Le p muet de cheptel commence à s'introduire
1. Racine et Boileau écrivent au maréchal de Luxembourg après la victoire de Fleurus : « Sans conter l'intérêt général que nuus y prenons avec tout le royaume, figurés-vous quelle est notre joie, etc. »
dans la prononciation des personnes qui ne connaissent ce mot que pour l'avoir lu. C'est un exemple, entre beaucoup d'autres, du mauvais effet des orthographes vicieuses.
54. Les mots savants sculpter, baptême, baptiser, exempter, prompt (*) contiennent aussi des consonnes qui ne se justiflent pas davantage par la prononciation.
55. Le g de legs est le résultat d'une erreur : le mot ne vient pas de léguer (ce qui d ailleurs ne justifierait pas la consonne muette), mais de laisser, et s'écrivait jadis lais ou les. Sur doigt et vingt, voyez §§ 11 et 12.
56. Poids, qui vient de pensum et qui est de la même famille que peser, n'a jamais eu dans la prononciation le d qu'on a ajouté à sa graphie pour le rattacher à tort au latin pondus. Ce mot s'écrivait jadis et devrait s'écrire comme le nom du légume et comme la pois du cordonnier (voy. § 40). L'habitude une fois prise, on ne confondrait pas plus à la lecture qu'on ne confond aujourd'hui à l'audition le pois « légume » et le pois « qui pèse ». Le contexte éclaire le sens des homonymes.
57. Remords vient de « remorsum d comme mors (de cheval) de « morsum. » L'un et l'autre sont de la même famille que mordre; mais la graphie remords est aussi peu soutenable que le seraient mords de cheval ou mordsure.
58. Puits n'a pas plus de droit au t que puiser, puisatier, ni mets que message. On ne risquerait guère de confondre le substantif /?ww avec l'adverbe, ni le substantif m^s (ou mes) avec l'adjectif possessif. Si le t
i . M"» de Sévigné écrit pront, prontement. On trouve aussi « pront » dans la i'« édition û'AthaKe,
de puteum légitimait le t de puits^ il faudrait écrire prits (latin pretium), palaits Qaîi'iti palatium).
59. Le cas en s du mot fils a été de bonne heure fiSy et l'autre cas fil par { mouillée. C'est Je cas en s qui s*est maintenu comme forme unique du mot, mais on y a introduit 17, qui avait disparu depuis longtemps de la prononciation. En voulant éviter une homonymie peu inquiétante, celle de tu fis (comparez un lis, du latin lilium, et tu lis), on est tombé dans une autre, qui offre de véritables inconvénients, celle du pluriel de fil : ce ce mercier a de bons fils. » L'I n'est pas plus justifiée daiis le pluriel peu employé du mot ail : des aulx. On a voulu évidemment marquer une différence avec l'article aux^ comme si ces deux mots pouvaient se confondre \ L*l de pouls éloigne ce mot du verbe pousser (latin pulsare) auquel il se rattache.
60i, Les graphies automne^ damner, avec m muette, sont en contradiction avec colonne (latin cdlumna) et âme (latin anima), qu'on n'écrit pas colomne, anme.
61, Les consonnes finales aujourd'hui muettes tombaient dans l'ancienne langue (sauf r) devant Vs de flexion ; on prononçait et on écrivait enfant, enfans. La Revu^ des Deux-Mondes a repris graphiquement cet ancien usage, mais seulement pour les mots en ant et ent. Le maintien de Torthographe entière du singulier, devant r^ du pluriel, est une règle commode(0> qu'il n'y aurait lieu d'abandonner que si on généralisait la réforme en supprimant toujours les consonnes muettes devant Ys. Nous écririons alors, comme La Fontaine, • « de Ions jours » et
< Dont les regars de Flore ont embelli ses hors. »
i. Sauf cependant quand il y a une différence de proooncialion entre le singulier et le pluriel : un oeuf, de» œut.
On trouve dans M"" de Sévigné : des hasars, des portrais, des tors, des fons, des enfans blons, etc.
62. La consonne finale du radical des verbes tombait aussi devant 1'^ des deux premières personnes du singulier : on Ta rétablie à tort dans un certain nombre de verbes pour obtenir une régularité fictive de conjugaison. 11 est aussi naturel d'écrire tu prens que tu sens et tu peins (*). Cf. §§ 360-364.
63. Les consonnes muettes ont été supprimées dans les mois composés vaurien (vaut-rien), béjaune (bec jaune), />/a/bnc{ (plat fond), néanmoins (néant moins), toujours (tous jours). 11 serait logique de les supprimer aussi dans sangsue y longtemps et autres mots semblables.
Sur n muette dans les terminaisons verbales ent, vovez § 29.