‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 37 sur 141 · A NASAL · texte numérisé non relu

A NASAL

çait à l'origiiie è-n'. La préposition et l'adverbe en (latin in-et inde), que nous prononçons an, se sont jadis prononcés é-n. L'é (issu d'un e ou d'un i bref latin) est aujourdliui nasalisé sous forme d'à nasal (') ; mais, dans les mots dont nous parlons, on a continué à l'écrire par e : en, vent, parent, etc.

74. En principe, le son an s'écrit donc en quand il se trouve dans un mot qui, en latin, avait un e ou un i et non un a. Mais il y a de notables exceptions. Ainsi, en vertu d'une assimilation qui remonte à l'origine de la langue, nous écrivons par un a tous les participes présents (et leurs dérivés), même ceux qui en latin se terminaient par entem : plaisant (placentem) et plaisance, répondant (respondentem), voulant (volentem), etc., etc. Mais les participes latins en entem et les dérivés de ces participes, qui ont été introduits en français isolément, c'est-à-dire sans les verbes dont ils dépendaient, s'écrivent généralement par en ('^) .• latent, occident, pénitent, pénitence, urgent, urgence, providence, incident, etc.

75. Parfois le verbe existe en français avec son participe écrit par an, mais le dérivé et même le participe employé adjectivement ou substantivement s'écrivent par en comme en latin : ainsi e.ristence, négligent et néijUgence à coté du participe négligeant, p)résident et présidence, différent et différence, etc. Si on voulait établir une distinction graphique entre le participe et l'adjectif, il eût fallu écrire aussi plaisent (place///em), suffisent (sufficieniem), offligenl, prétendent, lorsque

•I . Excepté après un i comme dans vient, rien ; voyez § 79.

2 Exceptez intendant (intendenlem) et intendance, ascendant (ascendenlem) et quelques autres ; « ascendant » a été influencé par « descendant. »

34 GUAMMAIRE RAISONNÉE

ces mots sont employés conmie adjectifs ou substantifs. Mais cette distinction est déraisonnable : noire participe différant et notre adjectif di/l'érejit, qui se rattachent l'un et l'autre au latin di/ferentem, devraient s'écrire l'un comme l'autre, car il n'y a là en réalité qu'un seul mot avec des emplois divers. Rien ne justifie non plus la double graphie pour les substantifs en ence, ance ; il n'est pas sensé d'écrire conférence (conferentia) autrement qu'assistance (assistentia).

76. Certains des adjectifs ou substantifs en ait dont nous venons de parler ont un i avant la terminaison ent prononcée ant ; or, partout ailleurs ien se prononce non pas ian mais iên liin), attendu que dans les formes d'origine populaire è précédé d'un i s'est nasalisé en en. Il en résulte que le groupe de lettres irn a une valeur dans lien, relient, contient et une autre dans quotient, patient ; comparez encore efficient et ancien, expédient, ingrédient et gardien, orient et galérien, etc.

77. En dehors même des participes et de leurs dérivés, l'orthographe actuelle écrit plus d'une fois par an des mois qui avaient en latin un e ou un / : sangle, jadis cengle (latin cingulum), langue (latin lingua), dans (de-intus), la préposition sans, jadis sens (latin sine), vendange (vindemia). Si nous consultons les manuscrits ou les éditions originales de nos classiques, nous trouverons souvent an dans les mots que nous écrivons par en. Corneille, Fénelon, La Bruyère, Racine, Voltaire écrivent avantu7'e (malgré le latin adventura) et ranger (latin vindicare ; com[)^rei revanche, qui est delà même famille). La Bruyère écrit soupante, paranthèse, M""*^ de Sévigné a des adverbes en mant et comancer, entandre, contante, tandresse, confidance, etc., etc.

On trouve chez Bossuet : atantat, cepandant, con-

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tantcr, contante?ncnt, contant, atantif, atantion, assambler, atandre, tandresse, pancher, commanccr.

Si on généralisait la substitution de an à en prononce an, les formes telles que couvent, expédient, seraient nécessairement des formes verbales (elles couvent, ils expédient), et ne se confondraient plus avec les substantifs couvent, expédient ('), qui s'écriraient couvant, expédiant. On conserverait en dans les mots où il sonne vraiment en (in) : appendice, benjoin, pensum, examen.

Il est bien évident que la seule graphie raisonnable de Va nasal est an.

Sur Ye nasalisé devenu a, voyez § 83.

E nasal.

78. Vi de l'ancienne langue française, en se nasalisant, est devenu è nasal ; il en est de même des anciennes diphtongues ai et ei, et comme on a conservé l'orthographe du temps oîi on prononçait réellement i-n', ai-n\ ei-n' , il en résulte que l'e nasal s'écrit aujourd'hui in, ain ou ein. Pin, pain et peint s'écrivent, comme ils se prononçaient jadis, de trois façons différentes.

79. Nous venons de voir que Vè s'est nasalisé sous forme d'à nasal, excepté, avons-nous dit, quand il était précédé d'un i, auquel cas il s'est nasalisé en è nasal: chien, rien, vient, mien, etc.; ajoutez : après e ou w dans lycéen, Eduen. C'est seulement dans ces mots que l'e nasal a une graphie logique. (Voyez §'6.)

1. On compte 17 adjectifs ou substantifs en ent qui peuvent ainsi m; confondre avec, des formes verbales. Voyez Didot, Observations sur l'( rthographe, 2* édition, p. 72.

3i) GUÂMMAItlE RAISONNÉE

Dans un certain nombre de mots savants, Yè nasal non précédé d'i s'écrit aussi en : agenda, pensum, etc.

Si on voulait adopicr une graphie unique pour le son è nasal, ce n'est ni ain, ni in, ni ein qu'il faudrait choisir. Car si, par exemple, radjcctif plein écrit par ei représente du moins une ancienne prononciation du mot, plin ne répondrait ni à la prononciation actuelle ni à l'ancienne ; la graphie rationnelle serait })lèn {fvmimn plcne). Mais d'autres réformes sont plus urgentes.

80. Dans les mots d'origine grecque on trouve le son en écrit //n. Un a cependant timbre par un i h côté de tympan par y. (Sur l'emploi de Vi/, voyez §§ 89-93.)

0 nasal et EU nasal.

81. L'o nasal s'écrit correctement on, sauf dans quelques mots d'origine exotique ou savante, comme punch, lumbago.

Il serait très naturel d'écrire lûnbago, ponch ; comparez ainidun qui vient de aniyliiin.

82. L'u en se nasalisant est devenu eu nasal, et on continue à écrire un comme lorsqu'on prononçait un u suivi d'7i. C'est un hasard si le même son s'écrit eun dans à jeun ; la graphie de ce mot s'explique non par une tendance phonétique, mais par l'ancienne prononciation je-un .

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