PLACE DU PRONOM PERSONNEL
vorbes, le pronom sujet ou rc^gime direct de l'infinitif est, en même temps, régime direct du verbe principal (*) (Voyez ci-dessus § 294). Or, quand le pronom se place après le verbe dont il est le régime, il prend toujours la forme pleine : avance-/oi, tourne-/e (sans ('lision) en plaisanterie, etc. On peut introduire un ou plusieurs mots entre le pronom et l'infinitif: « fais-/e donc ferrer », tandis qu'on ne dirait pas avec un verbe principal quelconque : va le donc ferrer.
296. Lorsque le sujet et le régime de l'infinitif sont exprimés à la fois :
1° Si le sujet seul est un pronom, il se place avant la locution tout entière, même lorsqu'il prend la forme d'un datif (voyez § 294 b) ; il se place après quand on le transforme en régime précédé de par; pour reprendre les exemples du § 294, nous dirons: « Je l'ai entendu chanter cette romance, je lui ai entendu chanter cette romance C*), ou j'ai entendu ch.mter par lui cette romance. » Quand le verbe principal est à l'impératif, sans négation, le pronom accusatif ou datif se place entre les deux verbes : « laisse-lui ou laisse-le manger sa soupe. » En somme, quand le sujet seul est un pronom et le régime direct un nom, c'est comme si le sujet seul était exprimé (§ 29o), sauf la possibilité de mettre le pronom au datif, et la nécessité de le mettre au datif si\ec faire (§294 b, in fine): « je /'ai vu ou lui ai vu manger sa soupe, mais je lui ai fait manger sa soupe ».
2" Si le régime direct seul est un pronom, il peut se
1. Sauf cependant avec le veibe faire (voyez § 294 a, note i), mais il suit ici l'analogie des autres. Même réserve pour entendre et envoyer quand le pronom est régime de l'infinitif qui suit.
2. Les deux tournures se confondent quand on a les pronoms me et <e, qui sont à la fois accusatifs et datifs : je t'ai entendu chanter ce couplet.
ibi GRAMMAinE RAISONNÉE
placer, comme le pronom sujet, entre les deux verbes ou avant la locution tout entière, suivant que le verbe principal est ou non à l'impératif affirmatif, mais alors le sujet de l'infinitif ne peut être exprimé que sous la forme d'un complément précédé de 2^1^^^ •' je l'ai entendu chanier par..., entends-la chanter par... — Mais on peut placer le nom sujet et le pronom régime (ou les pronoms régimes quand il y a complément direct et complément indirect) entre les deux verbes : « J'ai entendu mon ami la lui chanter. Entends mon ami la chanter ».
3" Si le sujet et le régime direct de l'iniinitif sont des pronoms, on a le choix entre ces diverses tournures : je /'ai entendu la chanter, je la lui ai entendu chanter, je /'ai entendu chanter par lui; et avec un impératif sans négation : laisse-/e la chanter, laissela lui chanter, et laisse-/a chanter par lui.
297. Le sujet logique de l'infmilif ne peut être mis au datif que si l'infinitif a un régime direct : « Je lui ai laissé faire la chose », mais « je /'ai laissé faire ». On peut dire : « Laissez faire aux Dieux », mais parce que le régime direct est sous-en- Icndu ; ce qui le prouve, c'est qu'on ne pourrait employer la mémo tournure si le régime direct ne pouvait être sous-cntendu, si l'infinitif était neulre. On ne dirait pas « laissez tonner aux Dieux ».
Places respectives des yronoms personnels régimes.
298. Quand il y a deux pronoms régimes de suite, lequel doit-on placer le premier? C'est dans les expressions telles (jue « il me le rend, je te le rends », qu'on peut le mieux saisir la tendance de la langue, parce que l'euphonie n'est pas intéressée à ce qu'on dise plu-
PLACE DU PRONOM PERSONNEL 15o
lot je le le rends que je le te rends, les deux pronoms régimes ayant des formes également sourdes. Or, on dit : je te le rends, en plaçant en premier lieu le pronom régime indirect. Mais, d'autre part, en raison de l'euphonie, on tend à mettre en premier lieu le pronom le moins sonore. Cette seconde tendance l'emporte sur la première dans le lui, le leur : donne-/e lui, on le leur laissa. Ailleurs, les deux tendances s'équilibrent, et on dit tantôt U moi, tantôt moi le, tantôt nous le, vous le, tantôt (mais seulement après le verbe) le nous, le vous : « Donne-moi la ou donne-/a moi, apporte-/ei' nous et apporle-now,s les ».
299. Les pronoms adverbiaux en et y, lorsqu'ils ne sont pas accompagnés d'autres pronoms, se mettent tout près du verbe: il en apporte..., apportes-en... ; il y apporte..., apportes-y... Mais un pronom personnel régime, lorsqu'il n'est pas accompagné de en ou y, occupe la même place. Lequel la cédera à l'autre lorsqu'on aura en même temps en ou y et un autre pronom personnel? Avant le verbe, c'est en ou y qu'on met le dernier : il nous y apporte ou nous en apporte. Après le verbe, il y a plus d'hésitation, au moins dans le langage populaire. On comprend que « laisse-moi » ait pu entraîner « laisse-m'y », en donnant au pronom la forme me dont \'e s'élide, ou « laisse-moi-s-y » avec une s euphonique comme dans vas-y ; mais on comprend aussi que « laisses-y » ait pu entraîner « laisses-y moi ». Le peuple dit un peu de toutes façons ; dans la bonne langue c'est en et y que l'on place en dernier lieu, aussi bien après le verbe qu'avant : « tirez m'en, donne-lui en, porte-l'y, suivez-nous y, mets-t-y ».