X. Que POUR autrement que
Pour moi, grand ennemi de leur art hasardeux. Je ne puis cette fois que je ne les excuse.
(Boileau.)
Quant aux volontés souveraines De celui qui fait tout, et rien gw'avec dessein , Qui les sait que lui seul? Comment lire en son sein? Aurait-il imprimé sur le front des étoiles Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles?
(La Fontaine.)
Dans ces exemples, que, suivant les uns, est pour si ce n'est, et, suivant les autres, pour autrement que. Tous se trompent également : que est tout simplement employé ici d'une manière elliptique. Je ne puis cette fuis que je ne les excuse est un abrégé de: Jene puis (faire autrement) cette fois (a moins) que je ne les excuse. — Quant aux volontés dt celui qui fait tout et rien Q\]'avec dessein, qui les sait QUE lui seul? c'est-à-dire : quant aux volontés de celui qui fait tout et (qui ne fait) rien (autrement) qv' avec dessein, (quel est celui) qui les sait (autre) que lui seul? C'est faute de n'avoir jamais rien analysé que les grammairiens ont donné à certains mots des propriétés tout-à-l'ait imaginaires
Xï. — Que POUR ce que.
SANS ellipse.
f)n ne sait plus ce qu'est devenue cette formidable armée. (Uossuet. )
AVKC ELLIPSE.
F.h bien! de mes desseins Rome encore incertaine Attend que deviendra le destin de la reine.
'Racine.)
i)e ce que l'usage permet d'eliipser quelquefois l'adjectif ce devant que, les grammairiens en concluent l'ausscmenl que cette conjonction, dans les vers de Racine, est employée peur ce que.
Dire que notre que s'emploie avec différentes sortes d'ellipses, plus ou moins grandes, répéterons-nous en terminant avec Leniare, c'est annoncer une vérité attestée par dos faits innombrables; mais ce n'est point là admettre plusieurs sortes de que, ni prétendre que ce mot se substitue à tels ou tels autres.
EXERCICE PHRÀSÉOLOGIQVE.
Se ne sors pas qu'il no m'ait payé. Qu'avez-vous, que vons êtes triste?
M iremijle encore que le danger est passé. \cnc2, que je vous le montre.
-^^^^m> 1^0 DCCCXllI. G^^—
DES EXPRESSIONS que je crois, que je pense.
ïî en a fait serment, que je pense, à la cour.
(Regnard.)
La mère d'un amant qui nous plaît, qui nous aime. Est toujours, que je crois, reçue avec plaisir.
(Voltaire.)
Que je crois, que je pense, sont des abrégés de à ce que je crois, à ce que je pense. Il avait, à ce que je croîs, étudié la question toute la matinée. (Pascal.)
Ces expressions ne sont plus d'usage ; on dit aujourd'hui : ce me semble, selon moi, ou
à ?!f qu'il semble :
Et bien qu'on soit, à ce qu'il semble.
Beaucoup mieux seul qu'avec des sots. (La Fontaihb.)
-^^^^M^ N° DCCCXIV. ^^^—
Avant de et avant que de.
Avant de.
Les tyrans ont toujours quelque ombre de vertu ; Ils soutiennent les lois avant de les abattre.
(Voltaire.) S'éloignera-t-on de la cour avant d'en avoir tiré le moindre fruit? (La Brcvère.)
Il meurt avant d'avoir pu passer le Jourdain.
(Massillon.)
Va, vole, Corasmin ; que l'infidcle meure! Mais avant de frapper... Ah! cher ami, demeure!
(Voltaire. )
Laquelle de ces deux locutions, avant que de ou avant- de, doit-on préférer? Les gram- ^'nairicns et les écrivains sont trcs-partagés d'opinion, et l'on peut aujourd'hui choisir entre l'une et raulre». Néanmoins avant rfe s'emphiie plus fréquemment. Féraud fait observer qu'il ne faut pas mettre indifFéremmcnt avant que avec le subjonctif, et avant que de ou avant de avec l'infinitif, quand cet inlinilif .se rapporte au sujet de la proposition. Je lui aipayé cette somme av.\nt que ve PAinia un avant de partiu ; c'est-à-diic.
