‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 10 sur 139 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

et la manière d'écrire du xviii® siècle semblerait aussi ridicule aux lecteurs modernes, — et à plus juste titre, — que leur semble l'être l'écriture phonétique quand un spécimen leur en tombe par hasard sous les yeux. Une orthographe nationale est en réalité une des formes de la vie publique : plus elle est commode, simple et claire, plus il est facile aux citoyens de communiquer ensemble par l'écriture et de communiquer avec les étrangers. Il est donc très utile qu'elle soit, au moins dans ses points essentiels, uniformément adoptée par tous ceux qui écrivent la langue nationale. Cela est si vrai que, faute d'une revendication par l'État du droit de la régler, la nation s'est soumise d'elle-même, depuis la Révolution, avec une docilité complète à l'autorité de l'Académie, qui avait l'avantage d'être conforme aux habitudes générales, et qu'on regardait à la fois comme officielle et comme fondée en raison. En réalité, il eût été préférable que le soin de régler l'orthographe fût conlié à d'autres mains. L'orthographe n'est point une afiaire de goût, mais de raisonnement et de pratique ; elle demanderait, pour être convenablement établie, le .concours de linguistes, de pédagogues, de gens d'affaires et de typographes, et nullement celui de poètes, de romanciers ou même de philosophes et de critiques. Il serait tout à fait fâcheux que les écri-

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