‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 14 sur 139 · PRÉFACE XV · texte numérisé non relu

PRÉFACE XV

prendraient bientôt les prononciations les plus singulières. Et je ne parle pas de la perturbation qu'une orthographe nouvelle apporterait à toutes les habitudes, du temps qu'il faudrait perdre à se défaire de celle qu'on a si péniblement acquise, du trouble qui en résulterait dans toutes les relations qui ont pour moyen récriture. Il n'est pas impossible, sans doute, par de sages tempéraments et des transitions bien ménagées, d'atténuer beaucoup ces inconvénients; mais ils sont incontestables, et les réformateurs qui n'en tiennent pas compte ferment les yeux aux plus grands obstacles qui s'opposent à leurs desseins. La crainte qu'ils inspirent, jointe à l'attachement routinier pour ce qui existe et à un respect qui est ici superstitieux pour l'Académie française, empêchera sans doute aucune réforme méthodique tant (fue notre société subsistera telle qu'elle est. Le plus sage est donc peut-être, pour le moment, de se résigner, ou de se borner, comme le fait M. Clédat, à demander un peu de tolérance et de liberté. C'est en marchant dans cette voie, avec courage et avec mesure, qu'on préparera peu à peu l'opinion publique à accueillir une législation nouvelle, dont elle ne voit pour le moment que les périls et les difficultés, sans en bien comprendre les bienfaits.

Après avoir dit que l'orthographe avait à peine

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