‹ Grammaire raisonnée de la langue françaiseChapitre 96 sur 139 · PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF · texte numérisé non relu

PRONOM RELATIF ET INTERROGATIF

300. Le pronom relatif avait un accusatif cui, puis qui, dérivé du datif latin cui, qui ne s'emploie plus comme relatif qu'après les prépositions, mais qui est resté, comme pronom interrogatif , avec son ancienne valeur de régime direct : qui appelez-vous ?

Sous cette réserve, on peut dire que le cas sujet du pronom relatif est qui, et le cas régime direct qu>e. Chacune de ces formes est des deux genres et des deux nombres. En latin, le pronom relatif sujet était déjà des deux nombres, et les formes divergentes des deux genres se sont confondues phonétiquement. L'unité de forme au cas sujet, quel que fût le genre ou le nombre, a entraîné l'unité de forme au cas régime.

301. Il faut noter le pronom relatif neutre quoi, qui ne s'emploie plus que lorsque l'antécédent est au neutre, et après les prépositions : « ce à quoi vous pensez »•

302. Qtii sujet et que représentent aussi bien des choses que des personnes. Mais, après les prépositions, quand l'antécédent est un nom de chose, on a d abord employé quoi et on emploie aujourd'hui lequel, laquelle, au lieu de qui, à moins qu'on ne personnifie plus ou moins la chose. Il serait très incorrect de dire « le toit sur qui vous êtes monté, la table à qui vous avez fait yne réparation. »

303. Dont est un pronom relatif de lieu qui signifie proprement « d'où, duquel endroit. » (Cf. ce qui est dit de en § 286.) Il a perdu sa valeur primitive, expri-

mée aujourd'hui par (Toù; mais il était préalablement 'devenu, par extension, pronom relatif de chose et même de personne.

Par conséquent, dont équivaut : 1® à « de quoi, duquel, de laquelle, desquels, desquelles » ; 2** à « de qui ».

304. Le pronom lequel ne s'emploie pas seulement comme pronom de chose après une préposition (§302); il peut aussi s'employer comme sujet (avec un nom de chose ou de personne), et, après les prépositions, il peut représenter des personnes. On dira par exemple : a mes amis, parmi lesquels je vous compte » et non pas parmi qui. Le plus souvent on a le choix entre qui et lequel.

Lorsqu'on emploie lequel comme sujet, on insiste sur l'idée, c'est comme si on répétait le nom. « L'éloquence est un don de l'âme, a dit La Bruyère, lequel nous rend maître du cœur et de l'esprit des autres. r> L'idée serait rendue avec la même nuance si on disait ; « L'éloquence est un don de l'âme, et ce don nous rend maître etc. »

Parmi les particularités qu'offre l'emploi des adjectifs et pronoms indéfinis, nous ne relèverons ici que colles qui fournissent matière à contestation.

Aucun.

305. On dit communément que l'ajectif aucun s'emploie au pluriel avec les noms qui n'ont pas de singu-

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lier ou qui, dans le sens qu'on veut leur donner, s'emploient seulement au pluriel. Cette règle ne souffre pas de difficulté quand l'orthographe seule est intéressée, quand la phrase se prononce de même, que l'on mette aucun au pluriel ou au singulier. Mais on ne dira jamais : « Cette famille n'avait aucune-s armes, aucune-5 armoiries. Pendant tout son service, aucun-5 arrêts ne furent infligés à cet officier. Aucunes gens ne prirent le bateau. » Si on avait à exprimer ces idées, on tournerait la phrase autrement ; en tout cas on mettrait plutôt le singulier avec les mots qui, en principe, n'ont pas de singulier et pour lesquels, par conséquent, il n'y aurait pas de confusion avec le sens particulier du singulier. Le pluriel est beaucoup plus choquant que ne le serait le singulier : « Cette famille n'avait aucune armoirie, il n'assiste à aucune obsèque, aucun frais ne fut fait, etc. » Il est donc bien évident que l'esprit de la langue est de n'employer Tadjectif aucun qu'au singulier. Mais lorsque c'est une pure question d'orthographe, il n'y a aucune raison de compter comme fautes à des enfants des façons d'écrire que les meilleurs écrivains se sont permises : « Je n'ose faire aucuns projets. » (Voltaire) (*)

Chacun.

306. On dit « n(ms sommes entrés chacun de notre côté, vous êtes entrés chacun de votre côté, vous l'avez fait chacun pour vous », en faisant accorder l'adjectif possessif ou le pronom régime avec le sujet. Il est aussi

1. On ne dirait pas : « Aucuns monstres ne m'ont fait peur ». Mais il suffît que le verbe au pluriel soit suffisamment éloigné d'aucunt pour rendre le pluriel possible:

Aucun» monstreg, par moi dompUs josqn'aujoard'hui, He m'ont aoquls le droit de foillir comme lui.

