Devant u, dans « piqûre », on supprime Vu muet
des mots tels que équestre, éqtiaieur. — On pourrait encore écrire c devant a, o, m, et k ou q (sans u) devant e, i, pour avoir un moindre changement.
G dur,
116. Le g dur s'écrit par un c dans .scco?!f/ parce que ce mot avait un c en latin (secundum); mais on écrit aigu, dragon, aigre, etc., malgré le c des formes latines acutum, draconem, acrem. La différence tient à ce que le mot second est entré plus tard dans la langue, par voie savante, et qu'on l'a prononcé par un c à une époque plus voisine de nous.
La grapliie segond n'offrirait pas plus d'inconvénient que la graphie ai(ju.
117. Le g latin ayant pris une valeur chuintante devant e, i (voyez ci-dessous § 120), et le g suivi d'un u semi-voyelle ayant abouti au son d'un g dur simple, on a été amené à écrire gu le g dur devant e, i. Cette graphie off"re un inconvénient, parce que parfois le g dur est réellement suivi dans la prononciation d'un u semivoyelle devant /, de telle sorte que la syllabe gui peut se prononcer de deux manières sans que rien indique sa valeur (comparez aiguille et guide).
118. Dans la conjugaison des verbes en guer, on écrit le g dur par gu, même devant a, o (comparez ce que nous avons dit ci-dessus, § 111, des verbes en que?'). De là le participe fatiguant (latin fatigantcm); mais dans l'emploi adjectif de ce participe on supprime Vu ! Il est évident qu'il vaudrait mieux écrire fatigant dans les deux emplois. Voyez ce qui a été dit de di0rant et différent, § 75.
Si on remplaçait partout le g dit doux par un / (Voy. ci-dessous), on pourrait rendre au g, devant toutes les voyelles, sa valeur primitive et absolue de g dur.
LES SONS CHUINTANTS 51
CHUINTANTES : CH ET J.
119. Le son chuintant che est toujours rendu par ch : il est seulement regrettable que le signe ch puisse avoir une autre valeur {§ 106). Les Latins ne connaissaient pas ce son ; comme il dérive souvent du c, nos ancêtres ont eu l'idée de le représenter par un c suivi dV/.
120. Le son chuintant jc{^) peut venir soit d'un i consonne du latin (que nous notons par j dans notre manière actuelle d'écrire le latin), soit d'un «semi- voyelle, soit d'un g (parfois d'un c) devant les voyelles latines a, e, i.
Dans le dernier cas, on écrit généralement ce son par g. Mais le g latin devant les voyelles o. u, avait conservé le son dur, et il en était de même du g d'origine germanique devant a, si bien que la lettre g» avait gardé la valeur de g dur devant a, o, u. Dès lors le g placé devant la voyelle latine a, — quand elle s'est conservée ou quand elle s'est changée ultérieurement en o, — a été changé graphiquement en j : joie (gaudia), jaune (galbinum); car, d'après la valeur attribuée à g devant a, o, « goie » et « gaune » n'auraient pas représenté la prononciation de ces mots. De même, Ve de gemeUum étsuit devenu u, le g initial, qni avait pris le son je, a été écrit j dans jumeau. Il y a donc un certain nombre de mots dans lesquels le signe y correspond à un (/ latin.
1. La lettre y n'est autre cliose qu'un i allongé. En latin Vi consonne, par exemple dans iavenem, se prononçait comme Vi de « vieux ». Cet i consonne s'est transformé dans certaines conditions en un son nouveau qu'on a continué à écrire par i. Ainsi le mot latin iuvenem a produit le mot français que nos ancêtres écrivaient ieune et qu'ils prononçaient comme nous (jeune). Par conséquent, dans notre ancienne écriture, l'i pouvait représenter la voyelle i ou notre consonne je. Quelle que fût sa valeur, on lui donnait tantôt la forme i, tanlôt la forme allongée j. Jusqu'au xviii» siècle chacun de ces signes, i ou ;, pouvait représenter la voyelle l ou la consonne j>.
121. Vi consonne du latin, devenu /e français, s'écrit j dans jeune, jeu, jouer, etc. Mais on écrit par ^ le verbe gît (jacel) : on évitait ainsi deux i de suite, du temps où le j se faisait comme Vi (') ; et git, gisant ont entraîné l'infinitif gésir (jacere).
122. Quant à \'i semi-voyeile du latin, devenu je français, il semblait naturel de l'écrire /. C'est cependant par un g qu'on l'a noté ordinairement, excepté quand il était suivi d'une voyelle devant laquelle le signe 5* a la valeur de ^ dur: de là gou]on (gobionem) à côté de servent (servzentem).
123. Dans la conjugaison des verbes en ger et dans les dérivés de ces verbes, au lieu de substituer j ^ g devant a et o, on a eu l'idée bizarre de conserver le g et de placer un e muet entre ^ et a ou o; changer et changea, venger et vengea, vengeance. Beaucoup de mots s'écrivent ainsi par ge'j-a,oo\iu, bien que souvent cette graphie soit contraire à l'étymologie. D'Ans gageure on a un autre inconvénient: beaucoup de personnes y prononcent, sous l'influence de l'orthographe, la voyelle eu, bien que tous les mots analogues se terminent par ure et non par eure.
124. Il résulte des explications qui précédent qu'on est loin d'avoir toujours g (doux) correspondant à g latin, el j correspondant à i consonne ou semi-voyelle. La préférence visible donnée à la lettre g vient simplement de ce que le j avait dans l'ancienne graphie une double valeur qui se prêtait aux confusions (§ 120, note). Depuis que l'iet le y ont été nettement distingués, cette raison n'existe plus.
1. C'est pour cette raison (qui n'est plus valable) que le je devant / est toujours écrit y, jamais j.