Il est qualifié dans tous nos textes le HO et de Mr
ne vivait plus au moment de sa composition. L'épisode de la disparition du corps du tombeau n'a pu prendre naissance et crédit qu'aprés la mort des principaux témoins de l'histoire du saint.! Enfin tout porte à croire que la légende a été écrite à ^ Edesse ou dans un des couvents qui entouraient cette ville.
Que la cause en soit dans la disparition mystérieuse qui plaçait comme une pierre d'attente à la fin de la vie syriaque, ou qu'il faille la chercher plutót dansla coincidence fortuite de deux légendes sur laquelle je reviendrai, on imagina plus tard que le saint, ramené à Rome, y avait vécu longtemps encore ignoré et misérable dans la maison de ses parents et par suite qu'il n'était pas mort à Edesse. En méme temps, on remania dans beaucoup de ses parties le premier récit. On s'étendit davantage sur les parents du saint, sur leur fortune ct leur charité; on laissa de côté, au contraire, d'intéressants détails concernant son éducation, comme l'épisode des esclaves chargés par son pére de l'accoutumer à la hardiesse, celui des jeunes filles réunies par sa mère pour le servir; on modifia les circonstances de son mariage et de sa fuite, celles de sa découverte à Edesse; enfin la suppression de sa mort dans cette ville entraîna celle de sa maladie, et il ne fut plus question de l’évêque Raboula.
Où a pris naissance cette nouvelle forme de la légende? En Syrie, à Constantinople, ou à Rome? Et à quelle époque s'estelle produite? Si nous interrogoons l’âge des textes, le canon de Josèphe atteste qu'elle existait déjà en Europe au IX? siècle. Elle existait aussi dès cette époque en Syrie, car un des cinq . manuscrits syriaques qui donnent la seconde vie du saint est du méme siécle que le canon. Mais le défaut d'unité, que nous avons relevé plus haut dans la composition particuliére reproduite par ces manuscrits, écarte toute idée d'une origine syrienne pour la forme nouvelle de la légende. Cette forme, à en juger par les textes que nous avons, ne fut méme jamais adoptée en bloc par les Syriens. Ils gardérent toujours pour la première
1. J'ajoute que les éloges donnés au paramonarius en quelques endroits de la légende (voyez la traduction, p. 6, 1. 16, et p. 7, 1. 13) me paraissent peu convenir, dans la forme où ils sont conçus, à une personne encore vivante. Au moins défendent-ils absolument d'accepter le paramonarius pour l’auteur de notre texte.
moitié de la légende le vieux récit syriaque avec la mort du saint à Edesse, et se bornérent à le faire suivre de la seconde partie de la vie nouvelle, qu'ils y raccordèrent tant bien que mal. L'auteur méme de cette compilation sans artifice a cons-
^ taté, on l'a vu, la provenance diverse des deux parties qu'il
rapprochait. D'ailleurs une étourderie incontestable, qui s'est glissée dans la seconde vie syriaque et que tous les manuscrits ont laissée passer!, nous est un sür garant de l'origine étrangere de cette vie. Dans les versions grecques et latines, la voix surnaturelle qui ordonne de chercher le saint se fait entendre deux fois le dimanche aux fidèles, et c'est seulement le jeudi soir qu'elle parle une troisième fois au peuple assemblé dans le temple et lui révéle la retraite du saint dans la maison d'Euphémianus. Selon la version syriaque, les trois allocutions de la voix se produisent ensemble dés le dimanche, et néanmoins le peuple se réunit de nouveau le jeudi soir pour implorer une révélation inutile, puisque la voix ne fait que répéter ce qu'elle a dit déjà : « Cherchez l'Homme de Dieu chez Euphémianus!» On peut l'affirmer hardiment, la seconde vie n'est point de source syrienne. Vient-elle donc de Rome, comme l'a cru le compilateur syrien? «Longtemps après, dit-il, il nous parvint une autre histoire de cet homme admirable, histoire écrite à Rome, dans la patrie du saint . . . .» et plus loin : «Voici comment les Romains ont écrit l'histoire de ce qui arriva aprés sa sortie du tombeau à Edesse et son arrivée chez eux?.» Certes,
! [la légende romaine, telle que nous l'a conservée la vie latine | des Bollandistes, est une des versions avec lesquelles la seconde |! vie syriaque montre les plus grandes ressemblances. Mais on
sait maintenant que «le culte de Saint Alexis était inconnu à l'Occident jusqu'à la fin du X° siècle». Ce fut «l'archevêque
1. Je dis tous les manuscrits, quoique le passage où je relève cette étourderie manque aujourd'hui dans le manuscrit E, dont un feuillet est perdu. On pourrait se demander si ce manuscrit, resté seul d'une famille à part, et qui justement nous a conservé le meilleur texte de la seconde vie, ne différait pas ici des quatre autres. Mais, en calculant le nombre de lignes que comporte une page de E et le nombre moyen de mots que comporte une ligne, on s'assure aisément que le contenu des deux pages du feuillet absent avait la méme longueur et devait offrir essentiellement la méme leçon que le passage correspondant des autres manuscrits.