DISTINCTION DES AUXILIAIRES AVOIR ET ÊTRE
327. Les auxiliaires avoir et êtr'e expriment l'un et l'autre un état; avoir n'est pas une action. Avoir mangé, être venu, c'est proprement être dans l'état qui succède à l'action de manger, à l'action de venir.
328. Théoriquement, l'auxiliaire avoir suppose un complément direct, car ce verbe ne peut s'employer sans régime (au moins sous-entendu). C'est au complément de l'auxiliaire avoir que se rapporte le participe passif du verbe qu'il sert à conjuguer; j'ai mangé une pomme s'analyse à l'origine : j'at une pomme mangée. Donc, en principe, avoir ne devrait être l'auxiliaire que d'un verbe ayant un participe passif, c'est-à-dire d'un verbe transitif, et l'auxiliaire être devrait être réservé aux verbes intransitifs. Une douzaine d'entre eux continuent à se conjuguer avec e/re mais avoir tend à devenir l'auxiliaire unique.
Les verbes qui expriment un état sont en général intransitifs. C'est comme intransitifs qu'ils s'accommodent particulièrement bien de l'auxiliaire être, et non parce que l'auxiliaire avoir impliquerait l'idée d'action. Quand on dit « il est parti hier », ce n'est pas un état qu'on exprime.
329. Quelques verbes intransitifs sont dans la période d'hésitation entre l'auxihaire être et l'auxiliaire avoir, et la langue en prolite pour rendre des nuances de signification par la préférence donnée à l'un sur l'autre. Ainsi demeurer au sens de « habiter » prend
PRi: M IKRE CONJUGAISON 171
l'auxiliaire avoir : j'ai demeuré dans ce quartier. Le même verbe, au sens de « continuer à être » se conjugue avec être : « il est demeuré trois ans mon ami. »
330. C'est sur la fausse conception des auxiliaires considérés comme représentant l'un l'état, l'autre l'action, que repose la distinction subtile de Ménage, encore admise par l'Académie : « On doit dire Monsieur a sorti ce matin et non est sorti, pour faire entendre qu'il est sorti et revenu. » En réalité, on ne dit pas « Monsieur a sorli »; si on veut faire comprendre qu'il est rentré, on dit qu'il est rentré.