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bonne heure. La vie svriaque. probablement authentique :. et qui ne raconte que des événements vraisemblables jusqu'au moment de la mort du saint, offre déjà une première appariuon du merveilleux dans le récit de la visite du tombeau. quand l'évéque constate que le corps du saint a disparu et qu'on ne retrouve plus que les haillons qui l'enveloppaient. Mais ce fut sans doute lors du passage de la légende en Europe que le surnaturel dut l'envahir décidément. En tout cas, le plus vieux texte grec que nous en avons. l'hymne de Joséphe. nous montre le travail de pénétration déjà entièrement accompli, et le merveilleux en pleine possession de la part qu'il gardera désormais et qui lui revient de droit dans toute légende.
D'autres atteintes devaient étre portées au texte primitif de l'histoire d'Alexis. Avant tout, ce fut le remaniement considérable qui doubla la légende et la transforma peu de temps encore aprés qu'elle eut passé l'Hellespont : remaniement en partie inconscient et provenu peut-étre d'une confusion entre deux saints,
; Alexis et Jean Calybite, qui amena la fusion de leurs deux vies.
: Il y eut ensuite les renouvellements partiels. Les rédacteurs nou-
veaux, en respectant toujours la trame des faits principaux qui constituaient dés lors le fond de la légende, en varièrent souvent la forme et les détails, les modifièrent selon les exigences des mœurs nationales ou des croyances locales, conformèrent leur œuvre à l'esprit et au goût du jour. Tandis qu'on développait certains traits, qu'on en ajoutait méme que les textes anciens n'avaient pas connus, d'autres au contraire étaient atténués, d'autres complétement effacés. On peut dire qu'aux derniers temps du moyen-áge la vie d'Alexis, dans ses grandes lignes, en vint à n'étre plus en quelque sorte qu'un thème pieux, traité par les auteurs avec plus ou moins de talent, mais toujours d'une maniére personnelle et qu'ils jugeaient la plus propre à plaire au lecteur, à frapper les auditeurs ou à édifier les fidèles.
Faut-il déplorer ces variations qu'on retrouve dans l'histoire de toutes les légendes? Ce serait au moins inutile et contraire d'ailleurs aux intéréts de l'esprit humain. S'il est presque toujours permis au réveur, en face de ces inégales métamorphoses, de regretter les traditions primitives et le récit simple et tou-
1. Je n'entends parler évidemment que de la première vie syriaque, la seconde étant d'origine étrangère et entiérement fabuleuse.
chant de la vie de ces hommes que leur force, ou, qui sait? leur faiblesse, a jetés hors des voies communes de la positive humanité, le savant au contraire y trouve une source fructueuse d'études. Elles ont souvent une grande valeur pour l'histoire des langues ou des littératures; quelques-unes sont méme des monuments précieux. Et si l'on remonte aux sources, et que, partant de la tradition originale, on suive chacune de ses diverses transformations, elles peuvent fournir de curieux témoignages sur les mœurs, les idées, l'état général des sociétés et des temps où elles se sont produites. On en trouverait peu qui ne renferment pour l'historien de profitables enseignements. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire l'article trés-intéressant, bien qu'il soit parfois inexact, qu'un écrivain russe, M. Dachkof, a consacré à l'étude des formes diverses de la légende d' Alexis !. Je ne pouvais songer à reprendre ici dans toutes ses parties une semblable étude. Je dois borner mon travail à rechercher quels éléments nouveaux la vie syriaque, inédite jusqu'aujourd'hui, fournit pour la solution de ces questions, que je n'ose plus dire pendantes : Quelle est la source de la légende de Saint Alexis, et dans quels rapports sont entre elles les vies syriaques, grecques et latines? — Quelle est la valeur historique de cette légende?
Toutes celles des vies européennes d' Alexis que, d'une maniére relative et en songeant aux langues dans lesquelles elles sont écrites, j'appellerai modernes, proviennent soit d'une rédaction grecque, soit d'une rédaction latine. Ainsi la légende byzantine à donné naissance au groupe slave?, la légende romaine aux groupes germanique et roman. C'est là un fait que la séparation religieuse à laquelle aboutit le schisme grec eüt permis de présumer, et qui pourrait presque se passer de preuve. Mais la preuve en ressort du reste par la publication d'un grand nombre des versions modernes, ainsi que par les études dont on les a accompagnées ?. Je ne m'arréterai pas à ce point qui est indis-
1. Dans les Bésiédy o Obchtchestvié lioubitélei Hossiiskoi Slovesnosts pri Impératorskom Moskovskom Ouniversitétié Vypousk vtoroi. Moskva, 1868.