Avant que de.
On doit se regarder soi-même un fort long temps, Avant que de songer à condamner les gens.
(Molière.)
Avant que de louer, j'examine longtemps; Avant que de blAmer, même cérémonie.
(Gresset.)
Avant que de désirer fortement une chose, il faut examiner le bonheur de celui qui la. possède.
(Saint-Évremont.)
Avant que de se jeter dans le péril, il faut le prévoir et le craindre. (Fénelon.)
f SM ^ avant que je partisse; mais si l'on voulait parler du départ de celui à qui l'on a payé la somme, il faudrait dire : Je lui ai payé cette somme avant Qu'il partît, ou avant son départ, et non pas, avant de partir.
On trouve quelquefois la particule de supprimée. En Toici quelques rtempics.
Avant qvesQ livrer à trop de sentiments,
Il faut un peu voir clair, et connaître ses gens.
iPoiSSON.)
Laissons venir la fWe avant que la chômer.
(Molière.)
Mais avant que partir je me ferai justice.
(Racine.) Faut-il toutefois vaincre avant que triompher.
(Corneille.) Pour me justifier avant que vous rien dire.
Cette licence n'est plus permise aujourd'hui.
EXERCICE PHRÂSÉOLOGIQUE.
Ayant de partir.
Avant <le parler.
Avant que de partir.
Avant que de parler.
DE QUELQUES GALLICISMES PRODUITS PAR LA CONJONCTION que.
SANS que.
C'était un plaisir assez vif pour David de chanter sur la lyre les louanges du Seigneur.
(Massillon.)
Quel plaisir de vous voir et de vous contempler!
(Racine.)
L'expérience est le bâton que la nature a donné à nous autres aveugles jiour nous conduire dans nos recherches; nous ne laissons pas, avec son secours, de faire beaucoup de chemin ; mais nous ne pouvons manquer de tomber, si nous cessons de nous en servir. (M"'« du Chatelet.)
AVEC que.
Cest une maladie d'esprit que de souhaiter des choses impossibles. (Fénelon.)
Quel plaisir que de revoir sa patrie!
(Cité par Noël.)
Vous savez que les poètes se piqucîU d'être prophètes; mais ce n'est que dans l'enthousiasme de leur poésie qu'ils le sont; et M. Despréaur. parlait en prose : ses prédictions ne laissèrent pas néanmoins que de me faire plaisir. (Racinb.)
L'usage, comme on le voit, permet de dire : C'est peu que de ou c'est peu de ; c'est un plaisir que de ou c'est un plaisir de ; c'est être sage que de ou c'est être sage de ; quel plaisir que de ou quel plaisir de; rc laisser pas que de ou ne laisser pas de. C'est le goût qui décide du choix que l'on doit faire de l'une ou de l'autre de ces expressions.
Boniface observe que l'emploi de la conjonction que donne plus d'énergie à l'expression .
Après ne laisser pas les auteurs ont presque généralement supprimé que. En voici plusieurs exemples :
Ne laissons pas cependant de publier ce miracle de nos jours. (Bossuet.)
Ceux qui s'en plaignent tous les jours ne laissent pas de s'y plaire. (Flécuier.)
Lorsqu'il semblait céder, il ne laissait pas de se faire craindre. [Id.)
Ne laissons pas, ,!ii la perdant, d'adorer la main qui nous l'enlève. (Flécuier.)
Au sein des grandeurs, il ne laisse pas d'aimer l'opprobre de Jésus-Christ. (Massillon.)
Il est pauvre, mais il ne laisse pas d'être honnête homme. (Académie,;
L'emploi de que après c'est a déjà été traité ailleurs.
EXERCICE PHRASÉOLOG-QUE.