ARTICLE PARTIT II
emploie l'article défini, signe de la détermination précise : « Le chien est l'ami de /'homme ». — « La santé est le premier des biens ».
Article partitif.
185. La tendance analytique de la langue s'est encore manifestée par la création d'une tournure spéciale pour donner une indication sup?rfluc le plus souvent (^), — ce qui permettait aux Latins de s'en passer, — à savoir qu'il s'agit non de l'objet dans son ensemble, mais d'une partie indéterminée de l'objet (qui lui-même peut être plus ou moins déterminé). Cette tournure consiste dans l'intercalât ion de la préposition de, employée elliptiquement avec le sens de: o. une certaine quantité de ». Exemples : « J'ai bu de la bière; j'ai mangé rf'une volaille que vous aviez envoyée ».
186. — On a l'habitude d'appeler « du, de la, des », dans cet emploi, articles partitifs, mais en réalité c'est la préposition de qui seule est partitive ; et elle peut se joindre aussi bien à l'article indéfini qu'à l'article défini. Elle s'employait même sans article dans l'ancienne langue (et plusieurs patois s'expriment encore ainsi) lorsque le nom qui suivait désignait l'espèce en général : fai îïiangé de pain. Nous avons conservé ce vieil usage dans les tournures d'allure archaïque oii l'adjeclif précède le nom : fai de bon vin, de grands enfants, de botis serviteurs, etc.; et par extension : « j'en ai de bons ». Ailleurs, en vertu de la tendance signalée au § 184, on a placé l'article devant le nom, que l'on considère dès lors comme désignant le
1. Si nous disions « je bois vin », on coniiprendrail bien qu'il s'agild'urie certaine quantité de vin.
type de l'espèce : « il y avait de la poussière, j'ai eu du mal, etc. »
Naturellement l'article, après le de partitif, s'est placé devant tous les noms, composés ou non, et j'appelle noms composés tous ceux qui forment réellement une locution, et non pas seulement ceux qui sont marqués du trait d'union. Peu importe que le nom composé commence par un adjectif, puisque cet adjectif fait corps en quelque sorte avec le reste du mot : des jeunes gens.
D'ailleurs la logique veut qu'on arrive à dire aussi « du bon inn, des grands enfants, j'en ai des bons. » M'"" de Sévigné écrit couramment : des g7'osses larmes, des petites branches. Du moment où on ne dit plus : « j'aime bonne bière », mais a j'aime la bonne bière », il serait naturel de dire « je bois de la bonne bière » et non « je bois de bonne bière ». Le langage populaire le sent bien, et il triompbera sans aucun doute d'un arcbaïsme artificiellement maintenu.
187, — Quand le de partitif s'emploie sans ellipse, c'est-à-dire quand il est précédé d'un nom ou d'un adverbe exprimant une quantité, nous sommes dans les conditions du § 193 (voy. ci-dessous), et le nom qui suit, s'il est pris dans le sens général, n'a pas l'article : il mange un morceau de pain (tandis que : il mange du pain) ; il a beaucoup de prudence (tandis que : il a de la prudence).
Dans les négations, pas, point expriment à l'origine de petites quantités ; « je n'ai point de pain » équivaut à « je n'ai un point de pain ». Ainsi s'explique le nonemploi de l'article après pas de, point de et par extension le non-emploi /acu/Za///" après ne seul (il n'a manifesté de colère contre personne) ; mais quand de ne suit pas immédiatement « pas » ou « point », la langue
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populaire commence à réagir et à dire ; « je n'ai pus voulu du pain » dans le même sens que : « je n'ai pas voulu de pain. » On peut, même dans le langage relevé, employer l'article toutes les fois que le substantif peut être considéré comme le régime direct du verbe plutôt que comme le complément de pas : « Je ne vous ferai point des reproches frivoles (Racine). Il n'avait pas des outils à revendre (La Fontaine). Ne voulez-vous pas du pain ? » Mais il est inexact que le non-emploi del'arlicle implique une signification négative. Dans « je n'ai pas d'outils à revendre )>, rien n'indique que je n'aie absolument aucun outil.
