‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 38 sur 141 · VOYELLES A, E, I · texte numérisé non relu

VOYELLES A, E, I

Voyelle A.

83. La voyelle a s'écrit exceptionnellement par im e suivi d'une nasale dans femme, couenne, rouennerie et dans les adverbes terminés par cmment. Tous ces mots se sont jadis prononcés par an : fan-me, couan-ne rouan-nerie, ardan-ment, etc. L'è que chacun d'eux contenait s'était nasalisé sous forme d'« nasal (§ 73).

Le son É ou È 37

Puis il est arrivé que les voyelles nasales se sont dénasalisées, lorsqu'elles étaient suivies, — ce qui est le cas, — d'une consonne nasale prononcée. Mais Va nasal de ces mots, en se dénasalisant, est resté a et n'est pas retourné à sa forme primitive d'è. Le français fè-me (latin femina) est devenu successivement faii-me (qu'on écrivait femme), puis famé, et ainsi des autres mots ; mais on a conservé l'orthographe du temps où on prononçait fan-me. Pour la même raison printen-nier est devenu printanier, qu'on écrit phonétiquement. Montaigne recommandait à son éditeur d'imprimer famé; ainsi écrit M™^ de Sévigné.

A s'écrit e dans indemnité, qu'on devrait prononcer comme indemne ou écrire indamnité comme dam (à son).

Puisqu'on écrit « printrtiiier « malgré « prinleH(ps ", il n'y a pas de raison pour ne pas é(;riro rommerie malgré Rouen, et de même famé, coiiane, ardament, etc. Pour les adverbes il suffirait de dire, ce qui est l'expression de la vérité, que Va nasal qui termine les adjectifs en ant (ou enl) se change en a oral dans les adverbes en ment formés sur les adjectifs.

É ou E.

84. La plupart des mots qui s'écrivent par ai ou ci su sont jadis prononcés par a-\-y (comme dans l'interjection aïe!) et è+y. On a conservé l'orthographe de ce temps, bien que les deux diphtongues se soient réduites à è.

85. Les mots clair, pair, aile, se sont toujours prononcés en français par é ou è et s'écrivaient autrefois cler, per, èle. On a changé leur graphie pour rappeler davantage les mots latin claruni, parem, ala, ce qui était inutile et de plus illogique, car alors il eût fallu écrire mair pour mer (latin mare), amair pour

amer (latin amarum), naif pour nef (latin navem), chantair pour chanter (latin cantare), etc., etc.

86. L'ancienne diphtongue ai est devenue généralement dans la prononciation un è ouvert bref (è) ou long {ê) ('). Toutefois, on est arrivé à prononcer par é fermé la première personne du prétérit de la première conjugaison, je chantai, et du futur, je chanterai, vraisemblablement pour éviter une confusion avec l'imparfait ye chantais, et avec le conditionnel ye chanterais. Quelques autres mots en ai se prononcent aussi par e fermé, comme gai, quai.

87. Il faut aussi remarquer que dans les dérivés et dans la conjugaison, le son é (qu'il s'écrive ê ou ai) se change en é ou reste ê, quand il cesse d'êlre tonique, d'après la nature de la voyelle tonique qui suit ; on prononce ênie (aime), énié (aimé) et êmant (aimant), télu (malgré l'orthographe têtu) vêtu (malgré l'orthographe vêtu).

88. Le son é s'écrit encore œ dans un certain nombre de mots d'origine grecque qui avaient la diphtongue oi: oecuménique, œsophage. Il en résulte que notre orthographe donne à œ une double valeur : é dans les mois que nous venons de citer, eu dans œil. Économie (grec oiconomia) s'écrit cependant par é, et c'est aussi un é qui correspond à la diphtongue grecque ai dans orthopédie (orthopaideia) .

Ecuménique, esopftag'e seraient aussi naturels ([u'cconoinie, orlliopédie.

Voyelle I.

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