‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 136 sur 139 · MOTS INVARIABLES · texte numérisé non relu

MOTS INVARIABLES

Négation omise : Empêchez qu'il vous dévore (Voltaire). — Afin d'empêcher que la causerie continuât (P. Bourget). — Pour éviter qu'on devinât le vrai (A. Daudet).

3® Après ne pas nier^ ne pas disconvenir, ne pas douter, il ne tient pas à lui (à moi, à toiy etc.) que, il s'en faut peu que : « je ne nie pas qu'il ne me plaise; il n'est pas douteux qu'il ne réussisse; il ne tient pas à moi qu'il ne soit invité ; il s'en est peu fallu qu'il ne nous quittât ».

Négation omise : On ne peut pas nier que les dieux de Garthage aient été vaincus avec les Carthaginois (G. Boissier). — On ne saurait douter que les Romains achetaient leurs femmes (Guizot).

4® Après craindre^ avoir peur ou autres locutions équivalentes : « J'ai peur qu'il ne m'entende ; je crains qu'il ne vous ennuie ».

Négation omise : Il avait peur qu'on les entendît (A. Daudet). — On pouvait craindre qu'il changeât de sentiment (G. Boissier). — Il n'avait pas écrit de peur que sa- lettre s'égarât (Guy de Maupassant).

Plus tôt et plutôt

444. Plu^ tôt et plutôt sont une seule et même locution avec deux acceptions ditférentes. Il est regrettable qu'on en ait fait, par l'orthographe, deux locutions distinctes. Si on écrivait encore « il s'est fait tuer plus tôt que de se rendre », le sens ne serait pas moins clair, et l'attention serait éveillée sur la signification primitive et l'évolution logique du mot.

Dessus, dessous et dedans

445. Dessus, dessous et dedans sont devenus exclusivement adverbes, par suite de la tendance de la

* langue à profiter des doubles formes d'un mot pour rendre deux idées différentes. Mais les exemples de remploi de ces mots comme prépositions sont si récents et si nombreux qu'on pourrait s'en servir de même, dans une œuvre littéraire, sinon dans la conversation, sans choquer personne.

Adverbes en ment

446. Le suffixe adverbial ment est étymologiquement un substantif féminin équivalant à « de façon ». C'est pourquoi les adjectifs prennent la forme du féminin dans les adverbes : bellement = de façon belle.

447. Hais nous avons -vu qu'un certain nombre d'adjectifs de l'ancienne langue française n'avaient pas d'e au féminin. Ceux-là formaient des adverbes en ment qui n'avaient pas d'e au milieu: constamment^ gentiment, fortment, loyaumerit.

Ces adverbes ont été reformés sur le nouveau féminin des adjectifs : fortement, loyalement, etc. Toutefois gentiment n'a pas été refait en a gentil lement d {% sans doute à cause de sou emploi aussi fréquent que celui de l'adjectif.

En outre, on a laissé leur vieille forme aux adverbes formés sur les adjectifs des deux genres qui se terminaient par le son an ('), écrit ent ou ant ; dans ces adverbes, plus que dans les autres, les adjectifs s'étaient fondus avec le suffixe, ils avaient transformé leur a nasal en un a oral: constamment = constament^ prudemment = prudament. C'était

i. Ou du moins cette nouvelle forme n'a pas prévalu, car on trouve gentillement dans les auteurs du xvr siècle.

2. Excepté granment qui a été refait en grandement, à cause de l'extrême fréquence de l'emploi de l'adjectif relativement à l'emploi de l'adverbe.

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