188. — Quand un complément commence par la préposition de, si le nom qui suit est pris dans le sens partitif, il devrait y avoir deux de consécutifs, le de initial du complément ^t le de partitif (il se passe de du vin, il était couvert de delà boue)', comme c'est le de initial qui est essentiel, le de partitif ne s'exprime pas, non plus que l'article qui pourrait l'accompagner, et on dit ; « 11 se passe de vin, il était couvert de boue » .
189. — L'article défini au pluriel, combiné avec le de partitif (des), sert à remplacer le pluriel non existant de l'article indéfini : un homme, des hommes (une certaine quantité des hommes, plusieurs hommes en particulier).
« Du » et « des » peuvent avoir des sens différents selon que l'article inclus marque une détermination générale ou une détermination spéciale. « Il a mangé des bonbons que son parrain lui a donnés » peut signifier « il a mangé une certaine quantité de bonbons, que son parrain lui a donnés » ou « il a mangé une certaine quantité des bonbons que son parrain lui a don-
nés. » Dans le premier cas seulement, c?e5 équivaut au pluriel de un.
Suppression de l'article. Généralités.
190. — En dehors des tournures archaïques signalées §i; 184 et 186, tout nom commun qui n'est pas accompagné d'un adjectif démonstratif, possessif ou indéfini, doit avoir l'article défnii ou indéfini (précédé ou non du de partitif) lorsqu'il est sujet ou régime direct du verbe. Il en est de même après la plupart des prépositions. On dit, en déterminant le nom (voy. § ISi) : à travers ]a campagne, pendant la ni«7, selon Injustice, etc., etc., à moins que les prépositions ne forment des locutions où le non-emploi de l'article s'est maintenu par archaïsme : jeter à terre (\), par monts et par vaux, à travers champs, (costumes) pour hommes, contre vent et marée, à contre cœur , par i{u sens qu'il a dans : par prudence ; avec suivi d'un nom al>s- Irait : avec prudence, avec avantage; comme au sens de en qualité de.
Les prépositions en, sans, de et à appellent des remarques particulières.
191. — La préposition en, à laipielle dans se substitue de plus en plus, ne s'emploie que dans des locutions toutes faites, qui conservent naturellement l'ancien usage de ne pas exprimer l'article devant les noms pris au sens général : en conséquence, en mer, en pure perte, en bateau, en marbre, porter en terre {^). On dit : « en l'état » parce que X'état est déterminé
\. Mais « jeter ù /'eau » avec l'article, peut-èti'e simplrineul pour éviter riiiatus.
2. Il ya dos expressions plusarcha'i'ques encorede formo, où on n'emploie l>as l'article, mémo devant le nom déterminé : en raison de. Cf. § 184 n. i.
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c'est l'état présent), « en l'air » parce que l'objet air est considéré comme seul de son espèce. Mais en implique à ce point aujourd'hui rellipso de l'article, que généralement, lorsque le nom doit être précédé d'un article, cette préposition est remplacée par dans : en bateau, mais dans le bateau ou dans un bateau. (').
192. — Sans est aussi employé sans article (saut toujours le cas de détermination) : « il est sans force, il est parti sans chapeau, on ne peut vivre sans pain. »
Dans ce dernier exemple, c'est-à-dire lors;jue sans équivaut à une proposition conditionnelle telle que « si on n'avait pas », on peut déterminer le substantif comme il est dit § 184 : « Sans le pain on ne pourrait vivre. »
Sans, construit avec un verbe, entraîne même le nonemploi de l'article après le de partitif qui suit : « sans faire de bruit, sans qu'il donne d'argent. » Toutefois, la langue populaire réagit ici et dit couramment : (( sans faire du bruit, sans donner de /'argent comptant. » Par une contradiction bizarre, le dernier exemple est seul autorisé dans les grammaires, parce (jue le substantif est accompagné d'un adjectif qui suit (C'est une confusion avec la règle du § 186). Cf. § 187.)
