Trait d'union devant les pronoms personnels
— On met le trait d'union devant les pronoms personnels, devant les adverbes ou pronoms en et y et devant les pronoms ce et on, quand, au lieu de précéder le verbe, ils le suivent immédiatement, ou n'en sont séparés que par le t dit euphonique : Donne-moi. — Cherche-le.
— Voulez-vous? — Vient-il? — Arrive-t-il? — Qui était-ce? — Venez y. — Parlez-en.
Ici encore, il n'y aurait aucun inconvénient à supprimer le trait d'union, au moins quand il n'y a pas de t euphonique.
174. Trait d'union dans les locutions prépositives ou adverbiales. — On écrit en un seul molauprès (=au-près), autour, alentour, deçà, delà (par); avec trait d'union : au-dessus, au-dessous, par-dessous, par-là, par-ci, icibas, là-haut, jusque-là, c'est-à-dire, vis-à-vis; et sans trait : au dedans, par devant, au dehors, de çà, de là, c'est à savoir, face à face, tout à coup, tout à fait. Sur ci et là voyez aussi § 172.
Il est évident que la suppression du trait d'union s'impose dans ces locutions. Mais on devrait écrire vis-à-vis en un seul mot, visa' vis, parce que le substantif composant (vis = visnje^ n'existe plus
isolément. D'ailleurs, plusieurs autres locutions devraient être soudées, car par est un véritable préfixe (Voyez § 16'0 dans par dessous, par devant, etc., et audessus serait aussi naturel qu'auprès.
175. Trait d'union dans les noms de nombre. La conjonction et enire deux noms de nombre s'est maintenue jusqu'à quatre-vingts devant la voyelle initiale de un et de onze : trente et un, vingt et un, soixante et onze, etc., qu'on écrit sans trait d'union (Vovez § 256).
Le trait d'union est sans doute destiné à remplacer la conjonction dans trente-deux, quarante-quatre, etc. On met aussi un trait d'union après quatre-vinfjt dans quatre-vingt-un, etc. Cependant on n'en met pas dans cent un, cent deux, etc., qui sont bien aussi pour cent et un, cent et deux.
Quand le premier nombre multiplie le second, on met un trait d'union dans quatre-vingts et on n'en met pas dans quatre cents.
Toutes ces contradictions devraient disparaître par la suppression générale du trait d'union dans les noms de nombre.
176. En résumé, nous considérons que le trait d'union, d'invention relativement récente, est une complication d'écriture qui offre, dans le plus grand nombre des cas, plus d'inconvénients que d'avantages.
On a présenté la réunion des mots composants par un trait comme un état intermédiaire entre la ju.\taposition simple et la soudure. Mais cotte transition n'est pas utiie; nos ancêtres n'en ont pas eu besoin pour passer de plat fond à plafond.
TRAIT 1) INKIN /7
Nous proposons de iio mainlonir le trait (pie dans les loculions fortement elliptiques (!; 171) qui sont en nombre restreint, et dont on peut faeiioment dresser la liste.
Dans chacun des autres cas que nous avons examinés, il y a toujours des exemples de mots soudés et d(! mots simplement juxtaposés: suivant que les premiers ou les seconds sont en plus grand nombre, nous proposons d "ériger en règle, soit la soudure, soit la juxtaposition, et de supprimer les exceptions. On souderait tous les mots commentant par un préfixe (contrecoup, soupied, § IG-V, ou par un verbe sous la forme de l'indicatif pré.-^ent (portecigare, gaijnepetit, §!:i 1G5 et IGG,'. On juxtaposerait purement et simplement les divers éléments des mots composés (jui commencent par un substantif ou un adjectif ffemu fils, eau de vie, sourd muet, etc.j. Si on cherche à établir d'autres distinctions, quelque légitimes qu'elles paraissent au premier abord, on s'aperçoit qu'elles laissent entre elles des cas douteux. Il vaut mieux couper court aux subtilités en adoptant des solutions très larges.
Toutefois, quand on crée de nouveaux mots composés sur le modèle des anciens, ce qui arrive fréquemment dans le langage philosophique, par exemple, il faut laisser aux écrivains, sans leur rien imposer, la facilité d'user du trait d'union pour souligner en quelque sorte le nouveau terme, de même qu'on se sert librement des guillemets et des lettres italiques. >