apprêt ni prétention.

>^^^Q N° DCCXCUI. ^^'

Ni après empêcher, défendre.

Nous DÉFENDONS quc VOUS insuUicz au malheur, tt que VOUS lui refusiez voire assistance.

(Cité par HoiNVU.i.iEns.)

Le ministre A empécué que cet opuscule ne fût imprimé, et qu'il ne circulât manuscrit. (Id.)

Nous pourrions, par un prompt achat de cette esclave, Empêcher qu'un rival nous prévienne et nous brave.

(Moi-lfeRK.)

Lui-m(*me en mesura le nombre et la cadence, Défendit (ju'un vers faible y put jamais entrer, iVi qu'un mot déjà mis osât s'y remontrer.

(ROILEAU.)

Bientôt ils défendront de peindre la prudence, De donner à Thémis ni bandeau ni balance.

(M.) J'EMPÊcnE que, pendant le reste de l'année, or appelle quelqu'un en jugement pour cette aiïaire, ni qu'on le mette en prison. (Verïot.)

«Quand \qs \cvhos empêcher, défendre, etc., sont employés affirmativement, il faut, disent la plupart des grammairiens, se servir de et à la place de ni, dans la proposition additionnelle. »

Les exemples delà seconde colonne nous font assez, voir le peu d'exactitude de cettr règle.

En effet, ils nous prouvent qu'on peut se servir de ni par syllcpse, après une expression de défense ou de privation; ce qui équivaut en (Quelque sorte à une idée négative.

Il serait d'autant plus rigoureux do condamner o« exemples, qu'on en trouve en {jrand nombre dans la plupart de nos meilleurs écrivains

Nous croyons même avec Boniface que je vo^i s défends d'oiivnr la porte ni la fenêtre, a un tout autre sens que je vous défends d'ouvrir la porte et la fenêtre.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQUE

le voiij défends de sortir et de jouer.

Je vous défends de sortir ni de jouer.

Ni SUIVI DE ne.

Un sot ni n'entre, ni ne sort, ni ne se lève, ni ne se tait, ni n'est sur ses jambes comme un homme d'esprit. (La Bruyère.)

Son grand cœur ni ne s'aigrit, ni ne s'emporte contre elle. (Rossuet.)

. . . Pour vivre exempt de chagrin, Il faudrait ne voir ni n'entendre.

(Nivernais.)

C'est parce que les animaux ne peuvent joindre ensemble aucune idée, tju'iis ne pensent ni ne \)ut~ lent; c'est par la même raison (ju ils n'inventent ni ne perfectionnent rien. vBl'ffon.)

Jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, »it ne s'en crut plus indigne.

I^BOSSCET.)

« Lorsque plusieurs verbes se succèdent, dit Boinvilliers, l'adverbe négatif ne tient lieu ordinairement de ni avant le premier verbe : // ne boit ni ne mange ; je ne veux, ni ne dois, ni ne puis vous obéir. Quoique Bossuet ait dit : Son grand cœur ni ne s'aigrit, ni ne s'emporte contre elle, nous aimons cependant mieux dire, avec tous les autres écrivains. Son grand cœur ne s'aigrit ni ne s'emporte contre elle. »

Boiste pousse le rigorisme beaucoup plus loin.

« Quoique l'usage et les grammairiens, dit-il, permettent do placer immédiatement après le ni un ne pour lier deux propositions négatives, comme dans cette phrase do Bossuet: jamais pécheur ne demanda un pardon plus humble, NI NE s'en crut plus indigne, l'harmonie réclame contre cette permission, qui produit des consonnances désagréables, comme le ni ne s'en crut plus, échappé <^ la plume éloquente de ce grand orateur, qui préférait à l'harmonie la force de l'expression. Ce son désagréable et bizarre, ni ne s'en, le serait plus encore si le ne se trouvait suivi du verbe avoir, et que l'on eût dit: ni n'a crti en être plus. Celui qui sait mouvoir sa langue et sa plume trouvera des tournures de phrases moins choquantes, w

Boiste voudrait donc qu'on remplaçât ni ne par et ne, comme Massillon l'a fait dans celte phrase : La religion n'abat et ^'amollit point le cœur; elle l'ennoblit et l'é'ève.

C'est une affaire de goût et d'harmonie.

EXERCICE PHRASÉOLOGIQVE.

n o© voil ni nVntcnd.

Il ne parle ni ne bon

><î^^^o ^^ DCCXCY. <^^^^'

Ni AU LÎKU DE et DANS DES PHRASES AFFIRMATIVES

Fût-il vingt foi.s plus larron que Sisyphe, Kt plus damné qu'Hérode m Caiphe.

(J.-H. Rousseau.)

1' Gardez donc de donner, ainsi que dans (Mélie, L'air ni l'esprit français à l'antique Italie. (BOIIKAP.)

Il ne faut pas qu'il y ait Irop d'imagination dans nos conversations ni dans nos écrits.

(La lîuLVÈnE.)

La fortune y aurait plus de part que sa valeur ni sa conduite. .Fontekelle.;

Plus dangereux flf^au que la peslc ni la guerre.

(IJiULEAU.)

. . . Plus glorieux, plus crwinl dans ses défaites, Que Dunois ni Gaston ne l'ont jamais été.

(.VOLTAinE.)

La plupart des grammairiens regardent comme une faute lo ni des phrases qui précèdent; suivant eux, les écrivains, pour parler purement, auraient dû employer et.

Nous nous permettrons de leur objecter que les écrivains font usage de ni au lieu do cf, lorsque la phrase, en apparence affirmative, renferme une idée négative; alors il y a syllepse, et condamner ces exemples, c'est tomber dans le purisme, c'est vouloir appauvrir notre langue.

Si nous analysons les vers de Voltaire, nous trouvons : plus craint qne Dunois ne l'a ÉTÉ, que Gaston ne l'a été. Qui empêchait l'écrivain de mettre et? Rien ; son goût seul a donc décidé, car on ne peut l'accuser d'ignorance.

Le passage de J.-B. Rousseau est un abrégé de : plus damné que ne h sont Ilérode ni Caiphe: on a condamné ce passage, parce qu'on n'a pas songé à rétablir l'ellipse.

Dans la phrase suivante, Marmontel s'est servi de et: Rien déplus naturel et de plus doux que de participer aux malheurs de ses amis; il aurait tout aussi bien pu mettre m', s'il l'eût voulu.

son ficre et von

Plus aimable que son frère ni vou.i.

OU --^^^^o ^° DCCXCYï . ^^^^^-^

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