193. Après la préposition de, le nom pris au sens général s'emploie également sans article dans la plupart des cas (de nuit, changer de robe, etc., etc.) notamment lorsque de est entre deux noms : une feuille d'arbre, une partie de plaisir, etc. (Cf. §§ 187 et 188).
La même remarque s'applique à // entre deux noms ;
■1. Lorsqu'on dit « en une nuit, en une fois, etc., » un est le nom de nombre et non l'article indéfini.
90 GRAMMAIRE n A ISONNÉE
ces prépositions forment ainsi des locntions, et les locutions sont les gardiennes des vieux usages, tandis que les mots isolés évoluent plus librement. Il faut noter une tendance de la langue à placer l'article après à, par une sorte d'attraction, lorsque le premier nom est luimême déterminé ; on dira « le marché au blé » mais « un verre à bière ». Quand, dans une expression de ce genre, on emploie beaucoup plus souvent la forme avec article que l'autre, il peut arriver qu'elle l'emporte plus ou moins complètement sur l'autre, et que, même avec l'article indéfini devant le premier nom, on maintienne l'article défini devant le second, ou vice versa. On a pu dire à l'origine ; « Je marché au blé » et « un marché à blé ». Mais, comme on a beaucoup plus d'occasions de parler du marché au que d'un marché a, on est arrivé à dire aussi : « un marché au ». Inversement, comme on a dit plus souvent « un verre à » que « le verre au », on a fini par dire toujours verre h, même lorsque « verre » est précédé de l'article défini : le verre à bière. « La soupe aux choux » a entraîné « une soupe aux choux » au lieu de une soupe L choux, et « un chapeau à plumes » : « le chapeau à plumes » au lieu de /(' chapeau aux plumes. On a généralisé instinctivement, et c'est ainsi que dans les noms de plats, composés de deux substantifs réunis par la préposition à, l'article se met toujours devant le second, et que dans les noms de vêtements, semblabicment formés, le second substantif s'emploie toujours sans article. — On dit toujours saris article a^vh^ à: moulin à vent y machine à vapeur ('), parce que ces expressions sont beau-
1. Tandis qu'on dil : « coUo madiine niarclit^ ;\ In vapeur cl par applicalinn de la loi du § 184.
I, 'article devant I,ES noms l'IiOPRES 01
coup plus souvent précédées de l'article un que de l'article If.
Suppression de l'article devant les noms propres.
i^Noms de perso nnc.'i, <lc villes, d'accidents géographiques ,
194. Un nom propre est déterminé par ce fait même qu'il est un nom propre, spécial à une chose ou à une personne. La tendance de la langue est d'indiquer cette détermination , comme toujours , par l'article. Toutefois, les catégories de noms propres contenant un très grand nombre de noms ont naturellement mieux résisté que les autres à celte tendance et conservé l'usage latin. C'est ainsi que les noms de personnes (sauf, bien entendu, quand ils sont initialement formés avec l'article : Le Hérissé) (*) et les noms de villes (sauf ceux qui sont formés avec l'article : Le Havre) s'emploient encore sans article, contrairement aux noms de pays, de fleuves, de montagnes. On dit : Bossuet, Racine, Dumas, Paris, Londres, mais la France, TAngleterre, les Alpes, le Rhin. On ne met l'article devant les noms de personnes ou de villes que s'il s'ajoute une autre détermination à celle qui résulte de la propriété du nom : le Paris du at7/« siècle, le grand Bossuet. Quand on donne un nom, emprunté ou non aux langues indigènes, à un ileuve, à une montagne nouvellement découverts ou encore innommés, on ne manque jamais de lui préposer l'article : le Pérou, le Mexique, le Sénégal, le Congo, la Colombie, le Mississipi, etc.