‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 22 sur 139 · H MUETTE · texte numérisé non relu

H MUETTE

22. On trouve Yh muette dans les mots qui avaient une h, jadis aspirée, en latin, ou une aspiration en grec: hiver (hibernum), herbe (herba), hier (heri), humble (humilem), etc. Toutefois, on écrit on (latin homo), avoir (latin habere), orge (hordeum), ordure (horridum...) ; ces mots ont échappé à Fétymologisme parce qu'ils sont plus souvent employés que les autres. On a aussi olographe malgré Taspiration initiale du mot grec. D'autre part, c'est en vertu d'une grosse erreur d'étymologie qu'on a écrit heureux^ qui ne se rattache pas au substantif féminin heure (latin horà)^ mais qui vient du vieux mot our, eilr, plus tard eur (latin augurium).

11 faudrait enlever leur h fautive aux mots bonheur ^ heureux, malheur et autres de même famille. On ne peut nier d'ailleurs

li GRAMMAIRE RAISONNÉB

qaMl serait logique de supprimer partout Vh muette , d'écrire olocaitste, et, comme en vieux français, Verbe, Viver^ quand on écrit olographe, on et avoir au lieu de hon, havoir^ holographe,

23. On trouve encore Vh muette dans les mots huit, huile, huître, huis, où elle ne correspond pas à une h latine, puisque les mots latins sont octo, olea, ostrea, ostium. Vh s'explique ici par la double prononciation

/ de la lettre te dans Tancienne écriture: il était impossible de savoir a priori si un mot écrit uit devait se lire vit ou uity si un mot écrit uile devait se lire vile ou uile. On eut alors Tidée d'indiquer par une h que la lettre u était une voyelle et non une consonne, Vh ne se plaçant en français que devant les voyelles. Mais aujourd'hui que des signes spéciaux sont attribués à la voyelle u et à la consonne v, il n'y aurait plus de confusion possible si Vh disparaissait de ces mots.

24. Enfin l'A muette est parfois chargée d'un rôle que remplirait aussi bien et mieux un simple tréma: trahison (latin traditionem), cah'er (latin quatemio) équivalent à trdison, ca'ier. Comparez glaïeul (latin gladiolum) et non gJahieul, païen et non pahien.

25. L'A dite aspirée, qu'on rencontre surtout dans les mots d'origine germanique, ne représente plus dans la prononciation ordinaire aucune aspiration. Mais on ne lie pas les njots qui commençaient par cette consonne; c'est tout ce qui reste de l'ancienne aspiration, et la lettre A a au moins l'ulilibé de marquer cette particularité de prononciation.

Sur Vh dans les graphies rA, th, etc., voyez plus loin, §§ 105-107.

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