‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 69 sur 139 · PLURIEL DES NOMS PROPRES · texte numérisé non relu

PLURIEL DES NOMS PROPRES

réunies par des traits, la marque du pluriel doit toujours se mettre à la fin du mot et ne se mettre que là.

Nous proposons ailleurs de réduire considérablement le nombre des noms composés (§§ 164 et suivants). Mais la règle que nous indiquons est indépendante de cette réforme : si on écrit arc en ciel sans tirets, il est naturel de continuer à mettre Ys du pluriel à arc : des arcs en del. Mais si on maintient les tirets qui, aussi bien qu'une soudure, réunissent les trois mots en un seul, il faut logiquement écrire des arc-en-ciels,

L*s du pluriel ne sera pas plus extraordinaire après cield' a arc-en-ciel », après terre « de pied-à- terre », etc., qu'après rien de vaurien. Que Ton soude ou non les deux parties de « porte-montre », pourquoi ne pas écrire « des porte-moLtres », comme on écrit « des porteballes, des portemanteauo; » ?

On ne comprendrait une autre solution que pour les noms où la prononciation ferait entendre une s au milieu du mot, auquel cas on procéderait comme pour bonhomme et gentilhomme qui s'écrivent au pluriel « des bon^homme^, des gentilshommes » ; mais ce cas ne se présente pas. ,

Pluriel des noms propres»

214. — Le pluriel des noms propres offre aussi matière à distinctions subtiles. Il faut écrire, disent les grammaires : ci Les Boiieau (sans s) et les Gilbert (sans s) furent les Juvénals de leur siècle », parce qu'ici /es J?oi/ean signifie Boiieau lui-même, tandis que les Juvénals signifie « les poètes semblables à Juvénal. »

En réalité, 1 expression a les Boiieau et les Gilbert » doit s'interpréter par : c les poètes tels que Boiieau et Gilbert ». Qu'il s'agisse d'Aowwes tels que oa d'hommes

semblables à, on est toujours en présence d'un pluriel formé sur un nom propre. On comprend qu'on puisse laisser les noms propres au singulier dans les deux cas, bien qu'il soit plus simple de les faire accorder avec Larticle, mais ce qu'on ne comprend pas c'est que deux expressions toutes semblables au point de vue du nombre soient traitées différemment. La nuance de sens qui les sépare résulte du contexte, et ne saurait être marquée par une lettre qui caractérise le nombre.

Cette diriiculté grammaticale est d ailleurs d'invention récente; il n'en était pas question au xvii® siècle, et nous ne saurions mieux faire que d'écrire comme Racine : « Corneille, comparable aux Eschyle^, aux Sophocleç, aux Euripide^. »

215. — Une distinction non moins factice est celle qu'on établit entre les noms au pluriel désignant plusieurs membres de la même famille, (( suivant que ces personnes sont considérées plutôt comme individus que comme membres de la même famille, ou inversement ». Ainsi on approuve « les Gracques, les Horaces, les Condés », mais il faudrait écrire sans s : « les deux Tarquin, les deux Corneille. »

Noms terminés par s au singulier^

216. — Un certain nombre de noms se terminent au singulier par «, x ou z. Nous avons expliqué celte particularité §§ 38, 40 et 43 .

Lorsque 1'^ muette du singulier est après une* r, c'est l'r qu'on fait sentir en liaison. Il serait ridicule de prononcer: «unver-zadmirable ». Mais la liaison serait admise au pluriel, à cause de 1'^ de flexion, qui s'ajoute véritablement au mot, bien qu'elle se confonde nécessai-

PLURIEL DANS LES COMPLÉMENTS lOt

rement dans la graphie avec Ys muette finale telle qu'on Ta au singulier.

Emploi facultatif du pluriel ou du singulier.

217. On dit communément que le complément se met au singulier quand il est pris dans le sens général, au pluriel quand il est pris dans le sens particulier, comme si le singulier avait le monopole du sens général et le pluriel celui du sens particulier! Lorsqu'on dit : « un baril d'huile et un baril d'olives », les deux substantifs, huile et olives, l'un singulier, l'aulre pluriel, sont pris également dans le sens général; les deux barils contiennent Tun de V huile, l'autre des olives, en général.

Qu'on écrive « il vend des habits ^'enfants » ou « il vend des habits d^ENFANT », le substantif a toujours le sens général : ce sont des habits pour des enfants quelconques ou pour un enfant quelconque. Toutes les fois qu'une locution de ce genre peut s'interpréter aussi bien, ou à peu près, par un singulier que par un pluriel, on doit avoir le choix entre les deux façons d'écrire. On n'hésitera pas sur l'orthographe du mot huile dans « un barH d'huile »; parce que le baril contient de l'huile et non pas des huiles. Mais on écrira ad libitum: de la gelée de groseille ou de groseilles, du sirop de groseille ou de groseilles, parce que la langue permet de dire que la gelée et le sirop sont faits avec de la groseille ou sont faits avec des groseilles. On écrira de môme « coiffeur pour dame » ou « coiffeur pour dam^s », etc.

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