(Racim).

correct de dire, quand le sujet est de la troisième personne : « ils sont entrés chacun de leur côté ». Mais l'usage s'est établi de dire aussi : a Us sont entrés chacun de son côté », parce qu'ici il y a accord avec le sujet sinon en nombre, du moias en personne. Au contraire, on ne pourrait dire : a vous êtes entrés chacun de son côté », parce qu'il n'y aurait plus aucun accord avec le sujet.

Même.

307. Même est adjectif et s'accorde sans contestation possible quand il a le sens du latin idem : a les mêmes hommes ».

Partout ailleurs il est devenu adverbe ; on prescrit cependant d'écrire eux-mêmes avec une s, parce qu'ici, même est l'équivalent de l'adjectif latin ipse. Mais équivalence n'est pas identité; l'idée que les Latins rendaient par un adjectif, nous la rendons aujourd'hui par un adverbe, qu'aucune considération n'oblige à rendre variable. D'ailleurs même a exactement la même valeur dans c( mes amis même » (latin ipsi) que dans « eux même », et l'accord n'est pas plus logique dans le second cas que dans le premier. Il faut conclure à Tin variabilité de même quand il n'a pas le sens de « le même. > L'exception de « nous-mêmes, vous-mêmes, eux-mêmes, elles-mêmes » se trouverait supprimée.

Toutefois, comme notre langue fait souvent varier les adverbes de la même manière que les adjectifs (§ 250), on pourrait tolérer l'accord dans tous les cas où l'analogie nous pousse instinctivement à le faire, c'est-à-dire lorsque même suit le nom, le pronom ou ^'adjectif auquel il s'applique, sans aucune distinction.

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Quelque.

308. Quelque, au scos de un certain ou un certain nombre de, est adjectif et doit s'accorder : a quelques livres »•

309. Quelque, au sens de a combien », est adverbe ; mais puisque les adverbes ne sont pas nécessairement invariables (§ 250), il n'y a pas de raison pour interdire r^ du pluriel « lorsque Tadjectif qui suit quelque n'est pas accompagné d'un nom et est lui-même suivi d'un verbe au subjonctif, et lorsque quelque est suivi d'un adjectif et d'un nom formant ensemble un seul et même qualificatif et qu'il est construit avec le verbe êtreïl » En vertu de cette règle, on écrit sans s a quelque braves soldats qu'ils soient, quelque méchants qu'ils soient. »

Vs ne serait pas plus extraordinaire dans qu^lqu^s méchants qu'ils soient que dans quelques belles raisons que vous donniez. Sans doute, le mot quelque n'a pas exactement la même valeur dans les deux cas, ayant conservé dans le second une partie de sa valeur adjective; mais la nuance de sens résulte de la nature de la phra<e et ne saurait être marquée par le petit jeu de 1'^. Quelqu^e^ au sens de combien, est devenu adverbe devant un adjectif, mais il ne l'est pas plus que tout, et lorsqu'on dit cl toutes méchantes qu'elles soient », on peut bien écrire « quelques méchantes qu'elles soient. »

Il n'y aurait lieu d'interdire Y s que devant les adjectifs qui commencent par une voyelle, parce qu'on ne prononce pas « quelque-s heureux qu'ils soient^ quelque-5 aimables compliments qu'on leur ait faits ». Toutefois,, Corneille a écrit :

Et n'oser de ses feax

Quelques ardents qu'ils soient, se promettre autant qu'eux.

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Tout.

310. L'adverbe tout s'accorde avec Tadjectif singulier devant lequel il est placé, comme le prouve « toute belle » et autres expressions semblables, et il n'y a aucune raison de ne pa9 écrire aussi « toute heureuse ». Il est vraiment puéril de distinguer « la maison tout (entièrement) en feu » et « la maison toute (entière) en feu » . Ce n'est pas Teuphonie qui nous fait dire toute belle : « tout belle » n'est choquant que par suite de l'habitude prise de faire accorder tout; au point de vue euphonique, cette locution n'est pas plus dure que « tout beau is>.

Au pluriel, l'adjectif tout prenant un sens spécial très diiférent du sens adverbial (qui se rattache au singulier) (^), c ils sont tous heureux r> serait amphibologique s'il était admis que l'adverbe tout s'accorde au pluriel comme au singulier. Il serait donc utile que tout adverbe fût toujours invariable devant un pluriel; mais le singulier toute belle a entraîné le pluriel toutes belles, malgré l'équivoque possible : « elles sont toutes belles » peut signifier « elles sont entièrement belles » ou « toutes sont belles s>.

Concluons que l'adverbe fou/ peut toujours s'accorder au singulier et doit rester invariable au pluriel excepté devant un mot féminin commençant par une consonne; cette exception est regrettable, mais c'est un fait de langue et non un fait d'orthographe. On ne peut le réformer.

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