‹ Grammatica linguæ græcæ vulgarisChapitre 11 sur 196 · XII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION

derrière elle, à des étapes qu'elle a dépassées. Nous trouverons dans les patois grecs, rapprochés les uns des autres, toute l'histoire un instant stationnaire. Aprés la conquéte d'Alexandre, lorsqu'une langue commune, effacant ou absorbant en elle toutes les particularités locales, se fut étendue sur la Grèce entière comme une nappe d'eau immense, elle se transforma à son tour, s'altéra, prit des aspects différents suivant le caractére des pavs oü elle se déposa en quelque Sorte. Mais la transformation ne se fit pas partout de la méme facon. Certains patois peuvent encore nous offrir des états linguistiques du n° siècle de notre ére et, de siècle en siècle, nous rencontrerons, en descendant, toutes les nuances phonétiques suivant des dégradations insensibles. Chaque siécle se reflétera dans un patois encore retardataire. Comment wt (ψυχή) a-t-il pu devenir, en Crète, -(? Les villages nous expliquent ce changement, en nous fournissant leg'Tormes intermédiaires du (je marque par l'esprit rude entre les deux ι ce qu'on noterait ailleurs par A: uu), ψι (les deux © restent encore bien distincts), dut (le second à se réduit, c'est-à-dire qu'il ne devient pas jod, mais ne forme plus syllabe: c'est donc un £ qui tient le milieu entre l'/ voyelle et l'Z consonne, en d'autres termes un Z réduit), puis enfin φί. J'ai recueilli, chez trois personnes d'áge différent (soixante, trente et dix ans), toutes trois originaires du méme village, les états phonétiques suivants pour le mot πιί (πηγή: il faut partir, dans ce village, de la forme sans y intervocalique) : ru (soixante ans), ri (trente ans), rt (dix ans). Cela nous montre comment la langue progresse au sein d'un méme patois et comment les transformations s'opérent: mes trois individus étaient unis l'un à l'autre par les liens de grand'mére, fille et petitfils. |

Dans ce même village de Pyrgi (Chio), j'ai pu constater la prononciation τολλόο (τὸν λόγον), qui repose sur une transmission directe remontant pour le moins au n° siècle avant notre ére. À une autre occasion, j'ai pu noter également, dans une locution toute faite, recueillie durant le récit d'un conte populaire, un ὅ, alors que cette prononciation était inconnue ὰ ce patois. Cette prononciation avait évidemment voyagé

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