IV. — Participe passé suivi d'un infinitif sans prépo
sition.
Type : « On les a entendu venir ».
430. Lorsque le complément direct qui précède un participe accompagné d*un infinitif sans préposition est complément de l'infinitif, on ne fait pas l'accord du participe, et on a raison : ce les enfants que j'ai entendu gronder par leurs parents. » Le véritable complément du participe est la proposition infinitive qui suit.
On écrit au contraire a les enfants que j'ai entendus crier », parce que, dans ce cas, on considère le pronom relatif comme complément de « entendu. » 11 n'est certainement pas complément de l'infinitif, mais il ne l'est pas davantage du participe. En réalité, a que » est sujet logique de crier et complément de la locution « entendre crier » (Voyez § 294), et le véritable complément du participe est toujours la proposition infinitive. J*ai entendu quoi ? non pas les enfants, mais a les enfants crier. » C'est ainsi que dans un exemple cit) par la Grammaire de Chassang, o j'ai pris la route qu'on m'a assuré être la meilleure », le participe ne s'accorde pas, parce que le pronom relatif est sujet de l'infinitif être et non pas complément d'assuré,
431 . 11 résulte de cette remarque que le participe suivi d'un infinitif sans préposition devrait toujours être invariable. C'est ce qui arrive pour le seul participe (parmi ceux qui sont employés dans des phrases de ce genre), dont le féminin difi^re, à l'oreille, du masculin: fait. On ne dit pas : « la blessure qu'il a faite saigner. » Les grammairiens n'ont pas osé aller contre la prononciation, c'est-à-dire contre la langue, mais ils ont allégué
que « fait forme avec l'iafinitif qui le suit une locution inséparable », pour justifier cet usage qu'ils ont enregistré à titre d'exception. Ils ù'ont pas pris garde, comme le fait justement remarquer M. Michel Bréal, queTusage est général ; car si Tinfinitif commence par une voyelle, la prononciation ne fait entendre d'^ après aucun participe. Userait barbare de dire: « je les ai vu-s arriver. »
Pour appuyer la règle d'accord, on a dit: « Si le participe ne doit varier dans aucun cas, il ne sera pas possible, avec une phrase telle que je les ai vu manger, de savoir si on les a mangés ou s'ils ont mangé. » Mais Torthographe n'est pas faite pour donner la solution des devinettes. Le sens de pareilles phrases est toujours indiqué par le contexte. D'ailleurs, même avec la règle actuelle, toute distinction disparaît quand le pseudo-complément du participe est au masculin singulier : « je l'ai vu manger », ou quand le verbe n'est pas à un temps composé : « je les vis manger ». Cet argument n'est pas sérieux.
Il faut donc décider que le participe suivi d'un infinitif sans préposition est invariable.
Ninette est si poltronne, il Taora vu passer.
(A. DB Musset).
J'avais une bonne occasion, je l'ai laissé échapper.
Beaumarchais.
Toutefois, comme le pronom qui précède, lorsqu'il est sujet de l'infinitif, parait être le complément du participe, on pjut tolérer l'accord (en réservant toujours le participe fait). Cf. § 427 .
F. — Participe précédé de en partitif Type : « Combien j'en ai fait ! »
432. On admet aujourd'hui l'invariabilité du par-ticipe précédé du partitif en. Toutefois on prescrit l'accord lorsque en est lui-même précédé de certains adverbes de quantité, mais on est obligé .d'excepter le cas où le participe se prononce autrement au féminin qu'au masculin, parce que la langue ici est visiblement contraire à la règle des grammairiens. Ainsi on écrira: ce vous avez poursuivi des grives, je sais combien vous en avez tuées » ; mais : « vous avez péché des carpes, je sais combien vous en avez pris (et non prises) ».
Il est bien évident, d'après cette exception, commandée par la prononciation, que la langue ne considère dans ces compléments que l'adverbe neutre et non le substantif représenté par en, et que, par conséquent, le participe doit être invariable.
Cependant, lorsqu'on n'est pas guidé par la prononciation (lorsqu'il ne s'agit pas de mettre au féminin un participe qui se prononce au féminin autrement qu'au mascuUn), on est tenté de faire l'accord avec le substantif représenté par le partitif en, et cet accord est assurément faute vénielle.