LA NÉGATION
11 n'existe réellement en français qu'une seule négation essentielle qui est ne\ dans le français moderne on doit presque toujours l'accompagner de pas ou de point.
Le substantif pas représente, à proprement parler une petite distance égale à une enjambée; le substantif point représente le point métaphysique que l'on considère en géométrie. Ne . . , pas, ne . , . point n'étaient usités primitivement qu'avec des verbes exprimant le mouvement: il n'avance pas (= il n'avance d'un seul pas), il ne bouge point (= il ne bouge d'un seul point). Peu à peu l'emploi de ne , . . pas et ne . . . point a pris de l'extension et ces deux locutions ont fini par pouvoir accompagner tous les verbes, quel qu'en fût le sens et lors même que ces verbes n'avaient aucun rapport avec l'idée de mouvement. Ex.: Il ne parle pas, il ne dort point.
Le vieux français joignait souvent à ne beaucoup d'autres noms que pas et point; c'étaient surtout des noms représentant des objets de peu de valeur. Tels étaient: goutte, signifiant une très petite quantité de liquide, et mie qui voulait dire une miette. "Il ne boit goutte'\ c'est-à-dire, il ne boit pas même une goutte; "je ne mange m/^", c'est-à-dire, je ne mange pas* même une miette. L'emploi de goutte et de mie ont une extension analogue à celle de pas et de point. Ne . . . mie est complètement tombé en désuétude; cependant on le trouve encore dans La Fontaine.
Goutte sert encore avec les verbes voir et entendre; je n'y vois goutte (= je n'y vois rien), je n'y entends goutte (= je n'y entends rien).
Ne employé seul est Texpression négative la plus faible, mais n'est employé seul que dans certains cas. Ex.:
Je ne puis commander au trouble qui m'agite.