‹ Grammaire raisonnée de la langue française. Avec préf. de Gaston ParisChapitre 75 sur 141 · Voyez ma Nouvelle firuminuirc histoiique, g · texte numérisé non relu

Voyez ma Nouvelle firuminuirc histoiique, g

Nous avons dit ci-dessus (§§ 64-69) ce qu'il faut penser du redoublement des consonnes en général. Dans la formation du féminin, on ne devrait maintenir que le redoublement de 1'^, qui marque la prononciation dure de cette lettre (voyez § 126) et celui de VI mouillée. 11 est étrange que nous conservions les deux n de bonne et autres mots semblables, destinées à marquer une prononciation qui n'est plus française (bon-ne, § 08), — et que nous n'écrivions pas cruèle, sujèle, coquète, pâlole comme discrète, manchote, etc. Les deux / du latin novella ne justifient pas celles du français nouvelle (§ 11 et 06-67), pas plus que le c de factum n'autorise la graphie faict. Et c'est une vaine entreprise que de vouloir différencier par le redoublement de la consonne des terminaisons de diverses origines, mais qui se prononcent de même, telles que complète, sujette et muette; à ce compte, il faudrait trois graphies différentes et non pas deux, car la terminaison de sujette n'est pas de même origine que celle de muette,

241. Public faW. publique et Turc: Turque. On ne maintient le c dans grecque que pour éviter de mettre un accent sur i'è : grèque. La raison est insuffisante. Dans sa première édition, l'Académie écrivait correctement ce féminin sans c (voyez § 113).

Formation du pluriel.

242. Sur les adjectifs qui se terminent au singulier par s ou X, voyez §§ 38 et 40-41.

Le pluriel des adjectifs se forme comme celui des substantifs, et a la même origine (§§ 201)-210). Sur le pluriel de bleu, voyez § 41. On écrit « des yeuic bleus » bien que les deux mots soient exactement dans les mêmes conditions.

PLACE DE l'adjectif 119

243. En principe, le pluriel des adjectifs en al est en aux comme celui des substantils en al, et pour les mêmes raisons. Toutefois, ceux qu'on n'emploie que rarement au pluriel nous restent dans l'esprit avec la forme du singulier, et ([uand on a l'occasion de les mettre au pluriel, on leur conserve cette forme en y ajoutant nne s : des combats navals, des codes pénals, etc.

Place de l'adjectif.

244. Dans l'ancienne langue, l'adjectif se plaçait bien plus librement qu'aujourd'hui, soit avant soit après le substantif, sans que la place modifiât le sens : « Bonnet blanc, blanc bonnet », dit un proverbe ([ui remonte à une époque où on pouvait dire « un blanc bonnet » (').

C'est une tournure archaïque que de mettre l'adjectif avant le nom comme on le fait encore obligatoirement ou facultativement dans un bon nombre d'expressions que l'usage apprend. L'adjectif ainsi placé a souvent formé avec le nom une locution, un mot nouveau, dont le sens a évolué indépendamment du même adjectif employé autrement. Il n'est pas exact de dire qu't</i homme grand signifie nécessairement un homme de haute taille ; grand, en dehors de toute locution, conserve sa double valeur, propre et figurée. Mais « un grand homme » exprime une nuance particulière de grandeur; un homme peut être grand moralement et ne pas être un grand homme. Un triste livre peut être fort gai, une pauvre femme peut être riche, un brave honune peut manquer de bravoure. L'adjectif « hon-

1. Le mot blanc ne s'emploie plus devant le nom que dans quelques expressions consacrées comme blanc bec, blanc-manger.

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iiêle » employé devant le nom s'est arrêté au sens de probe; placé autrement, il a pris, en outre, celui de poli. C'est là, d'ailleurs, une question de vocabulaire et non de grammaire.

Eu dehors des adjectifs pour lesquels on a conservé dans la langue courante l'usage de les placer devant le nom, soit avec un sens spécial, soit avec leur sens ordinaire (un beau tableau), quand on emploie cette tournure, qui était jadis essentiellement populaire, elle prend la valeur, par sa rareté actuelle, d'une tournure distinguée : une audacieuse entreprise. (Cf § 219 in fine).

Accord de l'adjectif.

Adjectif se rapportant à plusieurs noms.

245. Quand un adjectif se rapporte à plusieurs noms joints par la conjonction et ou plus exactement formant une locution plurielle (la conjonction peut être absente ou autre que et), il semble naturel de le mettre au pluriel. Mais si les noms sont de genres dillerents, faudrat-il mettre l'adjectif au masculin pluriel ou au féminin pluriel? On a imaginé la règle de fair^) prévaloir le masculin, mais on recommande de placer eu dernier lieu un nom de ce genre, à moins que l'adjectif n'ait la même forme pour le masculin et le féminin. Quand ou écrit à loisir, il est encore ficile de se conformer à celte prescription. Mais (juand on parle, on n'y met pas tant de rcllexion et on ne s'amuse pas à réserver ainsi un nom masculin pour la fin; dans ce cas, quel est l'usage?

La tendance de la langue apparaîtra nettement dans les exemples suivants: « il portait les ornements et le sceptre royal; il a soulevé les l'ires et le mécontente-

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